Florent Serra connaît bien cette semaine post-Wimbledon. Avec son expérience d'ancien joueur, notre consultant nous explique en quoi cette période intercalée entre Wimbledon et la tournée américaine est difficile à gérer pour les joueurs.

"Les deux semaines qui suivent la finale de Wimbledon sont très particulières dans la saison. C’est une période de transition délicate entre la fin de la saison sur herbe et la reprise du dur en Amérique. Il y a plusieurs choix qui s’offrent aux joueurs dans leur programmation."

"D’abord ils peuvent continuer de jouer sur gazon mais il n’y en a pas beaucoup qui font ce choix puisque Newport est l’unique et dernier tournoi de la saison sur herbe. Il y a donc peu de places si on veut éviter les qualifications. Newport est une ville sympa, un tournoi agréable mais un peu particulier parce que c’est un gazon de l’ancien temps, un peu un champ de mines qui favorisent les gros serveurs et les spécialistes. Peu de candidats motivés."

"Sinon après Wimbledon, les joueurs peuvent décider de faire une coupure dans leur saison et de se préparer pour le dur. Mais la saison sur dur est très longue donc souvent les joueurs démarrent directement à Washington voire au Canada début août parce que commencer dès Atlanta oblige à enchainer 6 semaines de compétition d’affilée. On arrive alors très fatigué à l’US Open. Donc généralement, après Wimbledon, le joueur qui décide d’aller directement aux Etat-Unis coupe deux semaines et reprend à Washington."

"Enfin dernière option, rester en Europe et repartir sur la terre battue. La transition du gazon vers la terre battue n’est pas évidente à faire avec des rebonds très hauts. On a cette impression en sortant du gazon où on était bas sur les jambes, bas sur les appuis de jouer avec des balles rebondissantes. Il faut donc prendre une bonne semaine d’entraînement avant de se réadapter à la terre. Après le gazon, il faut reprendre les bases avec les diagonales, les trajectoires de balles. Mais malgré tout, beaucoup de joueurs préfèrent rester en Europe aussi parce que les tournois sont vraiment atypiques comme Gstaad ou Kitzbühel en pleine montagne."

"Ce sont des conditions particulières où les surprises sont fréquentes comme Rublev il y a deux ans qui avait remporté son premier titre à Umag en tant que lucky loser. Ce sont des tournois où les têtes de série qui ont joué toute la saison de gazon ont besoin de décompresser après Wimbledon et de reprendre leurs marques. Les joueurs classés juste au-dessus du top 100 qui ont perdu en qualifications à Wimbledon ont pu jouer se préparer pendant deux semaines sur terre battue et viennent cueillir à froid ceux qui arrivent de Londres. C’est une bonne période pour les joueurs sérieux pour choper quelques victoires en profitant de l’absence des cadors du circuit puisque ce sont des tournois 250. Il y a seulement 12 joueurs du top 50 qui jouent cette semaine post-Wimbledon."

"Ces tournois sont aussi particuliers parce que Umag et Bastad sont deux stations balnéaires pour les vacanciers d’été. A Umag notamment comme il fait chaud la journée, les matches commencent en fin d’après-midi. Les joueurs sont donc en quartier libre la journée. Le soir, on a plutôt envie de sortir et profiter de l’ambiance des vacances. C’est à Umag d’ailleurs où j’avais créer la surprise en remportant mon premier match ATP sur le circuit face à Ulihrach en 2004. Je sortais des qualifications. J’étais 223ème mondial."

"A Bastad, on avait carrément la boîte de nuit dans l’hôtel avec les restaurants le soir c’était très sympa. Pour ceux qui sont un peu fragiles, ça peut vite dégénérer. La première chose que je faisais en arrivant à l’hôtel c’était de demander une chambre éloignée du bruit un peu au calme pour ne pas être tenté ou perturbé. Mais ce n’est jamais évident. Si tu n’es pas sérieux, tu peux te laisser aller et le lendemain quand il faut jouer ton match, t’es clairement pas à 100%."

"Ce sont des tournois qui rapportent malgré tout 250 points pour le vainqueur. Une belle occasion à saisir en l’absence des cadors de lancer sa carrière ou faire une belle remontée au classement. Pour les joueurs, quitter le gazon de Wimbledon pour retrouver de la terre battue avant de partir aux Etats-Unis pour jouer sur dur est compliqué. La gestion du calendrier est donc la clé pour réussir son été. On voit d’ailleurs très peu de joueurs enchaîner Hambourg et Washington. C’est souvent le classement qui détermine la programmation. Les joueurs vont là où ils peuvent jouer pour éviter les qualifications ou parfois récupérer une place de tête de série. Mais pour les terriens surtout européens, disputer 3 semaines de compétition sur terre battue en Europe après une saison sur herbe difficile et avant d’attaquer 4 mois de compétition sur dur, c’est une aubaine."