Que les terriens se rassurent, il subsiste encore une belle occasion de briller sur la surface ocre. Après 8 tournois sur des gazons plus ou moins verts, dont le troisième Majeur de l’année à Wimbledon, le orange reprend le pouvoir, d’abord à Bastad et à Umag, ensuite à Gstaad et surtout à Hambourg, qui accueille une épreuve d’une qualité supérieure (en points – 500 – et en prize money – près de 355 000 euros pour le vainqueur).

Hambourg, c’est d’abord la deuxième plus grande ville d’Allemagne et le premier port du pays. Hambourg, c’est aussi un souvenir douloureux, celui de l’agression au couteau dont fut victime Monica Seles en plein match, le 30 avril 1993. Hambourg, c’est enfin ce stade du Rothenbaum, un peu désuet, qui possède un toit amovible d’un autre temps, en toile, loin des structures modernes que proposent Wimbledon ou l’US Open.  

Il n’empêche, le tournoi de Hambourg sait attirer l’attention. D’abord parce que de grands champions y ont été sacrés, tels Ivan Lendl (1987 et 1989), Stefan Edberg (1992), Roger Federer (2002, 2004, 2005 et 2007) ou encore Rafael Nadal (2008 et 2015). Ensuite, car chaque année, le tableau est ouvert et offre au public un certain nombre de surprises. C’est à titre d’exemple le seul Masters 1000 qui a vu s’imposer un joueur issu des qualifications, et pas qu’une fois : en 1996, Roberto Carretero, et en 2001, Alberto Portas. 

Depuis 2009, l’épreuve a été déclassé (de Masters 1000 à ATP 500) et déplacé (de mai à juillet). Du coup, Hambourg se trouve un peu coincé, entre la saison sur gazon et les grands tournois estivaux sur dur, les Masters 1000 du Canada et de Cincinnati et l’US Open. Forcément, certains cadors du circuit font l’impasse. Conséquence, parmi les 13 ATP 500 de la saison, c’est peut-être le tournoi de cette catégorie le plus abordable – avec Rio, qui se déroule en février et qui est intercalé entre deux périodes de dur (en Océanie avant, aux Etats-Unis à Indian Wells et Miami après). Une preuve ? Les lauréats des deux dernières éditions : Leonardo Mayer, N°138 mondial et lucky loser en 2017, et Nikoloz Basilashvili, 81ème à l’ATP et issu des qualifications en 2018. Pour la petite histoire, deux autres qualifiés s’étaient invités dans le dernier carré, Federico Delbonis il y a deux ans et Jozef Kovalik l’année dernière. De quoi exciter les ambitions… même des joueurs les plus modestes !

Il y a néanmoins un hic… Pour sa 113ème édition, le tournoi propose cette année un tableau plutôt relevé. On y trouve 3 membres du TOP 10 (Dominic Thiem, Alexander Zverev et Fabio Fognini), auxquels il faut ajouter un membre du TOP 20, par ailleurs tenant du titre, Nikoloz Basilashvili. Mais ce n’est pas tout, puisque les 4 autres têtes de série font eux aussi figure de prétendants : Benoit Paire, Laslo Djere, Jan-Lennard Struff et Cristian Garin.     

1er quart de tableau
Dominic Thiem, tête de série N°1, est bien entendu le grand favori du premier quart du tableau. Toutefois, la concurrence pourrait s’avérer très rude. Dès le premier tour, le vainqueur du tournoi ATP 500 de Barcelone est opposé à un spécialiste de terre battue, Pablo Cuevas. Sur cette surface, l’élégant uruguayen est capable de battre n’importe qui, y compris Thiem, comme ce fut le cas à Roland Garros en 2015. Depuis, l’Autrichien a pris sa revanche porte d’Auteuil il y a un mois et demi, un succès en 4 manches à l’issu d’une rencontre de qualité. Ensuite, le N°4 mondial pourrait affronter en quart de finale Cristian Garin, pas une mince affaire ! Le Chilien est l’un des 3 joueurs à avoir été titré à deux reprises cette saison sur terre, à Houston et Munich, avec Benoit Paire et Rafael Nadal, excusez du peu ! Mais pour atteindre le grand 8, Garin devra lui aussi faire preuve de vigilance, puisqu’il doit d’abord se débarrasser au premier tour du puncheur russe Andrey Rublev, puis de Robin Haase ou de Casper Ruud, l’une des révélations de la saison sur terre.    

2ème quart de tableau
C’est la tête de série N°3, Fabio Fognini, qui devrait sortir son épingle du jeu dans le deuxième quart du tableau. Au premier tour, se dresse face à lui l’Allemand Julian Lenz, issu des qualifications et qui ne fait pas partie des 300 meilleurs joueurs du monde. Deux bémols néanmoins pour le vainqueur du Masters 1000 de Monte-Carlo. D’abord son mollet, qui l’a contraint à abandonner mercredi dernier à Umag contre son compatriote Stefano Travaglia. Ensuite, un potentiel quart de finale piégeux face à Jan-Lennard Struff, qui connaît la meilleure saison de sa carrière (huitième de finale à Roland Garros, demie à Stuttgart et Auckland, quart à Barcelone). D’ailleurs, le joueur allemand a déjà dominé le fantasque italien sur sa surface préférée, c’était à Monte-Carlo en 2018.  

3ème quart de tableau
De son côté, le tenant du titre va devoir cravacher pour rallier les quarts de finale. Nikoloz Basilashvili joue d’abord Hugo Dellien, qui s’est révélé cette année en atteignant 3 quarts de finale, à chaque fois sur terre (Rio, Sao Paulo et Genève). Puis, au deuxième tour, le Géorgien pourrait connaître également des difficultés, soit contre Juan Ignacio Londero, victorieux de son premier titre au mois de février à Cordoba et huitième de finaliste à Roland Garros après avoir notamment battu au premier tour.... Nikoloz Basilashvili (en 3 sets secs), soit Salvatore Caruso, qui a fait tomber Jaume Munar puis Gilles Simon lors du tournoi du Grand Chelem parisien, mais qui vient d’abandonner en demie à Umag en raison d’une blessure à la jambe. Quoiqu’il arrive, il existe 3 chances sur 4 de retrouver un Français en quart de finale puisque dans cette partie de tableau, Benoit Paire et Jérémy Chardy se jouent au premier tour et que le vainqueur affrontera au tour suivant soit Richard Gasquet, soit le modeste indien Sumit Nagal, classé aux alentours de la 200ème place mondiale.   

4ème quart de tableau
Dans le quatrième quart du tableau, Alexander Zverev devra jouer des coudes pour se défaire d’une jolie flopée de terriens. En perte totale de confiance cette année, le joueur allemand a néanmoins obtenu ses meilleurs résultats sur la surface ocre (titre à Genève, quart de finale à Roland Garros, Madrid et Munich). Dès le premier tour, il aura d’ailleurs l’occasion de disputer une belle avec Nicolas Jarry, puisque les deux hommes se sont déjà affrontés à deux reprises en 2019 (victoire du Chilien à Barcelone, succès de l’Allemand en finale à Genève, à chaque fois deux rencontres qui ont duré plus de 2 heures et 30 minutes et qui se sont achevées par un jeu décisif dans l’ultime manche). Une entrée en matière délicate donc, d’autant que Jarry vient tout juste de s’imposer à Bastad (contre Juan Ignacio Londero) après deux échecs en finale. S’il se qualifie pour le deuxième tour, le N°5 mondial devra ensuite se coltiner Federico Delbonis ou Marco Cecchinato, jamais facile sur terre. Enfin, cette dernière partie de tableau est extrêmement dense puisqu’on y trouve aussi Laslo Djere (titré à Rio), Filip Krajinovic (finaliste à Budapest) et Martin Klizan (vainqueur à Hambourg en 2016). 

Nos prévisions pour les quarts de finale :
Thiem vs Garin
qualifié vs Struff
Paire vs Londero
Djere vs Zverev

Les vainqueurs des 18 tournois disputés sur terre en 2019
Nadal (Rome et Roland Garros)
Garin (Houston et Munich)
Paire (Marrakech et Lyon) 
Londero (Cordoba)
Cecchinato (Buenos Aires)
Djere (Rio)
Pella (Sao Paulo)
Fognini (Monte-Carlo)
Thiem (Barcelone)
Berrettini (Budapest)
Tsitsipas (Estoril)
Djokovic (Madrid)
Zverev (Genève)
Jarry (Bastad)
Lajovic ou Balazs (Umag)

Les outsiders sous-cotés par les bookmakers :
Carreno, Djere, Cuevas, Jarry, Struff