On y est ! Enfin presque… Si le coup d’envoi de la saison estivale sur dur qui se déroule chaque année en Amérique du Nord a été donné la semaine dernière à Atlanta (ATP 250), c’est à Washington (ATP 500) que les choses sérieuses commencent. L’occasion pour une partie des meilleurs joueurs du monde de débuter leur préparation pour le dernier tournoi du Grand Chelem de la saison, l’US Open (du 26 août au 8 septembre). Bien sûr, les Masters 1000 de Montréal (du 5 au 11 août) et de Cincinnati (du 11 au 18 août) proposeront des plateaux encore plus riches, il n’empêche, le tournoi de Washington demeure un épisode notable du circuit.  

Washington, c’est d’abord la capitale des Etats-Unis. Une ville chargée d’histoire dans laquelle le tennis prend sa part. Un exemple qui parlera aux plus jeunes et notamment aux fans de Rafael Nadal : avant que le roi de la terre battue ne parvienne à engloutir son 10ème trophée à Roland Garros en 2017 (il en est à maintenant à 12), il existait un précédent. Son nom, Martina Navratilova, victorieuse à 10 reprises entre 1975 et 1990 du tournoi de… Washington. Chez les hommes, c’est André Agassi qui détient le record avec 5 titres entre 1990 et 1999.

Créé en 1969, le tournoi de Washington présente un palmarès prestigieux. Un certain nombre de grands champions sont parvenus à s’imposer : Ken Rosewall (1971), Guillermo Vilas (1975, 1977, 1979), Jimmy Connors (1976, 1978, 1988), Ivan Lendl (1982, 1987), Stefan Edberg (1994), Michael Chang (1996, 1997), Andy Roddick (2001, 2005, 2007), Lleyton Hewitt (2004), ou encore Juan Martin Del Potro (2008, 2009, 2013). En revanche, Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic ne figurent pas dans cette liste. Normal, seul le Suisse a participé à l’épreuve, et encore, une seule et unique fois, en 1999 (pour une élimination dès le 1er tour contre l’Allemand Bjorn Phau). C’est la limite de ce tournoi, catégorie ATP 500, son incapacité à accueillir le TOP 3, privilégiant les Masters 1000 du Canada et de Cincinnati avant le dernier Majeur de la saison à New York.

Les têtes de série aiment y briller. Ce qui laisse peu de place pour les qualifiés/lucky losers puisque sur les 11 dernières saisons, seulement deux ont réussi à s'immiscer en quarts de finale. Deux Indiens : Devvarman et Bhambri.

Depuis 2013, sur les 92 têtes de série : 63 ont atteint les 8èmes de finale, soit un taux de qualification de 68%.

Pour sa 51ème édition, le Citi Open offre un plateau de qualité. Malgré les forfaits de Kei Nishikori, de Denis Shapovalov, de Gaël Monfils et de Sam Querrey, Washington peut s’enorgueillir d’accueillir 3 membres du TOP 10, Stefanos Tsitsipas, Karen Khachanov et Daniil Medvedev. Ces 3 joueurs issus de la nouvelle génération sont accompagnés par 5 autres membres du TOP 20 : Kevin Anderson, John Isner, Marin Cilic, David Goffin et Milos Raonic. A ces 8 joueurs, il faut en ajouter 8 supplémentaires (Felix Auger-Aliassime, Benoit Paire, Gilles Simon, Alex De Minaur, Kyle Edmund, Jan-Lennard Struff, Pierre-Hugues Herbert et Frances Tiafoe) pour identifier les 16 têtes de séries, toutes exemptées de 1er tour et qui intègrent le tableau principal directement en 16ème de finale.

Dans ce tableau, on trouve un ancien vainqueur du tournoi (Milos Raonic, 2014) et 4 anciens finalistes (John Isner, 2007, 2013, 2015 ; Ivo Karlovic, 2016 ; Kevin Anderson, 2017 ; Alex De Minaur, 2018). Le tenant du titre, Alexander Zverev, victorieux également en 2017, a choisi de faire l’impasse.

1er quart de tableau
Tête de série N°1 et N°6 mondial, Stefanos Tsitsipas s’avance en favori. D’abord parce qu’il a atteint le dernier carré l’année dernière, avant d’enchaîner avec une finale au Masters 1000 de Toronto, en dominant 4 membres du TOP 10 (dont Novak Djokovic et Alexander Zverev). Ensuite, parce que son premier adversaire ne joue pas dans la même catégorie (Denis Kudla, N°98, ou Tommy Paul, N°128). En 8ème de finale, le Grec pourrait jouer Jordan Thompson, battu dès le 1er tour à Atlanta, Jack Sock, tout juste de retour à la compétition, ou Jan-Lennard Struff, en forme cette année mais qui devra vite s’adapter après avoir joué la semaine dernière sur terre battue à Hambourg.

En embuscade, John Isner. Le N°15 mondial se sent bien à Washington (3 finales), aux Etats-Unis en général (13 de ses 15 titres), et vient de remporter son 1er trophée de l’année à Newport. Le géant américain dispose d’un tableau plutôt facile, Hubert Hurkacz ou Donald Young pour son entrée en lice, puis Benoit Paire, Malek Jaziri ou Marc Polmans en 8ème de finale. Le Français, titré 2 fois cette saison, et le Polonais, 44ème à l’ATP, présentent les deux plus grosses menaces.    

2ème quart de tableau
Le deuxième quart du tableau est beaucoup plus ouvert. Kevin Anderson est la tête de série la plus élevée (N°4), mais depuis son retour sur les courts après une blessure au coude, il s’est toujours incliné prématurément (2ème tour au Queen’s et 3ème tour à Wimbledon). Finaliste en 2017 à Washington, puis à l’US Open cette année là, le Sud-Africain a néanmoins déjà prouvé qu’il pouvait donner sa pleine mesure lors de cette période de la saison aux Etats-Unis. Autre tête de série, mais cette fois-ci dans une dynamique positive, David Goffin. Après une année 2018 et un début de saison 2019 compliqués, le Belge a réintégré le TOP 20 grâce une très belle série de résultats sur gazon (finale à Halle, quart de finale à Wimbledon et s-Hertogenbosch). L’ouverture de la saison sur dur en extérieur en Amérique du Nord est l’occasion rêvée pour confirmer ce regain de forme.

Dans cette partie de tableau, il faut relever la présence de plusieurs poils à gratter. D’abord, Nick Kyrgios. L’Australien est aussi talentueux qu’imprévisible. S’il joue au même niveau qu’au mois de février à Acapulco (titre après des succès contre Rafael Nadal, Stan Wawrinka, John Isner et Alexander Zverev), il peut aller très loin. Ensuite, Alexei Popyrin et Miomir Kecmanovic. Les deux jeunes joueurs de 19 ans, opposés au 1er tour, poursuivent leur progression (quarts de finaliste à Atlanta la semaine dernière) et peuvent viser au minimum les 8èmes de finale. Enfin, Adrian Mannarino. Beaucoup moins à l’aise sur terre que sur gazon et sur dur, le joueur français pourrait jouer les trouble-fêtes, et pourquoi pas contre Kevin Anderson au 2ème tour. Mais il faudra d’abord dominer le Biélorusse Ilya Ivashka.       

3ème quart de tableau
La jeunesse devrait prendre le pouvoir dans le troisième quart du tableau. Daniil Medvedev, 23 ans, Felix Auger-Aliassime, 18 ans, et Frances Tiafoe, 21 ans, partent en chasse derrière Marin Cilic. Hors du coup depuis le début de l’année, l’ancien N°3 mondial n’a réussi à remporter 3 rencontres consécutives que deux fois cette saison (à Melbourne et à Madrid) pour 11 tournois disputés. C’est dire si les jeunes loups auront leur mot à dire dans cette partie de tableau, notamment Felix Auger-Aliassime, 22ème mondial, qui a montré cette année à Miami (demi-finaliste) qu’il se plait sur le dur américain. Méfiance tout de même lors de leur entrée en lice puisque le Canadien pourrait affronter le géant américain Reilly Opelka (s’il se débarrasse de Christopher Eubanks), tandis que Medvedev pourrait lui aussi jouer un monstre serveur de 2m11, Ivo Karlovic (s’il domine Bjorn Fratangelo), et que Frances Tiafoe pourrait faire face à l’étonnant Alexander Bublik (s’il bat Bradley Klahn), récent finaliste à Newport.     

4ème quart de tableau
Karen Khachanov est le crack du quatrième et dernier quart du tableau. 8ème mondial, le Russe a glané ses 4 titres sur dur (Chengdu en 2016, Marseille, Moscou et Paris-Bercy en 2018). Seul bémol, une entrée en matière piège puisqu’il pourrait affronter l’ancien N°5 mondial, Jo-Wilfried Tsonga. Pour avoir la chance de voir ce choc entre 2 gros cogneurs du circuit, il faut d’abord que le Français passe son 1er tour contre le Canadien Brayden Schnur. De l’autre côté de cette partie de tableau, Milos Raonic, tête de série N°8, peut légitimement viser les quarts de finale. Le Canadien s’est déjà imposé à Washington (en 2014) et a prouvé cette année à Indian Wells (demi-finaliste) que son service pouvait encore faire des dégâts. Reste la question de son physique qui lui joue des tours depuis plusieurs saisons.

Il faudra enfin compter avec deux jeunes joueurs en forme, qui pourrait d’ailleurs se rencontrer dès les 16èmes de finale. D’un côté, Andrey Rublev, 21 ans, qui vient de disputer la finale du tournoi de Hambourg après un parcours mammouth (victoires sur Cristian Garin, Casper Ruud, Dominic Thiem et Pablo Carreno-Busta). Le Russe a ainsi fait un bond de 29 places au classement (de la 78ème à la 49ème), et c’est tant mieux puisqu’il a 180 points à défendre cette semaine après sa demie l’année dernière à Washington. De l’autre côté, celui qui a justement fait tomber Rublev en demi-finale en 2018, Alex De Minaur, 20 ans. L’Australien, déjà finaliste à Washington donc, se sent bien dans la capitale des Etats-Unis et même aux Etats-Unis tout court puisqu’il a lui aussi réalisé un superbe parcours la semaine dernière, empochant son deuxième titre en carrière, à Atlanta (succès face à Bradley Klahn, Bernard Tomic, Reilly Opelka et Taylor Fritz). Alors Rublev/De Minaur au 2ème tour ? Avec plaisir, mais il faudra d’abord que le Russe vienne à bout d’un autre Australien, Bernard Tomic.        

Nos prévisions pour les quarts de finale
Tsitsipas/Isner
Anderson/Kyrgios
Auger-Aliassime/Medvedev
De Minaur/Khachanov