Le très célèbre entraîneur italien Ricardo Piatti s'est exprimé sur la nouvelle pépite du tennis transalpin, Jannik Sinner, 135ème mondial après son titre à Lexington la semaine dernière. Âgé de seulement 17 ans, Sinner est le meilleur joueur au monde parmi les moins de 18 ans et le deuxième derrière Auger parmi les moins de 19 ans. Si on prend les moins de 21 ans, il est 11ème mondial. Ricardo Piatti est l'un des meilleurs coachs du monde. Il a eu sous ses ordres Ljubicic, Gasquet, Djokovic, Raonic et collabore depuis plusieurs mois avec Borna Coric et Jannik Sinner.

Avant de s'envoler pour les Etats-Unis et suivre ses joueurs et Maria Sharapova qui a pris ses services pour l'US Open, Ricardo Piatti se repose quelques jours à San Marin. Il en a profité pour revenir sur l'ascension de son jeune joueur.

"Après son titre, j'ai appelé Jannik pour le féliciter. Mais je lui ai dit aussi qu'il aurait dû battre Alex Bolt en deux sets et qu'il avait mal servi à certains moments... J'ai envoyé Jannik faire une tournée aux Etats-Unis sur dur justement pour pas qu'on ne lui monte la tête avec cette histoire de top 100, de résultats et d'ascension. Je m'en fiche de ça. Nous y penserons lorsqu'il aura 22 ou 23 ans. On va d'abord voir ce qu'il est vraiment capable de faire. Maintenant, mon objectif est qu'il grandisse, qu'il puisse joueur au niveau auquel je pense qu'il puisse jouer. Il faut qu'il se nourrisse d'un maximum d'expériences mais ne pensons pas aux points ATP ! C'est justement la raison pour laquelle j'ai refusé la wildcard que le tournoi de Kitzbühel lui avait proposé. Je voulais qu'il découvre le circuit américain, de loin le plus exigeant sur dur. J'ai demandé une wildcard à Atlanta et à Washington mais ils nous les ont refusées."

"Il m'a appelé la semaine dernière, il était nerveux parce que ce sont des conditions très difficiles ces tournois. Sur ces petits tournois, tout n'est pas rose comme à Indian Wells ou l'US Open. Il a joué la finale à côté d'un autre court où se jouait un match féminin. C'est difficile de se concentrer. Il apprend à jouer dans le désordre, il apprend son métier. Il me rappelle Cristiano Caratti à ses débuts (26ème mondial à son meilleur classement). Quand vous voyez comment ces joueurs s'entraînent, avec une telle intensité, qu'ils sont toujours là, qu'ils ne rechignent devant rien, vous savez qu'ils sont destinés à réussir. Vous devez juste leur donner du temps. Quand j'explique un exercice à Jannik, il n'abandonne jamais."

"Ce qu'il doit améliorer techniquement ? Tout ! Son coup droit, son revers, son service, son jeu au filet. Il réussit environ 65% de ses premières balles. Et il en gagne 75-80%. Forcément quand il joue Joao Sousa ou Nicolas Jarry, il n'a pas le même taux de réussite. Contre Bolt, il a fini par s'imposer dans le troisième set parce qu'il est plus fort mais ça ne suffit pas. Jannik n'est pas un phénomène. Il a encore tellement à apprendre. Mais j'ai bien aimé son adaptabilité aux surfaces cette saison. Il a joué trois tournois sur herbe, il s'est entraîné deux semaines sur dur puis il a joué sur terre à Umag et joué un très grand match contre Bedene. Jannik est une éponge. Il a une immense capacité d'apprentissage et il sait résoudre tous les problèmes qui se posent à lui pendant un match. Mais nous devons y mettre du contenu. Cela passe par une concentration de tous les instants et une volonté de se sacrifier pendant les entraînements."

"Avec Jannik, nous menons un projet à long terme. Je ne pensais pas qu'il allait progresser si vite. L'idée est de tirer le meilleur parti d'un matériel technique important, de le protéger et de veiller à ce que chaque match soit enrichi d'un nouveau contenu. Et il grandit juste comme ça. Sur le plan technique et physique, mais aussi tout à fait prêt d’un point de vue mental. Ce n'est que le début de son voyage. Les trois ou quatre prochaines années seront décisives. C'est difficile de savoir s'il a le potentiel pour être top 10 mondial un jour. Il faut juste d'essayer d'aller au maximum. Cela dépend de beaucoup de facteurs comme les blessures et les tirages au sort dans les tournois. La victoire de Fognini à Monte Carlo a eu un poids énorme dans le développement de Jannik. Pour lui et pour tous ces jeunes italiens qui ont réalisé que des objectifs qui semblent impossibles peuvent être atteints..."

"Le tennis italien compte 20 joueurs dans le top 200 soit 10%. C'est un bon chiffre qui reflète tout le travail accompli par les techniciens depuis des années. La finale de la NextGen se joue à Milan. La finale du Masters se jouera bientôt à Turin. C'est une excellente nouvelle pour le tennis italien et tous les jeunes qui peuvent y trouver une motivation supplémentaire.

"Je vais rejoindre Jannik le 14 août aux Etats-Unis. Il doit apprendre à voyager seul avec son physiothérapeute. Après l'US Open, il jouera à Istanbul et à Saint-Petersbourg puis en Asie."

Source : Corriere dello sport / Il Messaggero