Nicolas Mahut a offert le privilège d'une interview exclusive à notre site. Sur son trajet pour aller à Metz où il va disputer le tournoi en double avec Edouard Roger-Vasselin, il s'est confié sur ses objectifs de fin de saison, Wimbledon, la Coupe Davis, l'argent dans le tennis, la nouvelle génération et le SCO. Avec passion, sincérité, détermination et élégance.

Tennisbreaknews : Vous êtes actuellement 11ème à la Race en double avec Pierre-Hugues Herbert. On imagine que votre priorité et votre objectif est de vous qualifier pour le Masters. Pour y arriver, vous avez prévu de jouer à Tokyo et Shanghai où vous n'êtes plus allés depuis 2015 ? Vous confirmez ?
Nicolas Mahut : Oui je confirme. Il y a l’objectif de la qualification pour le Masters en finissant dans les 8 premiers si possible ou en espérant que les 8èmes n’aient pas remporté de Grand Chelem cette saison. Dans ce cas, l’ATP a le droit de donner une wildcard à une paire qui a gagné un Grand Chelem dans la saison mais qui n’est pas dans les 8 premiers. Ça c’est les maths mais je ne vous cache pas que l’objectif est de se qualifier avec nos points en étant performant sur le court. Mais avant de penser au Masters, il faut avant tout se retrouver et être performant, ce que nous n’avons pas réussi à faire lors des deux derniers tournois à Cincinnati et l’US Open. Dans la programmation, nous allons jouer à Tokyo et Shanghai mais aussi à Vienne et à Bercy ensuite. Nous n’avions pas joué depuis un moment en Asie et la semaine avant Bercy puisque les autres années, nous étions déjà qualifiés au Masters à cette période de la saison. Nous aurons un peu plus de rythme pour cette fin de saison, j’espère que cela nous aidera.

Tennisbreaknews : Les supporters français auront donc le plaisir de vous voir à Bercy.
Nicolas Mahut : oui tout à fait ! Et même si par chance, on aura réussi à décrocher notre place au Masters avant Bercy, on ira quand même puisque nous avons un deuxième objectif, ce sont les JO qui prennent en compte les points depuis la saison sur herbe cette saison jusqu’à Roland Garros l’année prochaine. On aimerait donc prendre le maximum de points sur cette fin de saison.

Tennisbreaknews : Qu’avez-vous ressenti à propos de la décision de Wimbledon de ne pas vous octroyer une wildcard ? Beaucoup de joueurs et passionnés de tennis, même à l’étranger, n’ont pas compris cette décision alors que vous veniez de réaliser un bon tournoi au Queens…
Nicolas Mahut : C’est gentil de la part de toutes ces personnes d’avoir réagi mais une wildcard n’est pas un dû. Ils invitent qui ils veulent. Dans ma carrière, j’ai déjà été gentiment invité deux fois à Wimbledon. Ensuite, ils ont leur système d’attribution. Ils me l’ont quand même donnée en qualifications, ce qui m’a permis de jouer le tournoi. J’étais peut-être à un match de l’avoir. Si j’avais battu Gilles au Queens et que je m’étais retrouvé en demi-finale du Queens, je pense qu’ils me l’auraient attribuée. Mais avec mon parcours au Queens, je suis arrivé fatigué aux qualifications de Wimbledon et je n’ai pas pu jouer le tournoi comme je l’espérais. A partir du moment où je n’avais pas le classement, il n’y a aucune polémique à avoir. Ils ont préféré la donner à d’autres joueurs. Ce n’était pas un scandale qu’ils ne me l’accordent pas.

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Tennisbreaknews : Un petit mot sur cette finale de l’US Open. C’était sponsorisé par la dalle angevine ce match. Vous l’avez regardé ?
Nicolas Mahut : J’ai vu les deux premiers sets mais après avec le décalage horaire, je me suis endormi. J’ai revu des passages ensuite mais je ne l’ai pas vu en intégralité. J’ai raté le moment où Medvedev a réussi à faire tourner le match.

Tennisbreaknews : Vous avez joué contre Daniil Medvedev au Queens en 2017 et à Rotterdam en 2018. Etes-vous épaté par sa progression ? Aviez-vous décelé déjà à l’époque ce potentiel chez lui ?
Nicolas Mahut : Quand je l’ai affronté, c’était déjà un joueur très difficile à manœuvrer. Il est très grand, il sert bien, il a une belle envergure, il se déplace très bien, il donne peu de rythme et surtout il donne très peu de points gratuits à ses adversaires. J’avais le sentiment en le jouant qu’il allait progresser. Je le voyais bien monter dans le top 20 voire le top 10 mais de là à faire ce qu’il a fait cet été et finir 4ème mondial, je pensais que ça prendrait plus de temps. Mais ce qui est admirable, c’est sa faculté d’adaptation. Il perd 6-3/6-0 face à Nadal à Montréal et un mois après, il pousse Rafa en 5 sets en finale de l’US Open. C’est qu’il apprend vite et qu’il s’adapte très rapidement. C’est la marque des grands.

Tennisbreaknews : Lors de votre première victoire sur le circuit en février 2001 face à Neville Godwin à Marseille, Felix Auger-Aliassime avait 6 mois, Shapovalov et Tsitsipas n’avaient pas encore 3 ans. Quelle est le secret de cette longévité Nicolas ? Quel conseil avez-vous envie de donner à cette nouvelle génération impatiente et assoiffée de titres ?
Nicolas Mahut : Déjà, je trouve que le tennis a beaucoup évolué depuis 15 ans. Les joueurs sont plus précis dans leur préparation physique. Ils sont mieux entourés, ils ont des staffs plus étoffés. A l’époque quand j’ai démarré, il y avait des joueurs qui avaient leur entraîneur et seulement les tous meilleurs avaient un kiné avec eux. Maintenant, presque tout le top 50 a un coach et un kiné et parfois même un préparateur physique sur les tournois. Donc je dirais que le niveau de professionnalisme a augmenté. En ce qui me concerne, j’ai eu une vraie hygiène de vie, un vrai dévouement à mon sport. Le tennis est resté ma priorité durant toute ma carrière. Quand je parle d’hygiène de vie, je parle aussi de récupération et de ma programmation dans les choix des tournois. Tout ça me permet d’être sur le circuit encore à 37 ans mais il y a aussi une question d’envie. J’ai un métier que j’aime énormément. Ce jeu me passionne toujours autant, du coup cela me permet d’être encore là, de chercher encore à progresser et de trouver des solutions pour être meilleur. Je pense que c’est la clé pour avoir une longue carrière.

Tennisbreaknews : Un sujet revient de plus en plus sur la table. C’est un combat mené notamment par le Canadien Vasek Pospisil. L’argent est mal redistribué dans le tennis ?Par exemple dans votre situation, vous avez accumulé un peu plus de 700.000 euros cette saison. Mais il faut savoir qu’avec cette somme, vous devez payer des impôts, tous vos frais de déplacement, le salaire de votre staff (coach, kiné, osteo)… Il n’est pas question d’aller pleurer évidemment mais on imagine qu’en réalité il ne vous reste pas énormément à la fin des comptes…
Nicolas Mahut : Il ne s’agit pas de pleurer surtout quand on parle des meilleurs. Les 700.000 euros dont vous parlez, je précise que c’est brut. J’ai des taxes et tous les frais de déplacement et de staff qui doivent être pris en compte. Je fais partie malgré tout des privilégiés. Les joueurs qui sont au-delà du top 200 ont beaucoup de difficultés à vivre du tennis. Oui il y a un combat à mener pour mieux redistribuer et je pense surtout aux Grands Chelems où les joueurs ne touchent que 14% du budget (7% pour les hommes et 7% pour les femmes). La volonté des joueurs est que ce pourcentage de rétribution augmente et qu’on arrive à augmenter le prize-money en qualifications pour toucher un plus grand nombre de joueurs puisque les qualifications en Grand Chelem peuvent aller jusqu’au 250ème mondial. L’idée est de permettre à ces joueurs-là d’assurer un minimum de revenus en participant aux qualifications des 4 Grands Chelems et d’avoir la possibilité de se structurer avec un entraîneur et un préparateur physique afin de se donner les moyens d’intégrer le top 100 mondial. Il y a une vraie discussion et une vraie volonté de la part des joueurs d’aller dans ce sens-là.

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Tennisbreaknews : Un autre sujet a enflammé le monde du tennis ces derniers mois : la Coupe Davis. Vous avez vécu peut-être l’un des plus grands moments de votre carrière et de votre vie avec cette victoire en novembre dernier face à la Croatie. Comprenez-vous les critiques et les réticences de certains joueurs ?
Nicolas Mahut : Le combat était à mener avant. Pas après. Maintenant, la décision est prise, cela ne sert à rien de continuer de mener un combat. Je m’étais exprimé l’an dernier, je n’étais pas favorable à cette nouvelle formule. Cela n’a rien à voir avec les futurs gains. Je trouve que cette compétition ne ressemble plus du tout à ce qui était la Coupe Davis. Pour autant, cela reste une compétition où l’on doit représenter l’équipe nationale. Et moi j’ai toujours mis l’équipe de France au-dessus de tout, quelle que soit la compétition. Pour moi ce n’est plus la Coupe Davis. On a dit adieu à la Coupe Davis. Mais peut-être que cette nouvelle compétition sera un succès. J’étais triste que cette Coupe Davis se termine mais je parle pour moi, cette nouvelle formule reste encore un objectif si le capitaine fait appel à moi.

Tennisbreaknews : On va terminer cette interview par 3 services en rafale.
Vous préférez votre victoire face à Nadal au Queens en 2007 ou celle face à Murray au Queens en 2012 ?
Nicolas Mahut : C’est très difficile de choisir. Je prendrai quand même ma victoire face à Nadal d’abord parce qu’il reste un modèle à mes yeux. Mais aussi parce que cette victoire m’avait permis d’aller en finale cette année-là et d’avoir une balle de match en finale face à Roddick.

Tennisbreaknews : Echangeriez-vous tous vos titres en simple et en double contre la Coupe Davis 2018 ?
Nicolas Mahut
 : Non parce qu’on a déjà celle de 2017 à la maison…

Tennisbreaknews : Vous préférez gagner 11 matches d’1 heure ou perdre 1 match de 11 heures ?
Nicolas Mahut : [rires] je vois à quoi vous faites référence… Je suis assez fier d’avoir été acteur de ce match-là même si la défaite a été très douloureuse. Pour la petite anecdote, récemment, une personne m’a reconnu en me demandant « vous êtes le joueur qui a joué le match le plus long ? Mais au fait vous avez gagné ou perdu ? ». Finalement j’ai pris conscience assez tardivement qu’aux yeux des gens, ce match allait bien au-delà de la victoire ou de la défaite même si moi je vois bien encore aujourd’hui la différence qu’il y a de l’avoir perdu ou de l’avoir gagné. Mais je reste fier d’avoir vécu ce moment-là.

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Tennisbreaknews : Un petit message pour le SCO qui joue à Lille ce soir ?
Nicolas Mahut : Qu’ils gardent leur ADN de combattants. Je suis avec attention tous leurs matches. Je tire un grand coup de chapeau aux joueurs, à l’entraîneur et aux dirigeants parce que ce n’est pas évident de repartir chaque saison au combat. Mais cela fait partie de l’ADN de cette équipe. Je suis fier d’eux et j’espère qu’ils feront une belle saison. Je ne sais pas si je pourrai regarder le match ce soir mais je vais suivre le score en direct.