Lucas Pouille s'est marié ce week-end. Pour l'instant tous les invités ont réussi leur début sur ce Moselle Open : Barrère, Tsonga et Herbert sont toujours en lice. Il reste donc le marié et David Goffin qui étaient exemptés de premier tour.

Le Français est opposé ce jeudi à Lorenzo Sonego. Tout sauf un cadeau. L'Italien semble suivre les traces de Matteo Berrettini. Ce pur terrien de 24 ans a longtemps navigué sur le circuit challenger avant de se faire une petite place sur le circuit ATP en 2018, sur le tard.

Ses premiers titres sont arrivés en 2015 avec 2 ITF puis il a confirmé en 2016 en challenger avec 1 titre. Il joue son premier match ATP à Rome face à Sousa mais s'incline de justesse en 3 sets. En 2017, il remporte un 2ème titre challenger et un titre ITF. C'est à Budapest en avril 2018 que sa carrière va décoller avec deux victoires sur Hurkacz et Gasquet. Il est alors 159ème mondial. Il ne le sait pas encore mais il vit là ses dernières semaines dans l'ombre.

Paradoxalement, c'est une victoire sur dur au premier tour de l'US Open face à Gilles Muller qui va le faire basculer dans le top 100 en septembre 2018. Il ne cesse depuis de poursuivre sa progression. Il est aujourd'hui 51ème mondial et va intégrer le top 50 quoiqu'il arrive lundi prochain grâce à sa victoire au premier tour face à Oscar Otte.

Lorenzo Sonego est à la base donc un pur joueur de terre battue : 258 matches disputés sur 390 en carrière dont 30 matches sur 49 sur le circuit ATP. En mai dernier, il comptait 14 victoires sur le circuit ATP dont 11 sur terre battue. Alors qu'il n'avait joué que 5 matches sur herbe depuis ses débuts (en qualifications du Queens et de Wimbledon), voilà l'Italien qui soulève son premier trophée en carrière sur gazon en Turquie à Antalya. Ce titre résume la capacité d'adaptation de ce joueur capable donc de briller sur ocre et sur herbe. S'est-il inspiré de son compère Matteo Berrettini titré lui aussi quelques semaines plus tôt à Stuttgart ?

Les spécialistes vous le diront : quand on sait jouer sur terre et sur gazon, il n'y a aucune raison de ne pas bien jouer sur dur. C'est exactement ce qu'a prouvé petit à petit Sonego. Quelques petites victoires en challenger face à Fucsovics, Chardy ou Harrison et une confirmation en Grand Chelem face à Tomic, Haase, Sugita et Muller. Et cette saison, il bat des joueurs comme Ramanathan, McDonald, Klizan, Dzumhur et Granollers. Pas encore des cadors mais ça viendra.

Son expérience en indoor est maigre (38 matches) mais on peut noter à son actif, un titre en challenger et deux victoires significatives face à Gulbis et Maden, deux spécialistes de la surface.

Florent Serra vous décrypte cette rencontre qui peut s'annoncer piégeuse pour Lucas Pouille. C'est l'oeil du pro !

"Après un très bon tournoi à Cincinnati, Lucas Pouille est retombé dans cette irrégularité qui le caractérise ces derniers mois à l'US Open avec un très mauvais match contre Dan Evans au 2ème tour. Il est capable de mettre beaucoup de variations dans son jeu avec des changements de rythme, un bon jeu de jambe avant/arrière comme à Melbourne en début de saison mais il n'arrive pas à mettre ce jeu en place sur la longueur. Il a commis 81 fautes directes face au Britannique à New York. C'est beaucoup trop. C'est pas possible à ce niveau-là. Dès qu'il affronte un adversaire qui le fait jouer, qui utilise le slice, il perd patience et commet trop de fautes. Il joue tout seul sur le court. Alors quand tout rentre c'est super mais il ne joue pas avec son adversaire en se disant qu'il peut rater aussi s'il arrive à le faire jouer un peu en ralentissant le jeu et en variant les cadences. Son jeu est spectaculaire mais c'est stéréotypé. Sur tout un match, ce n'est pas un plan de jeu qui peut fonctionner sur la durée."

"Si physiquement, après son mariage, il n'est pas à 100%, si son jeu de jambe n'est pas au top, il peut encore faire des fautes, s'agacer et commencer à douter. C'est une saison très compliqué pour lui. Je trouve qu'il n'a pas de plan B et qu'il ne varie pas assez. Alors il a réussi des grosses performances en Grand Chelem, cela lui permet de conserver un classement plus qu'honorable (26ème mondial) mais ses adversaires savent comment le faire déjouer. Ils se contentent d'attendre les fautes et ça fonctionne puisqu'il n'a que 16 victoires pour 17 défaites cette saison."

"En face, Sonego est un joueur très régulier, en pleine confiance cette saison. Il vient encore de remporter un challenger la semaine dernière. Même si je trouve qu'il est plus efficace sur terre parce que c'est un joueur qui a besoin de temps pour s'organiser, il a montré à Antalya qu'il était capable de bien jouer sur des surfaces plus rapides (même si les gazons se sont ralentis). Là c'est de l'indoor, c'est toujours un peu différent. Pour s'imposer, Lucas va devoir oppresser Sonego, ne pas lui laisser le temps de mettre son jeu en place, logiquement, il est largement au dessus de l'Italien. Sauf que Sonego fait quand même 1m91, il a une très bonne première balle et s'il fait le jeu avec son coup droit, c'est Lucas qui va subir."

"Lucas va devoir le faire reculer derrière sa ligne de fond de court pour le faire forcer sans pour autant se précipiter et attendre la bonne balle pour conclure les points. Si Sonego sert bien et ne se fait pas breaker, il peut commencer à faire douter Lucas avec son coup droit décalé très puissant. J'aimerais voir Lucas temporiser et construire son match tactiquement. Mais je ne sais pas si Lucas va être capable de le faire sur ce match dans ce contexte. Quand on le voit jouer, on a l'impression qu'il veut gagner le match en ne faisant que des coups gagnants. Je suis très méfiant sur ce match."