Pour la première fois depuis 2010, aucun membre du Big Four (Nadal, Federer, Djokovic et Murray) n'est présent en finale de Masters 1000 sur deux tournois consécutifs. Après Medvedev vs Goffin à Cincinnati, nous retrouvons à Shanghai Medvedev et Zverev. Le meilleur joueur du monde actuellement face au joueur le plus titré de sa génération : pouvait-on rêver d'une plus belle finale ? D'un côté le Russe enchaîne une 6ème finale consécutive, de l'autre l'Allemand retrouve les sommets après une saison qui l'avait éloigné du podium mondial où il était installé fin 2018 après son titre à l'ATP Masters.

D'un côté, Medvedev avec une finale à l'US Open, un titre à Cincinnati et une finale à Montréal. De l'autre, Zverev avec ses 3 titres en Masters 1000 et son incapacité à briller en Grand Chelem. Pourtant l'Allemand mène 4-0 dans les confrontations face au Russe. Sauf que depuis leur dernier duel en août 2018, le Moscovite a parcouru un chemin interstellaire avec son coach Gilles Cervara : 28 victoires sur ses 31 derniers matches.

La force de Medvedev est sa capacité à maintenir ce haut niveau de jeu. Son parcours n'est pas sans rappeler le meilleur Rafael Nadal sur terre battue capable d'enchaîner 35 victoires en 36 matches en 2013 ou encore le meilleur Djokovic en 2015 qui avait fait une série de 76 victoires en 80 matches entre Melbourne et Bercy...

La force de Zverev a été de digérer une saison en demi-teinte, malgré tout pas si catastrophique mais forcément en dessous de ses objectifs et de son potentiel, pour se relever et retrouver son meilleur tennis au moment de lancer le sprint final pour la course au Masters. L'Allemand a toujours eu du talent mais force est de constater qu'il y a eu un avant et un après Laver Cup 2019. Mentalement, ce n'est plus le même joueur.

Petit bémol malgré tout sur les performances et le parcours de l'Allemand : s'il a remporté 7 matches sur ses 8 derniers, il n'a battu qu'un top 10 lors de cette série de succès. Et on ne peut pas dire qu'il a eu le meilleur Roger Federer face à lui. S'il va mieux, c'est plutôt cette finale face à Medvedev qui va permettre de déterminer si réellement Zverev peut tirer un trait sur tous ses maux de 2019.

Tactiquement, les deux joueurs présentent un profil similaire. Ils mesurent tous les deux 1m98, ceux qui leur permet de servir incroyablement bien. L'Allemand semble avoir en revanche une petite longueur d'avance sur la performance en première balle avec un nombre d'aces plus important (66 contre 38) et un meilleur taux de réussite sur sa première balle (74% contre 71%) sur l'ensemble de ce tournoi de Shanghai. Leur grande taille ne les empêche pas d'être extrêmement mobiles et de contrer à merveille les services adverses. La seule petite différence est en faveur de Medvedev, capable de mieux tenir les échanges et maintenir la cadence sur de longs rallyes sans faire de fautes. L'Allemand cherche plus à finir rapidement les points.

C'est là dessus que le Russe peut essayer de travailler pour forcer l'Allemand à jouer des coups supplémentaires et commencer à le faire rater puis douter. Les deux joueurs devraient être très difficiles à breaker s'ils maintiennent leur qualité de service : 40 mises en jeu remportées sur 43 pour Medvedev (93%) et 41 mises en jeu remportées sur 47 pour Zverev (87%). Là encore, un léger avantage au Russe. Malgré sa qualité incroyable au service cette semaine, l'Allemand a quand même été breaké deux fois par Chardy, deux fois par Zverev et deux par Federer...

Le Russe malgré son handicap dans les confrontations est donné favori par les bookmakers qui privilégient la régularité et l'état de forme du Russe. Difficile de lui donner tort quand on repense à l'intensité et la force mentale qu'il a été capable de mettre face à Nadal en finale à l'US Open...

Au-delà de la bataille d'ego, de la lutte pour prendre le leadership de la NextGen, il y a pour Zverev un intérêt comptable à remporter ce titre. Il deviendrait Masterisable (7ème à la Race). Et quand on pense à toutes les critiques qui se sont abattues sur lui cette saison, à toutes les crises qu'il a dû traverser sur le plan personnel, aux doutes qui l'ont habités pendant presque 10 mois, cela prouverait simplement l'énorme potentiel de l'Allemand pour les années futures...