Même si ce vœu ne sera jamais exaucé, beaucoup de monde aimerait, ne serait-ce qu’un jour, être dans la peau de Roger Federer. Ce dimanche, à 15 heures, au moment de pénétrer sur le court central de Bâle pour y disputer la finale, il est fort à parier que le Suisse aura une pensée… pour son passé. Lui reviendront à l’esprit tout le chemin accompli depuis qu’il a appris à jouer au tennis, dans sa ville natale, et tous les succès escomptés depuis cette semaine de septembre 1993 où à l’âge de 12 ans, il avait été ramasseur de balle… à Bâle. Imaginait-il, 26 ans plus tard, jouer une 15ème finale à domicile, devant sa famille ? Sans doute pas, à moins d’être en plus d’un génie, un devin.

Face au clone de Lleyton Hewitt 

Ce dimanche, à 15 heures, Roger Federer connaîtra donc une sensation de déjà-vu. Bien sûr, parce qu’il jouera la 84ème rencontre de sa carrière à Bâle. Mais ce n’est pas l’unique raison. De l’autre côté du terrain, face à lui, se dressera un Australien âgé de 20 ans seulement, soit 18 de moins que le Suisse, pour leur première confrontation.Et pourtant, comme un symbole, tel un flash-back, Alex de Minaur va sans doute rappeler au Bâlois ses débuts sur le circuit principal. Un an après son entrée dans le monde professionnel, Federer affrontait pour la première fois celui qui deviendra au début des années 2000 l’un de ses meilleurs ennemis – avec Andy Roddick -, l’Australien Lleyton Hewitt. Après 3 défaites inaugurales face à un joueur né la même année que lui (en 1998) mais plus précoce, le Bâlois parvient enfin à dominer le natif d’Adélaïde lors de leur quatrième confrontation. C’était en 2000, et c’était… à Bâle, en demi-finale. Le début d’une nette domination puisque la balance penche nettement en faveur du Suisse, 18 victoires contre 9 pour l’Australien. 

Lleyton Hewitt ne joue plus, mais ce dimanche, Roger Federer aura peut-être l’impression de le rejouer. Car Alex de Minaur, 28ème mondial, ressemble beaucoup à son glorieux aîné. Un physique comparable – autour d’1m80 –, un mental de gagnant, des jambes de feu et une défense de fer, bref un combattant hors pair. Une différence notable néanmoins : à 20 ans, Lleyton Hewitt avait déjà gagné son premier tournoi du Grand Chelem (l’US Open, en 2001), alors qu’Alex de Minaur n’a jamais dépassé les 8èmes de finale dans les Majeurs. Il n’empêche, celui qui est né d’un père uruguayen et d’une mère espagnole continue de progresser à vitesse grand V, puisqu’il intègrera pour la première fois le Top 20 ce lundi, quelque soit le résultat de la finale de Bâle.  

Cette semaine, Alex de Minaur a une nouvelle fois démontré sa faculté à faire déjouer ses adversaires et sa capacité à ne jamais rien lâcher. Ce fut le cas d’abord face au Bolovien Hugo Dellien, contre qui l’Australien s’est imposé malgré la perte de son service à 3 reprises. Ensuite, contre Taylor Fritz, qui venait de dominer la tête de série N°2 du tournoi, Alexander Zverev. Puis, en quart de finale, contre le cogneur Jan-Lennard Struff. En demie enfin, lors d’un match épique contre le géant américain Reilly Opelka, remporté après 2 heures et 30 minutes de jeu, 3 jeux décisifs et 26 aces concédés.  

A la poursuite des records

Une seule manche perdue donc pour l’Australien, c’est bien, mais pas aussi bien que Roger Federer. Lui n’a laissé aucun set à ses adversaires, et au total seulement 14 jeux – 3 seulement contre Peter Gojowczyk au 1er tour, 3 également face à Radu Albot au 2ème tour et 8 contre Stefanos Tsitsipas en demi-finale. Quelques chiffres illustrent cette domination : Federer n’a perdu son service qu’une seule fois (pour 4 balles de break concédées) et a remporté 80% des points derrière sa première balle de service. Certes, le N°3 mondial a profité du forfait de son pote et compatriote Stan Wawrinka en quart de finale, mais l’impression laissée par Roger Federer depuis le début de la semaine ne laisse planer aucun doute : il est bel et bien l’immense favori de cette finale. 

Aérien, tonique, puissant et précis, le Suisse n’est quasiment jamais aussi à l’aise que lorsqu’il joue à la maison. Depuis sa première participation à « son » tournoi en 1998, Roger Federer a gagné 74 matchs pour seulement 9 petites défaites. Mieux encore, il joue ce dimanche sa 13ème finale de rang (sa 15ème au total) à Bâle, pour un bilan de 9 titres et 3 défaites (9 titres et 5 finales perdues au total). Bref, il reste sur une série de 4 titres consécutifs – il était absent en 2016 – et de 23 victoires de suite – son dernier revers remonte à la finale perdue de 2013, face à Juan Martin Del Potro. 

Vous l’avez compris, Roger Federer vise un 10ème titre à domicile, un exploit qu’il a déjà réalisé à Halle cette année, et qu’un seul autre joueur a réalisé dans l’Histoire, Rafael Nadal, à Roland Garros (12 titres), Monte-Carlo (11) et Barcelone (11). C’est aussi la 157ème finale dans la carrière du Maestro, l’occasion aussi de remporter son 103ème titre et de se rapprocher davantage du record détenu par Jimmy Connors avec 109 trophées. Forcément, les 3 petits titres (à Sydney, Atlanta et Zhuhai) acquis cette année par Alex de Minaur ne pèsent pas bien lourds à côté de la razzia du Suisse, mais rappelons que le jeune australien demeure cette saison invaincu en finale, alors… sait-on jamais.

Alex De Minaur serait le premier Australien à remporter le tournoi (Mark Philippoussis a perdu en finale en 1997). Face au top 10 mondial, il avait commencé sa carrière par 11 défaites en 11 matches. Mais il a remporté ses deux derniers duels face à Nishikori et Bautista. S’il gagne aujourd’hui, cette victoire serait la plus retentissante de sa jeune carrière, parce qu’elle rapporterait son 4ème titre mais surtout parce que son adversaire est le numéro 3 mondial. Lorsqu’il a été dans le top 10, Federer n’a perdu que 3 finales dans sa carrière en indoor : deux fois face à Del Potro et une fois face à Djokovic pour 17 trophées. Le challenge est immense pour De Minaur...

Pour l’anecdote, lors de la première finale ATP de Roger Federer (à Brest en 1999), Alex De Minaur avait 8 mois...