Benoît Paire avait promis de se remobiliser pour Bercy après une mauvaise série depuis la fin de l'été. Et il a tenu ses promesses en écartant le Bosnien Dzumhur en deux sets dans un match décousu, pas forcément maîtrisé de bout en bout mais globalement dominé par le Français. Au second tour l'attend Gaël Monfils... Mais il se projette déjà sur 2020...

Félicitations. Je voulais savoir si tu pouvais nous expliquer ce qui s'était passé dans ta tête à 5-4 dans le premier set pour Dzumhur lorsque tu es mené 15-40. Tu enchaînes les aces et les retours gagnants pour prendre le set 7-5. Il y a eu un déclic, quelque chose ?
Depuis la tournée asiatique, je suis dans un état où j’ai été pas mal malade. Cela a été compliqué pour moi. J'ai chopé une angine, après j’ai eu des bouchons dans les oreilles, j'ai eu l'otite en rentrant. Ce n'était pas facile pour moi. Quand j'arrive avec peu de confiance, je me mets un peu en dedans et j'ai du mal à bouger, je me sens lourd et fatigué. Quand j'arrive à enchaîner les victoires, cela se sent sur mon état d’esprit et ma façon de jouer, c’est complètement différent. Là, je sentais que j'étais un peu comme en Asie, j'étais mou, un peu négatif dans la tête même si je ne le montrais pas trop. J'étais quand même très en dedans dans ma tête. J'avais besoin à un moment donné d'exprimer et de me lâcher. Si cela restait comme ça, cela aurait pu faire 6-4/6-4 pour Damir et je serais sorti avec beaucoup de regrets en me disant : je n’ai pas profité de ce Bercy. C’est pour ça qu’à 15/40, j'ai bien servi. Je suis arrivé à me remettre dedans. Là je me suis dit : écoute Benoît t’es à 5-5, essaye au moins de te libérer et de profiter de cet instant. Je jouais à Bercy devant ce public, il n’attendait que ça. Je n'arrivais pas à aller les chercher depuis le début du match. Je me suis vraiment motivé et boosté, j'ai pu enchaîner les coups gagnants. Cela m'a souri, mais c'est simplement l'état d'esprit qui a changé.

Le public est particulier ici, tu l’as vécu en 2013 [il avait été sifflé et hué par le public lors de son match face à Herbert], comment on gère ? On a une petite appréhension ?
Je n'ai pas d'appréhension maintenant parce que depuis Roland Garros cette année, avec le public, cela a vraiment changé. Je sens que les gens viennent me voir, m’attendent et sont là pour me supporter et m'encourager, pour me montrer leur soutien. C’est ça qui me fait du bien. À Roland Garros, j’ai vécu les plus belles émotions de ma vie. J'ai besoin d'enchaîner ici, avec le public. Je l’avais demandé sur les réseaux sociaux, j’avais demandé sur mon Instagram d’essayer de venir me soutenir, parce que je n'étais pas forcément dans une bonne période. Je savais que ce n'était pas forcément mon meilleur niveau de jeu que j’allais jouer ce soir. J’avais juste envie de sortir vainqueur de ce match. Même si ça a été un match en deux sets, je suis très fatigué. J'ai pris beaucoup de plaisir quand même, alors qu'au début c'était très dur. Jusqu'à 5-4, je ne prenais pas du tout de plaisir sur le court mais je me suis dit : « Lâches-toi, essaie de profiter. Ils sont là pour t'encourager. Tu dois aussi te mettre à fond et te mettre dedans ». Je suis content, ça m'a souri. Finalement, sur le deuxième set, j'ai même essayé de me relâcher, de tenter des coups, parce que je me sentais bien.

En quoi le public est particulier, ici ?
Il a été particulier, parce que je méritais de me faire siffler quand je suis sorti sous les hués, contre Pierre-Hugues c'était compliqué. On n'a pas le droit à l'erreur ici. À partir du moment où on le sait, il faut faire attention et il faut faire avec. Quand on a besoin d’eux, je l’ai vu ce soir, ils sont là. Il faut juste prendre conscience que l'on n'a pas le droit de s'énerver. C'est un de mes problèmes. Dans le passé, cela a été compliqué, mais ils ont compris que je faisais beaucoup d’efforts et que j'avais changé. Ils en prennent conscience et me soutiennent à fond du coup.

Tu parles du public, j'imagine que ce match t’a fait du bien après ta soirée en tribune hier soir [Benoît Paire est supporter de l'OM et il était présent au Parc des Princes ce dimanche soir].
Oui, il m’a remis dedans. J'avais pris un coup sur la tête. J'ai assisté à ce match. Paris est largement meilleur que Marseille, il faut être réaliste. Il est dommage de ne pas avoir plus poussé que cela. Si on doit faire un débrief du match, j’aurais aimé qu’il y ait plus d’engagement. C'est vrai qu'à Paris, j'ai vécu un peu ici. De temps en temps, je venais, quand j'étais plus jeune. J'ai beaucoup de souvenirs sur ce Bercy. J'ai quitté Bercy à chaque fois dans des conditions difficiles. À un moment donné, c'est la séparation, à un moment donné c’est le fait que je me fais huer, c’est les blessures. Pour moi, cela restera toujours un tournoi particulier. Quand je gagne ce soir, je suis très ému, cela me touche vraiment, ce n'est pas du cinéma. Je suis fatigué, parce que nerveusement ce n'est pas simple de venir jouer ici. J'ai pris du plaisir à gagner ce match et à sortir vainqueur. J’espère que ce sera le cas au prochain tour contre Gaël, même si le plus important est de prendre du plaisir pour nous deux.

On a tous vu le film Loft in translation. Tu peux revenir sur ta tournée asiatique ? Tu n'as pas dormi pendant 15 jours apparemment.
Oui, déjà je suis parti malade de Metz. Cela ne m'a pas aidé avec le décalage horaire. Après je n’arrivais pas à dormir, mais ce n'est pas la première année. Je sais que ce décalage est très compliqué pour moi. Cela peut paraître bête, pourtant je voyage dans tous les pays du monde et à chaque fois cela va, mais sur l'Asie, c’est impossible. Quand Thierry Champion était mon entraîneur, je passé la nuit avec lui à discuter parce que je ne pouvais pas dormir. Cette année, je faisais des tours jusqu'à 6 ou 7 heures du matin. Quand je ne dors pas, je suis très fatigué, je ne me sens pas bien dans ma tête. La seule façon pour moi de dormir, c'était de prendre des somnifères. J’avais essayé contre Uchiyama, mais je ne pouvais pas jouer. Je ne voyais pas la balle, j’étais dans le coaltar. C’était le même cas après Tokyo, je ne dormais plus. Je suis arrivé à Shanghai, sans dormir une seconde. Je devais faire un entraînement avec Hubert Hurkacz et après 10 minutes, il m’a dit : « fais une sieste sur le court ». Il ne me reconnaissait pas. Ce n'est pas du cinéma. Quand on ne dort pas, jouer un match de tennis, ce n'est pas que je ne le voulais pas, c’est simplement que c'était dur pour moi et physiquement impossible. La tournée asiatique, je pense que je la zapperai l'année prochaine. Ce n’est pas parce que je ne veux pas la jouer. C'est la fin de saison et la fatigue aussi. Je me retire d'ores et déjà de Shanghai, parce que pour moi c'est trop difficile.

Tu parlais de Gaël au prochain match. Pour lui, c'est un tournoi qui est encore un gros enjeu aussi. Il y a beaucoup réussi. Il y aura une petite appréhension ? C'est toujours particulier les duels 100 % français ?
On a tous des enjeux. C'est le dernier tournoi de l'année. Je ne suis pas loin du Top 20, je sais combien de matches il faut que je gagne pour être dans le top 20. Je suis en Coupe Davis, je suis dans l'équipe, mais il ne faut pas oublier qu'elle peut changer. Le capitaine l’a annoncé, jusqu’à la semaine avant la Coupe Davis il peut changer trois joueurs de l'équipe. Vu la tournée asiatique que j’ai faite, avec les maladies et tout cela, j'ai besoin de montrer au capitaine qu'il peut avoir confiance en moi. C’est pour ça que je joue à fond, que j'ai envie d'aller loin dans ce tournoi pour lui montrer que s’il a besoin de moi pour cette rencontre et celles qui arrivent, je serais présent et j'ai vraiment envie d'aller à Madrid. Ce n'est pas juste pour représenter la France. J'ai envie d’aller là-bas pour jouer, lui montrer que j'ai le niveau, que j'ai fini quasiment Top 20, ce n'est pas pour rien. Je suis prêt à aller au combat s'il faut y aller.

Propos recueillis en conférence de presse après sa victoire sur Damir Dzumhur au premier tour du Rolex Paris Masters le lundi 28 octobre 2019