Quel exploit de Jérémy Chardy qui a battu le numéro 4 mondial Daniil Medvedev au 2ème tour du Rolex Paris Masters. Cela faisait presque 20 mois que le Français n'avait plus battu un top 10. Mais cette victoire concrétise surtout une très bonne période durant laquelle il avait failli battre Zverev et Khachanov. Le voilà au 3ème tour d'un Masters 1000 pour la 3ème fois cette saison. Son dernier quart de finale dans un grand tournoi remonte à l'été 2015. C'était face à John Isner au Canada. Le Français pourrait retrouver le géant américain au prochain tour. Un match de papas !

Dans ton palmarès de victoires, où se situe celle-ci ?
Je ne sais pas trop. Ce qui est sûr, c'est que c'est une très belle victoire. Quand tu joues un match comme ça sur le central en France et qu'en plus tu le gagnes, c'est juste une sensation magnifique. Je pense que tous les efforts qu'on fait chaque jour, c'est pour vivre des moments comme ça. Je suis vraiment content que cela m'arrive et que ce soir je puisse profiter de ce moment. Donc je vais bien savourer.

Tu as joué quatre matches en quatre jours. Tu te sens comment ? Cela t'a aidé d'avoir fait les qualifications ou il y a de la fatigue ?
C'est toujours pareil. Quand tu joues des matches, il y a toujours une accumulation, donc de la fatigue mais aussi toute la confiance que tu prends au fil des matches. Tu restes dans un rythme aussi. Après, cela m'a bien réussi. Il faut peut-être que je joue tous les jours.

Dans ton jeu tu as semblé plus posé. Est-ce que c'est quelque chose que tu travailles ou pas ?
Oui, depuis qu'on a commencé avec Cédric Pioline et mon entraîneur, on travaille beaucoup sur ça. Donc je pense qu'aujourd'hui c'est une bonne récompense pour eux aussi. On a passé beaucoup de temps sur le court à essayer de poser mon jeu, d'être plus solide et de maîtriser beaucoup plus mes coups. Je pense qu'aujourd'hui j'ai fait une bonne démonstration sur le court. J'ai bien varié les rythmes, les vitesses et hauteurs. Petit à petit dans le match, cela l’a gêné. Et petit à petit, j'ai pris confiance aussi. Après, cela a été difficile aussi. Il a eu beaucoup de balles de break. Je les ai bien jouées, il ne les a pas converties, cela l'a frustré. À chaque fois, cela m'a fait prendre de la confiance. Le public m'a bien aidé. Je ne suis pas très bon pour me servir du public, mais depuis le début, il était derrière moi et avait envie que je gagne. Plus cela allait, plus il me soutenait. C'était une belle sensation sur le court. Cela m'a donné beaucoup d'énergie. Comme je le disais, on a de la chance en France, on a beaucoup de soutien à part peut-être contre Federer et Nadal pour lesquels le public est partagé. Après, je pense qu'on joue contre n'importe qui d'autres en France, le public est toujours derrière nous. C'est une super sensation quand tu es sur le court.

Tu parlais des balles de break. Tu en as sauvé un bon nombre, plus d'une quinzaine. Qu'est-ce que tu te disais pour continuer à t'accrocher face au numéro 4 mondial ?
Tout au long du match, j'avais ma tactique bien en tête, mon plan de jeu. Je suis resté dans ma bulle, bien concentré et calme sur mon plan de jeu. Je n'ai pas dérogé du début à la fin. C'est pour ça qu'au final j'ai gagné. Quand tu joues contre des joueurs comme ça, il faut presque faire un match parfait pour gagner. J'ai sauvé toutes ces balles. La seule que j'ai eue, je l'ai jouée parfaitement. C'est frustrant quand en face tu as beaucoup d'occasions et que tu finis par perdre. Ce coup-ci, c'est dans l'autre sens. Cela fait plaisir. C'est le dernier tournoi de l'année. Je jouais bien depuis plusieurs tournois. J'ai fait de très bons matches. J'ai perdu plein de matches accrochés. C'est une belle récompense de finir comme cela l'année et j'espère continuer.

Tu parlais du plan de jeu. Par quel bout prendre ce joueur solide ? Tu lui as fait pas mal de coups droits. Tu as fait exprès d'aller le chercher de ce côté ? Tu le connais peut-être bien, vous avez des équipes en commun ?
C'est ma force la diagonale coup droit. Contre n'importe qui, c'est quand même l'endroit où j'ai envie d'aller. J'ai changé les vitesses, les hauteurs. J'ai bien fait. Ce n'est pas toujours facile de ralentir le jeu et de l'accélérer, surtout dans les moments de tension. C'est ce qui l’a gêné le plus aujourd'hui d'arriver à cela, c’est jouer plus vite et plus haut. Après, le match s'est passé comme il s'est passé. Cela peut tourner rapidement. Comme cela a tourné pour moi, je le savoure.

Tu vas devenir papa. Est-ce que cela change beaucoup de choses dans la manière d'aborder les matches ? La présence de ton épouse n'est-elle pas dangereuse puisqu'il y a des émotions assez fortes ?
Ce qui est sûr, c'est que le bébé a déjà des émotions. Comme Susan, chaque fois qu'elle regarde mon match, elle le vit à 100 % et le bébé lui avec. Je pense je suis très content dans ma vie à l'extérieur du tennis. Je pense que cela se ressent sur le court quand tu es bien en dehors. C'est plus facile d'aller sur le court pour se battre. Souvent, tu joues mieux aussi. Je suis content qu'on puisse créer une famille. Maintenant, je joue aussi pour ma famille. C'est toujours un petit truc motivant. J'espère pouvoir continuer à bien jouer pour que mon enfant puisse me voir jouer.

Est-ce que justement il n'y a pas eu un peu de frustration après le premier set ? La réussite est venue justement du fait de pouvoir l'effacer ? On vous sentait proche mais parfois un peu en difficulté pour tenir la balle. C’est comme si c’était tout effacé au début du deuxième.
Oui. Comme tu le dis, je pense que sa balle me gênait beaucoup. J'étais souvent en retard. J’ai raté pas mal aussi. Peu à peu j'ai réussi à le régler au fil du match. Au premier set, même si je restais dans le score, dans le match, je pensais qu'il jouait mieux que moi. Quand j'ai perdu le premier, je ne me suis pas affolé non plus parce que je sentais qu'il y avait des choses que je pouvais corriger pour essayer de renverser le match. Au début du second, j'ai commencé à mieux contrôler la balle et peu à peu, j'ai réussi à faire basculer le match.

Pour revenir sur cette performance, c'est ta 12ème victoire en carrière face à un top 10, cette performance est plus forte que ta victoire face à Roger Federer à Rome sur terre où tu avais sauvé une balle de match notamment.
J’aime ma victoire aujourd'hui. On l’a dit avant, je pense que ce que j'ai fait aujourd'hui, mon jeu était assez maîtrisé, posé. Souvent dans mon jeu, il y avait des moments où je jouais très bien, des moments où je jouais moins bien, où je pouvais faire beaucoup de fautes. J'essaie toujours d'améliorer mon jeu. C'est ce qui me motive à aller à l'entraînement et à continuer à jouer. Ce soir, je suis content, parce que mon match a été posé. Ce qu’on avait prévu de faire, je l’ai bien fait. J'ai fait de bons coups, des coups gagnants, mais je n'ai pas fait des choses exceptionnelles. J'ai joué solide du début à la fin. C'est pour cela que c'est une victoire qui me satisfait beaucoup.

Tu nous as dit dimanche que tu allais faire un stop quand le bébé arrivera. Tu comprends ou tu es étonné qu'Isner ait traversé l'Atlantique pour venir jouer ici à Paris ? C'est son deuxième enfant, cela dit.
C'est différent quand c’est le deuxième ? (Rires) Je n'ai pas votre expérience. Je pense que chaque personne est différente aussi. C'est à chacun de voir comment il le sent. S'il avait envie de venir ici jouer… Je pense qu'il a pris cette décision avec sa femme. J'espère pour lui qu'il l'a prise avec, autrement il va se faire un peu engueuler en rentrant. C'est partout pareil par contre là non ? (Rires) Je peux comprendre, c'est un événement important de la vie. J'ai envie de profiter de ce moment aussi et de profiter de ma famille. Après je vais continuer à m'entraîner bien sûr. Vous le savez autant que moi. Il y a une date mais cela peut être avant ou après. Je ne sais pas trop quand cela arrivera. J'ai envie de profiter de ce moment. Une fois que le bébé sera là, je me remettrai à jouer, à faire mes tournois.

Propos recueillis en conférence de presse après sa victoire face à Daniil Medvedev au 2ème tour du Rolex Paris Masters le mardi 29 octobre 2019.