Benoît Paire espérait finir cette saison 2019 dans le top 20 mondial. Il n'a pas réussi à battre son ami Gaël Monfils mais il est heureux de finir sur ce match et souhaite que son adversaire du jour se qualifie pour le Masters de Londres. Les deux Français se retrouveront à Madrid pour la Coupe Davis dans trois semaines.

Comment te sentais-tu aujourd'hui par rapport à ton premier match ici, physiquement ?
Bien mieux. Comme je l’avais dit, le premier match m'avait donné de la confiance. Je savais que ces dernières semaines avaient été compliquées. Il fallait que je renoue avec la victoire pour me sentir bien sur le court, pour avoir de bonnes sensations. Je savais que le premier tour n'allait pas être facile contre Dzumhur. Aujourd'hui j'étais bien en jambes, j'avais de de bonnes sensations et c'est juste dommage de perdre comme ça parce que j'ai l'impression que j'aurais pu faire mieux sur ce match. Je perds en 2 sets mais au premier set j'ai l'occasion de breaker Gaël à 0-40 et je fais les mauvais choix à ce moment-là, alors que je joue bien au tennis. Mais c'est toujours comme ça contre Gaël, on sait qu’il est capable de toujours ramener une balle de plus, de faire jouer l'adversaire des coups supplémentaires. J'ai loupé quand il ne fallait pas et lui a été opportuniste sur ses occasions.

Il y a 4 ans, vous jouiez dans un match très étrange où tu étais mené 6-2/4-0 pour finalement gagner. Là, cela a été un match très sérieux. Comment trouves-tu Gaël Monfils ? Il a semblé très concentré et appliqué aujourd'hui.
Je le vois comme un pote déjà, un pote sur le court, qui fait une super saison, qui est quasiment assuré de finir top 10 cette saison. On a regardé, on a eu un petit sourire parce qu'il attendait le résultat de Goffin et Dimitrov pendant notre match. On a levé la tête et on a vu 2/0 pour Dimitrov. J’ai vu un petit sourire en coin ; il était content. Je le trouve très sérieux. Cette saison, il est impliqué dans ce qu’il fait, il a envie de faire de belles choses. Il a eu un très bon début d'année. Après, il a forcément des petites baisses de régime, ce qui est normal pour des joueurs comme nous, un peu atypiques. On aime le tennis, on aime jouer mais ce n'est pas tout le temps facile pour nous d'être sur un court. C’est pour cela que je trouve qu’il fait une super saison. Je suis content pour lui qu'il soit dans le top 10 mais il m'a pris mon top 20 sur cette année. J'espère vraiment qu'il va arriver à accrocher ce Masters, même si je sais que, pour lui, l'objectif était déjà d’être dans les 10, c’est quelque chose qu’il a atteint. Maintenant, s'il peut aller plus loin, vu qu'il m'a battu, j'aimerais qu'il arrive à accrocher le Masters, à gagner plein de matches. Je trouve qu’en 4 ans, il a eu des hauts et des bas, mais quand il y a des hauts, il y a des très, très hauts et parfois il a eu aussi quelques soucis de blessures, ce n’est pas facile pour lui, mais cela reste un joueur qui est top à regarder, qui est super sympa, avec qui je m’entends bien et avec qui je prends beaucoup de plaisir.

Il n'y aura pas de Top 20 mais en termes de classement, c'est la deuxième meilleure saison de ta carrière après 2015, je crois, où tu finis Top 20. Quel est ton point haut pour toi dans cette saison, ta grande satisfaction et peut-être ton plus grand regret ?
Au niveau du classement, c'est ma deuxième meilleure saison mais en termes de qualité de jeu, en termes de niveau de jeu, en termes de solidité, c'est largement ma meilleure. La seule chose c’est que, maintenant, il y a pas mal de vainqueurs différents sur les tournois, donc il faut encore plus de points pour entrer dans le top 20, mais je trouve que j'ai fait une super saison. J'ai deux titres, j’ai deux huitièmes de finales en Grand Chelem, je ne l'avais jamais fait. Je me retrouve avec une autre finale. C’est une saison complète, sur toutes les surfaces. Je dirais que le moment le plus important pour moi, où j’ai eu le plus de bonheur et le plus de tristesse, c’était à Roland-Garros. C’était en huitièmes de finale, une première pour moi. Une ambiance incroyable à tous les matchs. Après, cela finit par une espèce de petit drame pour moi, où je mène 5-3 au cinquième set contre Nishikori et je perds. Ce sont des moments qui n’ont pas été faciles mais tellement beaux parce que j’ai communié avec le public ; ce sont des choses qui me font du bien. Aujourd’hui, je perds et j’arrive à sortir du court en étant content, en me faisant ovationner et en ayant pris du plaisir avec le public. Pour moi, cela restera une super victoire. Je dirais que le point positif, c’est d’avoir pris du plaisir avec tout le monde et d’avoir partagé avec les Français.

Vous avez eu une longue et belle accolade à la fin du match et vous vous êtes parlé, visiblement, un peu comme des footeux, avec la main devant…
Il y a deux ou trois secrets qu’on ne va pas dire.

C’était quoi ? Vous parliez de l’ATP Cup ou vous vous donniez le nom du capitaine ?
Pour l’instant, il y a une compétition beaucoup plus importante que l’ATP Cup, c’est la Coupe Davis. Pour nous, c’est important. J'ai envie de faire partie de ce groupe, je l'ai déjà dit. J'en fais partie pour l’instant. J'espère que j’ai montré au capitaine qu'il pouvait avoir confiance en moi et qu’il pouvait s'appuyer sur moi pour jouer. On s'est dit qu'on allait surtout se retrouver à Madrid et vu qu'il m'avait volé mon Top 20, il me paierait une petite soirée pour se faire pardonner [rires]. Avant le match, on est resté ensemble, on a regardé deux, trois matchs, on a discuté. C'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup. C'est aussi, j'espère pour lui, le cas de son côté. Se retrouver en Coupe Davis pour jouer ensemble, représenter la France, après tous les soucis qu'on a eu tous les deux, on a tous les deux envie de faire quelque chose de bien, de montrer qu'on est capable de faire de belles choses. On s’est dit qu’on avait fait tous les deux une belle saison et quoi qu'il arrive, cela restera pour tous les deux une belle année 2019, où on aura pris du plaisir sur le court. On s'est dit : « On se voit à Madrid ».

On dit souvent que c'est difficile de jouer contre un compatriote et encore plus contre un pote, mais on a l'impression que vous, vous avez plutôt pris du plaisir et que ce n'est pas forcément un frein ?
Oui, on a pris du plaisir. La seule chose que je trouve délicate, c'est avec le public parce que, par moments, comme je l'ai fait au premier tour, j'ai besoin d'aller le chercher, j’ai besoin de m'enflammer un peu, de m'exciter avec le public, de lifter un beau point, de gueuler mais on ne peut pas trop le faire, parce que je respecte aussi beaucoup Gaël et je n'ai pas envie qu'il le prenne comme un manque de respect envers lui. On fait notre match, on essaie d'être vraiment sérieux tous les deux mais ce truc pour aller chercher le public que lui aime aussi, on ne peut pas le faire, ce qui est un peu dommage quand on joue entre Français, mais je trouve qu’on a fait une belle partie pour un match de fin de saison. Malgré notre fatigue mentale à tous les deux, c’est vrai que cela reste un beau match.

Quand vous vous prenez dans les bras, que vous rigolez ensemble pendant le match, est-ce aussi un moyen de relâcher la pression en fin de set ?
Non, pas du tout franchement. On n'est pas en train de calculer, pas du tout. Je le fais avec Gaël parce qu'on s'adore et si c'est un autre joueur, je le regarde avec un petit sourire mais, lui, je vois qu'il profite aussi et même quand c'est l'autre qui fait un super point, on se dit : c’est pour cela qu'on joue au tennis, c'est aussi pour se régaler, faire de beaux coups. Je suis content parce que j'ai remporté le plus beau point du match donc il sera un peu déçu pour cela.

Propos recueillis en conférence de presse après sa défaite au 2ème tour face à Gaël Monfils le 30 octobre 2019.