Novak Djokovic a atteint la première partie de son objectif de fin de saison à savoir remporter le Rolex Paris Masters. Par chance, il a pu profiter du forfait de Nadal en demi-finale pour récupérer quelques points précieux sur l'Espagnol. Désormais le Serbe doit faire de même au Masters pour espérer finir numéro un mondial. Si Nadal ne joue pas à Londres, Djokovic devra a minima atteindre la finale.

De l'extérieur, les gens vont dire « Novak a gagné, c'est logique », mais de l'intérieur, ce n'était pas si simple. Pourriez-vous nous expliquer comment cela a été pour vous de revenir sur ce tournoi et de le remporter ?
D'abord j'ai trouvé que Denis et moi avons bien servi. Il était difficile de lire son service. Je pense que c'était mon meilleur match au niveau du service sur ce tournoi. C'est la raison pour laquelle ce match a été aussi rapide, en deux sets uniquement, 6-3/6-4. Le match a été serré, je n'ai réussi qu'un seul break par set, c'était juste suffisant pour gagner. Dans le deuxième set, j'ai attendu que son pourcentage de premières balles baisse. J'ai essayé de jouer du fond du court de ne pas lui laisser trop d'opportunités. C'est l'un des meilleurs matchs que j'ai pu jouer cette semaine. La deuxième partie de la semaine a été fantastique. Je me suis amélioré de jour en jour. Je ne peux pas être plus satisfait de cette titre.

Vous n'avez perdu que 10 points sur votre service aujourd'hui. Vous sentez-vous dans la peau de Karlovic lorsque votre adversaire est incapable de vous retourner ?
À quelques moments aujourd'hui, oui j'ai eu le sentiment d'être un peu comme Karlovic. Cela peut être frustrant de jouer contre des joueurs contre Karlovic, qui ont un service aussi excellent. On se sent bien aussi quand on peut avoir beaucoup de points gratuits grâce à ses services. Et ça a été le cas pas seulement aujourd'hui mais durant toute cette semaine. Je n'ai pas perdu un seul set et mon service a clairement été ma meilleure arme aujourd'hui. Surtout, il m'a permis d'être à l'aise et en confiance du fond du court.

Q. Quand pensez-vous qu'un joueur de la nouvelle génération arrivera à remporter un Grand Chelem ? La différence avec les Masters est grande tout de même ?
Cela dépend de votre point de vue. Il n'y a pas tant de différence en termes de niveau de jeu. Ceux de la nouvelle génération ont remporté des Masters 1000. C'est déjà arrivé et cela arrivera de plus en plus. Nous ferons tout, je parle de nous trois, pour repousser aussi longtemps que possible le moment où un nouveau joueur va remporter un Grand Chelem. Mais la nouvelle génération est déjà là : Medvedev, Khachanov, Thiem, Zverev, Tsitsipas, Denis, Félix. La nouvelle génération s'est déjà installée dans le top 20 mondial et ils croient de plus en plus pouvoir nous battre et soulever un Grand Chelem. Ce n'est qu'une question de temps. Quand ils auront acquis suffisamment d'expérience, qu'ils seront dans un bon jour et que tout se réunira pour qu'ils l'emportent... Il suffit que l'un d'entre eux soit bon une semaine et il pourra gagner un Grand Chelem. Après il y a une question de régularité parce que c'est autre chose de faire cela toute une année pendant toute une saison. C'est là où le bât blesse. Si vous avez une bonne semaine, vous pouvez gagner un match, un Grand Chelem mais pouvez-vous le faire de manière régulière d'année en année pendant toute une carrière ? Peu de joueurs sont en mesure d'accomplir cet exploit. Il faut tout un ensemble, il faut du dévouement.

Donc c'est votre 34ème Masters, est-ce différent du premier ? En quoi celui-ci se distingue des autres ?
Chaque titre est différent, le premier c'est le premier. Il ne faut pas oublier quand même qu'il s'agit des plus grandes victoires, il ne faut pas considérer que c'est normal, que c'est monnaie courante. C'est un grand privilège de gagner ces grands titres. C'est l'une des raisons principales pour lesquelles je continue de jouer au niveau professionnel, c'est pour soulever de grands trophées, être en mesure de jouer au plus haut niveau. J'adore le tennis, j'aime jouer le tennis, pratiquer ce sport. Le fait d'être un professionnel et de se battre pour être numéro 1 et gagner des Grands Chelems, cela change votre vie. Il faut adapter son style de vie complètement pour avoir une infime chance de soulever ces trophées. Jusqu'ici, j'ai été privilégié d'avoir le soutien de ma famille et de mes proches dans ma vie, parce qu'il faut un équilibre sur le court et hors le court, en dehors du monde du tennis. Je suis maintenant papa, les choses ont changé en termes de priorité, de ce qui compte le plus dans ma vie. Il faut que je me rappelle à quel point ces moments sont précieux. Ma vie est différente aujourd'hui.

Vous ne serez plus numéro 1 mondial demain, mais ensuite vous avez une chance de pouvoir être à nouveau numéro 1 après Londres, notamment après le forfait de Nadal ici, qu'en pensez-vous ?
Je suis attristé de voir qu'il est blessé, parce qu'on ne peut pas le souhaiter pour qui que ce soit. J'ai eu également des blessures importantes dans ma vie. Lui, il a eu de nombreuses blessures dans sa carrière. J'espère qu'il pourra se rétablir et être là à Londres, parce que le tournoi lui-même sera différent s'il n'est pas là. C'est un champion d'envergure, j'ai beaucoup de respect pour lui. En termes de points, bien sûr, cela me met en meilleure position cette semaine. Il faut que je continue sur ma lancée de victoire cela dit. Il est possible que je gagne tous mes matches à Londres, c'est arrivé dans le passé. J'aime gagner à Londres mais la tâche qui m'incombe est ardue, parce que cela dépend également des adversaires en face de moi. Ce seront toujours des adversaires qui figurent parmi le Top 10. Il faut vraiment que je me concentre sur cet objectif et si je parviens à atteindre cet objectif, ce sera fantastique.

Si vous terminez numéro 1 mondial, ce sera la sixième fois et vous égalerez Sampras. Qu'est-ce que cela représentera pour vous ?
Évidemment, c'est une motivation, un objectif au quotidien depuis le début de ma carrière de gagner le plus de Grand Chelem mais aussi d'être numéro un mondial le plus longtemps possible. Mais ce n'est pas possible pour moi d'en parler maintenant. Ce n'est pas une réalité encore. Je dois attendre ce qui va se passer à Londres, voir si je peux arriver à le faire. Ce n'est pas correct vis-à-vis de Nadal de parler de ça. Je ne me sens pas à l'aise d'en parler maintenant tant que ce n'est pas fait.