Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert ont retrouvé la voie du succès ensemble au Rolex Paris Masters, leur premier titre Porte de Bercy. Après une saison compliquée, le duo français se replace en position de favori pour le Masters de Londres et attend avec impatience de jouer la Coupe Davis ensuite.

Bravo messieurs, que représente cette victoire ? On a senti que sur la balle de match Nicolas, tu étais bien ému.

Nicolas Mahut.- Comme toujours lorsqu'on remporte un grand titre en France. On rêve de la Coupe Davis mais on rêve aussi de Roland-Garros et de Bercy. Quand j'étais petit, je venais en tribunes ici, je trouvais que c'était un court fantastique avec une ambiance incroyable et je rêvais, moi aussi, de gagner ce tournoi.

En simple, je n'étais pas assez fort mais, en double, on a réussi à le faire et après 2 finales, c'était important de pouvoir gagner ce tournoi parce qu'on ne savait pas si on allait revenir ici en finale. Le fait de gagner enfin ce tournoi, devant nos familles, après l'année que l'on a eue avec Pierre-Hugues, c'est fantastique. On a vécu une semaine géniale sur le terrain, en dehors du terrain mais je crois que l'on a répondu de la plus belle des manières aux personnes qui pensaient peut-être que cela allait être compliqué. En tout cas, on finit cette saison avec un titre fantastique. Je suis très heureux.

Un mot sur ton dos Pierre-Hugues, c'était juste une petite alerte ou tu était un peu inquiet ? Et par rapport à ce que dit Nico sur cette année compliquée, qu’est-ce que cela signifie pour toi de remporter ce titre ?

Pierre-Hugues Herbert.- Sur un service extérieur assez court, j'ai été surpris et j'ai forcé pour aller chercher la balle. J'ai senti une petite douleur. J'étais assez froid avant le match, plus que les autres jours. J'ai eu du mal à me chauffer. J'ai mis de la crème chauffante, rien d'extraordinaire.

Concernant l'année que l'on a vécue avec Nico, je suis grandement fautif parce que j'ai voulu mettre l'accent sur ma carrière en simple, après notre victoire en Australie. J'avais mes raisons aussi mais si la décision n’a pas forcément été facile à prendre. A cela, s'est rajouté cette histoire de Wimbledon où j'ai eu cette occasion de jouer avec Andy mais, finalement, cela ne s'est pas mal goupillé parce que Nicolas a failli gagner le tournoi avec Edouard. Cela a été des moments qui ont été plus négatifs que positifs. Je garderai quand même un bon souvenir de cette année, parce qu'il y a quand même une victoire en Grand Chelem en début d'année et une victoire à Bercy et l'année n'est pas terminée.

Je suis très content d'avoir réussi à gérer cette situation avec Nicolas, que l'on ait réussi à se parler, les yeux dans les yeux pour se dire les choses et que l'on ait retrouvé ce qui fait notre force aussi sur le terrain, cette complicité et le fait que l'on soit prêts à tout donner l’un pour l'autre. Je pense que c'est ce qui fait aussi que l'on est différents : un joueur de tennis a tendance par moments à être un peu égoïste, j’ai envie de dire, et j'ai trouvé chez Nico quelqu'un qui partage, qui donne tout pour son partenaire et c’est forcément quelque chose de très positif.

Pierre-Hugues, vu le contexte que tu viens de détailler, de raconter, avez-vous abordé cette finale différemment des autres ?

Pierre-Hugues Herbert.- Non. Je pense qu'on l'a bien abordée. De toute façon, on aborde toujours bien une finale quand on joue bien et quand on est dans une bonne dynamique. On voulait sortir du match sans rien regretter, faire notre travail chacun de notre côté et se trouver sur le terrain. Quand on arrive à faire cela, quoi qu'il arrive, que ce soit une défaite ou une victoire, déjà on est fier et content ; même après notre défaite en demi-finale à Vienne, on était fier de nous sur la prestation, l’attitude et tout ce qu’il s’est passé. L'objectif est d'arriver à garder cela chaque fois que l'on arrive sur un court.

Nicolas, tu dirais que vous avez retrouvé le même niveau que vous aviez avant la petite brouille ou est-ce que c'est tout à fait pareil, tant au niveau du jeu que dans l'entente sur le court ?

Nicolas Mahut.- Non, c'est toujours pareil, quand on ne se voit pas, quand on ne passe pas de temps ensemble c'est plus compliqué. La tournée américaine avait été difficile parce que cela faisait trois mois qu'on s'était pratiquement pas vus, pas entraînés ensemble, un contexte différent aussi parce que pour Pierre-Hugues, c'était difficile en simple. C'était donc un contexte un peu lourd mais on s'est bien parlé après l'US Open. Malheureusement, il s'est re-blessé ensuite et on n'a pas pu aller en Asie mais on devait rejouer ensemble en Asie. Et chaque fois qu'on me posait la question, je n'avais pas de doute quant à la qualité de jeu que l'on pouvait développer, à partir du moment où on était capable d'être ensemble sur le terrain, de se regarder dans les yeux et de pouvoir tout donner l'un pour l'autre, quel que soit le scénario du match. Dès que l'on a repris ensemble à Vienne, c’est ce qu’il s’est passé, cela a tout de suite cliqué. On n’a pas gagné le tournoi mais même en faisant une demie, on a fait trois bons matchs, on est tombé sur une équipe supérieure mais sur le reste, c'était parfait et je savais qu’en gardant cela, on aurait de bons résultats. A partir du moment où on est comme cela sur le terrain et en dehors, souvent de bons résultats arrivent.

Le fait de vous être expliqués cette saison, est-ce que vous diriez que votre duo s'est renforcé, autant sportivement que dans votre relation, et notamment au vu des échéances importantes de 2020 où il y aura les JO ?

Nicolas Mahut.- C'est comme dans une relation de couple : est-ce qu'avec votre femme c'est facile tous les jours ? Tiens, vas-y, réponds à cette question. [Rires] C'est toujours pareil, les années précédentes on a eu des moments pas faciles à gérer, il y avait eu la finale de Coupe Davis où cela avait été compliqué, où il a fallu repartir. Il y a des moments où cela n'est pas toujours tout rose, mais notre grande force c'est qu'on se dit les choses avec franchise et honnêteté. On est différents, comme il l'a dit, on ne voit donc pas toujours les choses de la même manière ; on a des désaccords mais, au final, on repart ensemble et à partir du moment où on a le plaisir d'être ensemble sur le terrain, là où ce sera compliqué c'est le jour où on n'aura plus envie. Si cela arrive un jour, ce sera plus compliqué. Là, on avait encore envie. On a discuté et cela s’est remis. Aujourd'hui, j'étais très heureux d'être avec lui sur le court. J'espère que l'on aura encore plein de tournois et plein de trophées à célébrer ensemble.

Est-ce que vous croyez que c'est un bon indicateur par rapport à votre dynamique, à votre esprit d'équipe pour la Coupe Davis qui arrive ?

Pierre-Hugues Herbert.- C'est toujours forcément positif d'arriver sur une compétition avec de la confiance et des victoires. Après cela ne fait pas tout, il faut rester aux aguets, j'ai envie de dire, il faut rester concentré. On est en fin d’année, il s'est passé beaucoup de choses cette année. Il va falloir physiquement arriver en pleine forme sur les deux compétitions qui arriveront la semaine prochaine et la semaine d'après. On espère que l'on apportera à l'équipe de France un très bon niveau en double, des victoires si possible et un superbe état d'esprit.

Nicolas, tu as aussi beaucoup joué avec Edouard Roger-Vasselin cette saison. Est-ce que tu t'es senti parfois un peu mal à l'aise vis-à-vis de lui qui a joué avec Melzer ? La situation était complexe pour lui. Comment tu as pu gérer cela avec lui même si Edouard n'est pas quelqu'un qui revendique ? J'imagine que tu as discuté de cela aussi avec lui ?

Nicolas Mahut.- Oui. Cela a été une saison compliquée pour tout le monde. Edouard est un joueur fantastique. Quand j'ai eu la possibilité de jouer avec lui lorsque Pierre-Hugues était absent, c'était incroyable pour moi, car je savais qu'on pouvait tout de suite être compétitifs et gagner de grands tournois. C'est une situation difficile et j'ai l'impression de le mettre dans une situation parfois compliquée, parce qu'on ne savait pas à quel moment on allait reprendre. On devait rejouer en Asie, mais finalement Pierre-Hugues s'est blessé. Je lui ai donc redemandé. Ce n'est pas évident de s'organiser. Je le sais car j’aime bien savoir ce que je vais faire. Quand on me perturbe, c’est compliqué. L'avantage c'est que cela a toujours été très clair sur la situation : quand Pierre-Hugues reviendrait, je jouerai à nouveau avec lui. Cela a toujours été très franc mais c'est une situation compliquée pour lui, difficile aussi parce qu'il a des objectifs ; il a les mêmes que les nôtres, à savoir jouer en équipe de France, jouer les Jeux Olympiques, la Coupe Davis et c'est difficile.

Il était important pour moi de reprendre avec Pierre-Hugues quand il allait revenir, c'était ce qui était prévu et j'essaie de rester fidèle à ce que je dis. Ce que je souhaite c'est qu'il fasse une grande année avec Melzer, parce que je pense que cela peut être une super équipe et que c'est un partenaire fantastique. Après, je ne sais pas trop quoi dire.

Pour revenir sur la Coupe Davis, Jo-Wilfried Tsonga nous disait vendredi soir qu'il avait envie de donner une chance à cette nouvelle formule. Dans quel état d'esprit êtes-vous tous les deux avant cette phase finale ?

Nicolas Mahut.- Dans l'état d'esprit de donner le maximum pour l'équipe de France. On ne va pas rouvrir le débat sur ce nouveau format. Vous savez quelle était notre position. J'aurais aimé qu’on change de nom et de trophée. Mais cela reste l'équipe de France et bien sûr que si le public est présent, cela peut être une compétition fantastique à jouer. Ce ne sera pas la Coupe Davis mais cela peut être fantastique. A partir du moment où on a le « France » dans le dos, on a envie de tout donner pour la gagner et vivre des moments incroyables avec nos partenaires, avec le capitaine, avec les supporters et on espère aller le plus loin possible et gagner cette compétition.