Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News ont placé Juan-Ignacio Londero en 15ème position du classement des révélations de la saison 2019.

Il est 21h30 à Cordoba en Argentine lorsque Londero exulte ce dimanche 10 février 2019. Il vient de remporter son premier tournoi ATP à 50 km seulement de Jésus Maria, sa ville de naissance, devant ses proches et toute sa famille. Ce baroudeur des tournois challengers (25 ans) n'avait pas encore signé la moindre victoire sur le circuit principal avant ce tournoi où il était invité par les organisateurs. De la réussite, il n’en a pas manqué dans son parcours en écartant les versions ectoplasmiques de Jarry et Delbonis, les novices Sonego et Cachin avant de rencontrer Guido Pella en finale. Menant d'un set et d'un break d'avance dans le 2ème set, ce dernier a longtemps donné l'impression qu' il allait pouvoir, dans son style caractéristique, résister à la fougue de son adversaire. Mais Londero n'est pas du genre à se décourager ; il continue à asséner ses coups de butoir en coup droit et en revers, un travail de sape qui lui permettra de prendre progressivement l'ascendant sur le match et d'embarquer son compatriote dans un 3ème set à sens unique. Pella remportera deux semaines plus tard son premier titre ATP à Sao Paulo.

Cependant, ce tournoi n'a pas constitué le réel déclic de la carrière de Londero. Le tournant a eu lieu 15 jours avant, à plus de 1000 km de Cordoba, en quart de finale du challenger de Punta del Este en Uruguay. Son psychologue qui le suit depuis 2 ans, est alors en tribune et assiste à la défaite de son patient contre Facundo Arguello. Le diagnostic est sans appel : « Tu réalises que c'est toi qui perds les matchs ? Ce ne sont pas tes adversaires qui les gagnent. Tes erreurs sont engluées dans ton esprit alors que tu devrais te concentrer sur ce que tu devrais faire correctement [1]».

Avant cela, l’Argentin avait plus d’une fois songé à arrêter sa carrière : « J'étais classé entre la 200e et 300e place. En 2017, je n'étais pas motivé, j'avais perdu mes sponsors. J'étais en difficulté sur le plan financier. J’ai réalisé que j'allais avoir 24 ans et que je ne possédais rien. S’il m’arrivait quelque chose, de quoi pourrais-je vivre? Que devais-je faire? Je n'étudiais pas et je n'avais pas d'argent. Rien. J'ai alors pris une pause. Je suis resté un mois à la maison sans jouer. Et je suis allé en Europe pendant un mois. J'ai eu une pré-saison en juillet et je suis allé jouer aux Challengers. Je suis passé par 11 qualifications. J'ai terminé l'année en étant heureux »[2]. Il concède également avoir beaucoup travaillé pendant cette période avec son entraîneur Andrés Schneiter pour se construire une discipline de travail et trouver une identité de jeu[3].

Un autre facteur explique son éclosion tardive : « En décembre 2017, je ne faisais que 64,5 kilos pour 1m83 et mon entraîneur m’a dit que je ne pouvais jouer au haut niveau avec ce poids là ». Une préparation de douze semaines sera nécessaire pour l’amener à 69 kilos, son poids actuel. Depuis ce jour, il doit constamment surveiller son poids, comme le révèle son entraîneur Andrés Schneiter : « Dans un gros match, il perd 2 kilos, un grand voyage, il perd 2 kilos. On est toujours derrière lui pour qu’il mange. On insiste pour qu'il mange à chaque repas et lui fait les efforts parce qu’il n’a jamais faim [4]».

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Après ces ajustements effectués, ses résultats probants sur le circuit challenger en 2018 l'ont amené à se donner une nouvelle chance. Jusqu'à ce match contre Arguello, qui de son propre aveu a changé son année.

« J'étais dévasté parce que j'avais bien joué. Mais écouter et absorber les mots de mon psychologue m'ont fait un bien fou. Ce n'était pas tant ce qu'il disait que la manière dont il l'a dit. Cela a changé ma façon d'appréhender le tennis et mes perspectives. Je garde ces mots en moi. [5]»

Ce premier titre ATP à Cordoba permet à Londero de passer de la 112ème à la 69ème place mondiale. Une enjambée inespérée pour un joueur qui estimait ne pas être prêt mentalement pour gagner ce tournoi : « Je suis arrivé à Cordoba en sachant que je pouvais gagner quelques matchs, mais je ne me suis jamais vu en finale ».

Cette performance lui donne la possibilité de rentrer dans le tableau principal de Roland Garros sans passer par les qualifications. L’Argentin saisit cette opportunité pour se hisser jusqu’en huitièmes de finale où il rencontrera Rafael Nadal sur le court Philippe Chatrier, une récompense pour lui après ses années laborieuses. Il aura croisé sur sa route le fantôme de Nikoloz Basilashvili, un Richard Gasquet peu au point sur le plan physique et un jeune Corentin Moutet plein de fougue mais manquant cruellement d’expérience.

Suite à ces prestations sur le tournoi parisien, l’Argentin passe un nouveau cap en matière de régularité sur cette surface, après quelques mois à trouver ses repères et digérer son nouveau statut de joueur du top 100 : « A Roland Garros, quand j'ai passé le premier tour, j’ai perçu dans mon esprit que je jouais un tout autre tournoi. Je me sentais à l'aise, comme si j'avais déjà joué cet événement à plusieurs reprises. Les jours précédents, j'étais très impliqué mais aussi surpris d'être à Roland-Garros [6]»

Après une tournée sur gazon où il réussira à gagner son premier match susr le circuit ATP, il aborde la dernière partie de la tournée de terre battue à Bastad en Suède. Il y réalise un parcours très convaincant en prenant sa revanche sur son compatriote Facundo Arguello, quelques mois après Punta del Este, puis en battant son partenaire de double et autre spécialiste de terre battue Hugo Dellien. Il bat ensuite une nouvelle fois Richard Gasquet, à la suite d’un combat de près de 3 heures, où ce dernier aura encore montré beaucoup d’insuffisance sur le plan physique. Pour se qualifier en finale, il écartera enfin un Albert Ramos dans la meilleure forme de sa carrière (15 victoires pour 3 défaites en un mois). Il perdra en finale contre Nicolas Jarry, ce dernier s’étant révélé particulièrement impérial sur ces mises en jeu toute la semaine.

Un tournoi qu’il termine par une défaite donc mais avec beaucoup de certitudes : une première balle solide, un jeu de retour agressif et un coup droit lui permettant de distiller facilement des coups gagnants. Il conclut à Hambourg (défaite contre Basilashvili, future vainqueur du tournoi) une tournée sur terre battue plutôt positive : « Je vis un véritable rêve cette saison. Tout se qui s’est passé en quelques mois est fou et même si cela est parfois confus pour moi, j’essaye de garder mon calme. Je prends tous ces résultats comme une nouvelle phase de mon processus de progression. C’est comme cela que je canalise mon énergie [7]».

43, c'est le nombre de matchs que Londero a effectué sur dur sur les circuits ATP et challenger depuis le début de sa carrière en 2010. Celui-ci a réalisé la majeure partie de sa carrière sur terre battue (520 matches sur 615), surface sur laquelle ses coups fonctionnent mieux, de son propre aveu. Dans un circuit ATP de plus en plus uniformisé, il fait partie de cette jeune garde sud-américaine (Garin, Dellien, etc.) qui a grandi sur l'ocre. Le circuit challenger lui a longtemps permis de jouer quasiment toute l'année sur terre battue (il y a gagné 3 tournois), mais pour se maintenir dans le top 100 mondial nécessite de faire preuve d’une certaine polyvalence sur les autres surfaces.

Après une première partie de saison dédiée à l'ocre (jusqu'à Roland Garros, il n'a disputé que les qualifs de l'Open d'Australie, d'Indian Wells et de Miami, pour des résultats plutôt médiocres), Londero aborde la tournée estivale américaine a priori avec peu de certitudes.

Son bilan n’est cependant pas infamant et sa victoire contre Sam Querrey au 1er tour de l’US Open constitue incontestablement son match référence en 2019. Solide sur ses mises en jeu, il se révèle très difficile à déborder et réalise une performance offensive de haute tenue (49 points gagnants en coup droit).

Ses qualités commencent de fait à être soulignés sur le circuit, à l’image des déclarations de Roger Federer après leur confrontation au Masters 1000 de Cincinnati : « Il a un coup droit efficace, avec beaucoup de variations qu’il arrive à dissimuler efficacement. Je suis certain qu’il aura une carrière solide. C’est un joueur tenace, c’est une qualité que je respecte »[8].

Sa fin de saison en indoor est cependant beaucoup plus anonyme. Toujours aussi accrocheur (ses adversaires respectifs se débarrassent rarement de lui en 2 sets secs), il gagne cependant relativement peu. Le doute commence à s’installer dans son esprit et il montre beaucoup de nervosité sur ces derniers matchs. Il réalise également beaucoup de fautes directes avec son revers, qui dans les moments de méforme, se révèle plus que jamais un point faible handicapant. Sa saison 2019 se termine ainsi par une défaite particulièrement frustrante contre le jeune Hugo Gaston, 266ème mondial, au dernier tour de qualification du Rolex Paris Masters.

Que retenir alors de sa saison ? Une entrée sur le circuit principal prometteuse, un classement qui tutoie les 50 meilleurs mondiaux et un parcours qui suscite la sympathie, tant le personnage aura montré tout au long de son année une spontanéité le rendant particulièrement attachant (son discours maladroit lors de sa finale à Bastad ne peut que corroborer ce point).

Il devra confirmer sa progression sur toutes les surfaces en 2020 et sera de fait plus attendu lors de la tournée sur la terre battue sud-américaine. Pour la première fois, il devra défendre un titre ATP, chez lui à Cordoba, ce qui constituera une pression supplémentaire sur ses épaules. Son année de confirmation ne sera probablement pas de tout repos mais elle sera manifestement à suivre et très enrichissante pour lui.

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Quelques statistiques à retenir :
- Avant 2019, Londero avait disputé seulement 3 matches sur le circuit ATP
- Il est à son meilleur classement (51ème) en cette fin de saison 2019
- Pour son 1er Grand Chelem, il atteint les 8èmes de finale (Roland Garros)
- Depuis Monte Carlo, il a remporté au moins un set lors de 25 de ses 30 matches disputés


[1]https://www.atptour.com/en/news/us-open-2019-londero-feature

[2]https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Articles_de_tennis/3348/juan-ignacio-londero-je-ne-peux-pas-expliquer-comment-est-roger-federer-/

[3]https://www.atptour.com/en/news/londero-2019-challenger-atp-transition

[4]« Londero doit faire le poids », L’équipe, mai 2019

[5]https://www.atptour.com/en/news/us-open-2019-londero-feature

[6]https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Articles_de_tennis/3348/juan-ignacio-londero-je-ne-peux-pas-expliquer-comment-est-roger-federer-/

[7]https://www.atptour.com/en/news/us-open-2019-londero-feature

[8]https://www.atptour.com/en/news/us-open-2019-londero-feature