Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News ont placé Christopher O'Connell ex-aequo avec Londero en 15ème position du classement des révélations de la saison 2019.

82 victoires sur 108 matchs joués et 5 tournois remportés cette année. Ce ne sont pas les statistiques de Daniil Medvedev mais bien celles de Christopher O'Connell, méconnu du grand public mais auteur de la progression la plus ahurissante de l'année sur le circuit.

Classé dans les limbes du circuit au début de l'année 2019, le joueur australien de 25 ans a gratté plus de 1000 places en 1 an pour se classer aujourd'hui à la 120ème mondial, son record en carrière. Et ce n'est peut-être pas fini...

Natif de Sydney, Christopher O'Connell commence le tennis à l'âge de 4 ans. Passé par le programme Pro tour de l'Australian Institute of Sport (dont Ashleigh Barty et Nick Kyrgios ont également bénéficié), il réalise à 16 ans qu'il peut embrasser une carrière de joueur professionnel. Il fait alors ses débuts sur le circuit ITF en 2011.

Souhaitant se donner tous les moyens pour réaliser son rêve, O'Connell travaille en 2015 dans une boutique de vêtements afin de financer son année sur les tournois en ITF en Europe et en Asie. Il y enchaine alors les matchs pendant 7 mois, engrange de l'expérience et finit par gagner 5 tournois Futures. Il atteint ainsi la 237eme place mondiale et se voit offrir par la Fédération une wild card pour l'Open d'Australie en 2017. En bonne forme après avoir joué 80 matchs à l'abri des blessures, l'Australien fait l'aveu de viser le top 100.

Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu.

Après une défaite contre Dimitrov au premier tour de l'Open d'Australie, O'Connell contracte une pneumonie qui va limiter considérablement sa capacité à s’entraîner et jouer pendant plusieurs mois. Alors qu'il recommence à rejouer régulièrement sur le circuit challenger, il est de nouveau freiné par une tendinite au genou, qui le tient à l'écart de la compétition pendant une bonne partie de l'année 2018.

C'est alors que la nouvelle réforme sur le Transition Tour rentre en application. Celle-ci établit une hierarchie très nette entre le circuit challenger et les tournois ITF :

  • M25 (25000 $)  dans lequel les possibilités de gagner des points ATP ont été limitées
  • M15, appelés “circuit de transition” (15000 $) dans lequel il n'est possible de gagner que des points ITF qui permettent un accès aux tableaux des circuits challenger.

Un classement ITF est ajouté au classement ATP pour les joueurs établis sur le circuit secondaire. Pour s'adapter à cette nouvelle structure, les points ATP acquis par ces joueurs en 2018 sont convertis en points ITF.  Petit problème, Christopher O'Connell a peu joué en 2018 (24 matchs) et n'a pas cumulé assez de points hors tournois Futures pour pouvoir entrer dans les tableaux des challengers.

Il n'a donc le choix que de retropédaler en circuit ITF s'il veut reprendre le fil de sa carrière. Beaucoup de joueurs se seraient certainement découragés à sa place devant cet amoncellement d'obstacles à gravir mais l'Australien n'est pas homme à tout laisser tomber.

N'ayant pas suffisamment d'argent pour assurer ses frais de déplacements et d'hôtels, O'Connell est obligé de se renflouer en nettoyant des bateaux pendant 6 mois... Avec une marge de manœuvre financière aussi limitée, il commence par participer aux tournois M15 de son pays, atteignant 2 finales à Mornington en mars 2019. De son aveu, il commence à retrouver quelques sensations ; l'heure est maintenant venue de s'exporter en dehors de son Australie natale pour améliorer son classement et pouvoir retourner en challenger.“J'ai décidé d'y aller une bonne fois pour toute, d'obtenir le classement ITF le plus haut possible, et le plus rapidement possible surtout, en jouant à peu prêt toutes les semaines, avoue-t-il. Cela s'est plutôt bien passé, je suis arrivé à accéder à une finale quasiment toutes les semaines que je jouais, à quelques exceptions près[1].”

Pour limiter ses coûts de déplacements, il décide de s'établir à Belgrade, avec l'aide de son ami Danilo Petrovic : “J'ai rencontré plusieurs joueurs serbes il y a quelques années quand je jouais en challenger, avoue-t-il. Je leur ai parlé de mon problème, que lorsque je jouais en Europe, en tant qu'Australien, il m'était difficile de retourner au pays, c'était beaucoup trop loin. Donc je devais m'établir quelque part. Danilo m'a suggéré de m’entraîner avec lui à Belgrade. C'est un mode de vie complètement différent de ce que je peux avoir sur les plages de Sydney. Belgrade est une ville très intéressante, avec une culture différente. D'une certaine manière, à chaque fois que je reviens ici, j'ai l'impression de me sentir un peu chez moi, ce qui est un peu étrange car je me sens complètement australien. Il est bon d'avoir ce genre de feeling pendant les semaines où je ne joue pas.[2]

Dans la capitale serbe, il bénéficie de courts d'entrainements, d'un entraineur, d'accès à des physiothérapistes mais aussi d'un lieu central qui lui permet de voyager facilement sur le continent. Il accède alors à 3 finales consécutives pour un titre, au M25 de Doboj en mai 2019.

Noah Rubin, créateur de la plateforme Behind the Racquet, rappelle régulièrement la difficulté pour un joueur de garder un état d'esprit positif sur un circuit challenger exigeant et fatiguant. Mais, contrairement à beaucoup d'autres joueurs dans sa situation, O'Connell supporte bien l'éloignement et la solitude souvent ressentie sur le circuit, ce qui est une chance : “Je suis en solo depuis avril quasiment. Je suis quelqu'un de plutôt introverti donc c'est pas trop un problème pour moi d'être seul, aussi triste que cela puisse paraître”, rigole-t-il. Sa 10ème finale de l'année sera sa dernière rencontre en ITF à Casinalbo en Italie en juillet.

Lorsqu'il s'agit de faire le point sur sa situation, l'Australien ne tient pas trop rigueur à cette réforme qui a retardé son retour sur le circuit challenger : “Ces changements ne m'ont pas mis en colère. Je les ai juste acceptés et je me suis dit : “voilà ce qu'il faut que je fasse maintenant”. C'est un peu un mal pour un bien au final parce que j'ai joué environ 70 matchs au niveau Future et il y a pas mal de bons joueurs qui végètent là bas. Cela m'a préparé à cette incroyable seconde partie d'année en challenger.[3]

D'autant qu'en mai 2019, devant le désastre de la réforme, l'ITF annonce que les tournois M15 et M25 pourront de nouveau attribuer des points au classement ATP. Un volte-face qui favorise l'Australien puisqu'il peut rétroactivement rajouter ces quelques points acquis en 2018. Il monte alors à la 316ème place mondiale.

Après quelques sorties anonymes en Challenger, il réalise sa plus belle performance en battant le vétéran Tommy Robredo, à Sopot, que ce dernier avait gagné à 2 reprises lorsque le tournoi faisait encore parti de l'ATP tour. Il remporte peu après son premier tournoi Challenger à Cordenons sur terre battue contre Jeremy Jahn et perd en finale à Sibiu contre son ami Danilo Petrovic.

Ce tournoi met fin à sa saison sur terre battue de manière concluante (60 victoires/16 défaites) : “J'aime jouer au tennis dans des conditions très chaudes, donc à ce moment-là, ces tournois étaient ce qu'il y a de mieux pour moi en terme de météo. J'ai joué tous ces tournois sur terre battue, c'est un peu moins exigeant que les court sur dur[4] (...) Je dois être le seul Australien à aimer jouer en Europe. Tous les Australiens sont ailleurs, en Asie ou aux Etats-Unis mais je préfère jouer sur terre battue. C'est mieux pour mon corps qui a subi plusieurs blessures”[5].

Il n’empêche que l'Aussie décide de changer de décor en s'exilant sur le continent américain sur dur jusqu'à la fin de l'année.

Le changement de surface ne porte pas trop préjudice à Christopher O'Connell, qui poursuit son impressionnante dynamique, même sur le sol américain (20 matchs, 4 défaites et 3 finales en tournois). Il remporte ainsi le tournoi de Fairfield, en deux sets contre Steve Johnson, qu'il a écœuré avec son revers (comme en témoigne son superbe point réalisé à 0:40 dans la vidéo ci-dessous). Son adversaire ne peut qu'applaudir : “Je pense qu'il a joué le meilleur tennis de sa vie. Tellement bon. Et quand ce genre de choses arrivent, vous ne pouvez que vous avouer vaincu et continuez votre route. Je n'aurai pas pu faire grand chose aujourd'hui.[6]

O'Connell ne peut décemment pas dire le contraire sur son niveau : “Je me sens 10 fois meilleur qu'il y a quelques années, même lorsque j'avais de bons résultats”. Mais au-delà de son bon niveau actuel, il faut avouer que l'Australien pratique un jeu très agréable à regarder, qui peut faire penser, toutes proportions gardées, à celui de son idole Roger Federer. Son tennis dispose en effet d'une gamme très complète, avec un  bon punch en coup droit, un revers slicé qu'il utilise à bon escient pour construire ces points et de son joli revers à une main qu'il dispose dans tous les angles du terrain. Malgré sa taille (1,83 m), il n'est également pas malhabile au service et est capable de se rendre la tache plus facile en servant de nombreux aces. Son déficit de puissance peut cependant être handicapant pour retourner les gros serveurs, comme en témoigne ses défaites récentes contre Pospisil (2 fois) et Karlovic.

Son jeu étant aujourd'hui parfaitement en place, il peut être fier du parcours accompli. Il avait pour objectif en début d'année de s'établir dans le top 250, il est maintenant aux portes du top 100 : “J'ai eu une année entière sans blessures, sans pépins. Avec un peu de chance, je peux maintenir cela.”. Peu éprouvé par la routine du circuit, mot qui ressort systématiquement dans ses déclarations, O'Connell a su enchaîner les victoires comme un pianiste qui répète ces gammes : “Je pense que j'ai trouvé un rythme et une certaine routine, me réveillant chaque jour et jouer un match, répétant cela semaines après semaines. C'est devenu naturel pour moi”. Il n'en oublie pas de garder un rythme sain, pour se préserver des blessures qui l'ont tant handicapé : “C'est difficile pour moi de savoir lorsque j'ai besoin de me reposer car je me sens vraiment bien physiquement. Mais vous devez vous rafraîchir l'esprit, même lorsque vous ne sentez pas en avoir besoin. Un joueur de tennis apprend tellement chaque année en voyageant et je connais mieux mon corps maintenant. [7]

Ayant pour objectif au début d'année d'entrer dans le tableau de qualification de l'Open d'Australie sans passer par la case "wild card", il aura peut-être le plaisir d'en bénéficier d'une dans le tableau principal. S'il confirme ses belles dispositions, il devrait également être remarqué sur les tournois de préparation du premier Grand Chelem de la saison. De toute manière, en concrétisant ses objectifs haut la main, et les dépassant même, en surgissant des profondeurs du classement pour réaliser son rêve, Christopher O'Connell a donné au monde du tennis une belle leçon d'abnégation : “Le talent ne s'évanouit pas comme cela. Si vous continuez à essayer, persister en restant en forme, à moment donné, vous en récolterez les fruits.”

Pour suivre Stephen sur twitter : https://twitter.com/SG_Lockwood
"Un grand merci à @afztennis et @Romain_Tmb77 , baroudeurs du circuit challenger, qui m'ont fait connaître ce joueur !"


Quelques chiffres à retenir :
- 1295ème mondial en novembre 2018, non classé le 14 janvier 2019 (0 point), il finit la saison 2019 à la 120ème place mondiale

- 2 matches en carrière sur le circuit ATP (2 défaites)

- 2 titres challenger en 2019 et 9 titres en carrière en ITF

[1]https://www.tennis.com.au/news/2019/08/14/match-fit-oconnell-rising-again

[2]ibidem

[3]ibidem

[4]ibidem

[5]https://www.tennisworldusa.org/tennis/news/Australian_Tennis/75060/christopher-o-connell-25-cleaned-boats-last-year-to-fund-his-career/

[6]https://www.timesheraldonline.com/2019/10/14/oconnell-tops-johnson-for-northbay-tennis-title-at-solano-college/

[7]https://www.tennis.com.au/news/2019/08/14/match-fit-oconnell-rising-again