Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News ont placé Cristian Garin en 13ème position du classement des révélations de la saison 2019.

“Je ne l'aime pas, encore moins maintenant. Il se déplace plutôt bien. Je pense que son meilleur coup, c'est le coup droit croisé dans la course. Il a un bon coup droit de défense croisé et après je pense qu'il est assez intelligent sur le court. Il est assez solide des deux côtés, il ne rate pas trop et il est capable de jouer très à plat, de jouer plus arrondi et ne donne pas beaucoup de points. C'est un joueur solide mais rien d'exceptionnel”[1]. A la suite de sa défaite contre Cristian Garin en huitième de finale du Master 1000 de Paris Bercy, Jeremy Chardy a avoué tout son désamour envers le joueur chilien qui a rencontré 3 fois le Français en 2019 et remporté 2 de ces rencontres en ayant sauvé au total 8 balles de matchs. Ces propos doivent être pris positivement par le Chilien. C'est toujours une bonne chose d'être redouté et peu apprécié par ses adversaires.

“Je suis un peu son sponsor, je pense. Il va pouvoir mettre mon nom sur sa manche.” plaisante Chardy. Et pour cause, l'une de ces 2 victoires l'a mené vers son premier titre ATP à Houston. La seconde vers son premier quart de finale en Masters 1000. C'est peu dire que celui que l'on surnomme "Gago" sur le circuit doit beaucoup à ces deux rencontres dans la réussite de sa saison !

"Avec Nicolas Jarry et Cristian Garin, la prochaine génération du Chili est sur le bon chemin. Il est peu probable qu'ils soient au niveau de Marcelo Rios et de Fernando Gonzalez, mais je pense que ce sont de bonnes personnes et ils sont talentueux." Ces propos de Roger Federer himself montre à quel point le Chilien a pris une place importante sur le circuit. Mais le Chilien revient de loin puisqu'il était encore 158ème lors de l'US Open en 2018...

En février 2013, Cristian Garin fait honneur à sa wild card et obtient sa première victoire sur le circuit ATP lors du tournoi de Vina del Mar contre Dusan Lajovic. Il est alors âgé de 16 ans et représente la relève du tennis chilien, qui attend avec impatience l'héritier des illustres Nicola Massu et Fernando Gonzales, médaillés aux JO d'Athènes et de Pékin. Son avenir apparaît alors prometteur et le confirme avec ce titre en junior à Roland Garros une semaine après son 17ème anniversaire en battant Alexander Zverev en finale.

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Cristian Garin (17 ans) en 2013 lors de son titre à Roland Garros en junior

Sa seconde victoire n'interviendra que le 12 février 2019 contre Felix Auger Aliassime au tournoi ATP de Buenos Aires. Le chilien aura traversé au total six longues années émaillées de doutes, de remises en question et de désillusions.

Son entraineur Andrés Schneiter (également coach de Juan Ignacio Londero, une autre révélation de la saison) avoue avoir récupéré, au début de leur collaboration en septembre 2018, un joueur au fond du trou : "Il avait six kilos de plus que la normale et il n'avait plus d'ordre dans sa tête".[2] Comme beaucoup d'autres espoirs avant lui, le poids des attentes avait finalement eu raison de lui. "C'était trop de pression pour lui, tout le monde attendait tellement de lui.. Il n'arrivait pas à la canaliser lorsqu'il jouait, il voulait tout faire parfaitement".

Marcelos Rios et Fernando Gonzales n'avaient-il pas eux aussi gagné Roland Garros Junior avant d'avoir eu la belle carrière que l'on connait? Garin souffre de cette comparaison et veut gagner vite, trop vite. "Quand j'étais jeune, j'espérais juste arriver au top rapidement. Je ne pensais pas à la manière d'y arriver, je ne faisais que jouer. Je ne réfléchissais pas à bâtir un staff solide autour de moi ou de construire une stratégie d'entraînement. Je ne faisais que jouer, jouer, jouer encore et encore. J'étais juste obnubilé par la victoire et c'était une erreur." Le chilien concède avoir pris beaucoup de décisions pour faire décoller sa carrière qui ne se sont pas révélées concluantes : "C'était dur, j'ai fait beaucoup de changements, peut-être que certains n'étaient pas bons . J'ai perdu tant de fois et j'ai eu des problèmes avec mes anciens coaches. J'ai décidé un jour de déménager en Espagne et ce n'était peut-être pas la bonne décision pour moi".[3]

En effet, en 2014, Gago décide de quitter son Santiago natal ainsi que toute sa famille pour aller s'installer à Barcelone. Il est alors encadré par Javier Dudu Duarte, entraineur de l'Espagne lors de la conquète de la première Coupe Davis en 2000. Après avoir remporté quelques tournois ITF, il s'installe à Majorque pour rejoindre la Rafa Nadal Academy, sous la supervision de Toni Nadal, de Tomeu Salva et de Juan Bosch[4].

Le Chilien apparaît tout d'abord séduit par les infrastructures ainsi que par les conditions d'encadrement qui lui sont offertes. Mais il progresse peu au classement, malgré un premier titre acquis en Challenger à Lima fin 2016. Loin de sa famille, il a le mal du pays. En 2018, il décide de déménager à nouveau, cette fois à Los Angeles, et prend comme coach Larry Stefanki, ancien entraîneur de Fernando Gonzales, qui avait également permis à Andy Roddick de donner un nouveau souffle à sa carrière. Nouvel échec, celui de trop pour un Garin toujours englué au-delà de la 200ème place mondiale : "C'était difficile d'accepter le fait que je devais faire une transition en passant par le circuit ITF, pour atteindre les qualifications des tournois Challenger, jouer de bons matchs mais perdre au deuxième tour..."[5].

Nous sommes alors à l'été 2018 et le Chilien n'a plus de coach, plus de centre d'entraînement, aucun préparateur physique et un plan de carrière au point mort. Andrés Schneiter, ancien coach de Mariano Puerta, fait alors figure d'homme providentiel. "Avant que je commence à travailler avec lui, il était esseulé. Il n'arrêtait pas de dire "Non, non, je ne peux pas faire ça, je ne suis pas assez bon". Pour surmonter cette terrible crise de confiance, son entraîneur reprend les choses pas à pas, la priorité étant de lui enlever peu à peu cette pression qu'il ressentait pendant les matchs et de lui redonner goût au tennis : "Je lui ai dit qu'il devait au moins essayer d'être compétitif, jouer son jeu et être au maximum sur le terrain. Pour moi, il est plus important d'essayer de trouver sa voie, en étant concentré sur tout un match, peu importe que vous gagniez ou que vous perdiez"[6].

Andrés Schneiter trouve les mots pour remobiliser son joueur et les résultats s'en ressentent. A la fin de l'année 2018, Garin enchaîne 15 victoires consécutives pour remporter 3 titres challengers sur terre battue et fait sa première entré dans le top 100 pour finir l'année à la 84ème place mondiale. Gago est enfin lancé.

Le 2 février 2019, le Chilien s'effondre avec son sélectionneur Nicolas Massu sur le sol de la terre battue indoor de Salzbourg. Il vient d'apporter le point décisif de son pays en qualification de Coupe Davis contre l'Autriche et connaît ainsi l'émotion la plus vive de sa jeune carrière.

A peine un mois plus tard, il se hisse pour la première fois en finale d'un tournoi ATP à Sao Paulo mais perd contre Guido Pella, au grand soulagement de ce dernier qui avait déjà manqué 3 fois l'opportunité de remporter son premier titre. Ce n'est pas que partie remise pour le Chilien.

Moins d'un mois plus tard, en avril, Gago brille sur la terre battue américaine de Houston après avoir sauvé les 5 fameuses balles de match contre Chardy au second tour. Il conclut une semaine remarquable en s'adjugeant le titre contre le jeune espoir Casper Ruud : "Je m'amuse beaucoup plus sur le court, j'aime le jeu que je pratique et pour moi, c'est le plus important" avoue-t-il métamorphosé.

Courant mai, la terre battue de Munich constituera le nouveau théâtre des belles performances du Garin. Sa première victoire contre un membre du top 10, Alexander Zverev, se révélera être un match au scénario fou, avec moultes balles de matchs sauvées. Face à un Allemand en proie au doute et s'appuyant plus que de raisons sur son public, Garin se dirigeait vers une victoire solide en 2 sets avant de laisser filer 3 balles de matchs et de se laisser embarquer dans un set décisif incertain. L'extrême nervosité de l'Allemand lui permettra de conclure ce match au forceps. Le Chilien pouvait alors continuer sa route jusqu'en finale où il rencontrera une autre révélation de l'année, l'italien Matteo Berrettini.

Terminant son tournoi par un tie-break décisif rondement mené face à un adversaire plus entamé physiquement, Garin sera passé par tous les seuils d'émotions. Mais plus encore, ces 2 tournois gagnés après plusieurs scénarios mouvementés témoignent de la nouvelle force mentale du Chilien. Le temps où celui-ci doutait de ses capacités à rivaliser avec les joueurs de haut niveau était maintenant révolu, pour la plus grande joie de son entraîneur : "J'ai toujours su que Christian avait un potentiel énorme mais je ne m'attendais pas à ce qu'il gagne des titres aussi vite alors qu'il était 160ème quand j'ai commencé à travailler avec lui. On s'attendait plutôt à une saison de transition. C'est très difficile de basculer des challengers à l'ATP."

Gago vient de disputer les deux mois les plus accomplis de sa carrière sur terre battue (18 victoires, 2 défaites) mais il choisit pourtant de faire l'impasse sur le Masters 1000 de Rome pour rentrer au Chili. Cette décision peut paraître curieuse a priori mais elle ne fait que démontrer la recherche d'équilibre qu'il souhaite trouver dans la gestion de sa vie de sportif de haut niveau : "J'essaye de me donner à 100 % sur chaque tournoi, mais que je perde ou je gagne, je sais que je peux rentrer à la maison après. (...) Vivre au Chili est important pour moi, c'est ce que je souhaitais"[7].

Garin retrouve également la lumière dans son pays ; les médias locaux commencent à s'interesser de nouveau à lui et il signe un important accord de sponsoring avec la banque du Chili[8]. Les comparaisons avec d'anciens grands joueurs sud-américains commencent à fleurir : "On retrouve du David Nalbandian dans son jeu. Il a un bon timing, un bon revers à deux mains. Il n'est pas surpuissant mais il me fait penser aux anciens joueurs de terre battue un peu vintage, avec une bonne science du jeu", déclara l'ancien joueur Julien Varlet, aujourd'hui consultant sur Canal+ International et Yahoo. Ce sont ses qualités identifiées qui doivent lui permettre de s'améliorer sur les autres surfaces. Garin aime jouer aussi bien sur gazon  que sur dur (l'US Open est son tournoi préféré) et affiche régulièrement en interview sa volonté d'y faire bonne figure. Ce sera chose faite sur le dernier tournoi ATP de l'année.

La fin de parcours de Jérémy Chardy en 1/8ème de finale à Paris Bercy a fait l'objet de nombreuses railleries sur les réseaux sociaux. Gagner avec panache contre Medvedev pour perdre au tour suivant contre "le solide mais rien d'exceptionnel" Cristian Garin, voilà de quoi donner du grain à moudre à la french loose que l'on aime bien célébrer avec autant d'humour que de dépit.

C'est occulter un peu rapidement les progrès rapides de Garin sur dur et aussi en indoor. Sa défaite contre le chirurgical Reilly Opelka au second tour du tournoi de Bâle la semaine d'avant avait déjà donné quelques indications sur sa capacité à performer sur cette surface, alors même qu'il n'avait joué que 3 matchs officiels en indoor dans sa carrière. Le Chilien s'inclinait 7-6/7-6 après n'avoir concédé que 4 points sur ses jeux de services. Une solidité au service qu'il confirmera contre John Isner au second tour de Paris Bercy. Comme s'il avait pris les enseignements de sa défaite passée, il signe une très grosse performance en enlevant 2 tie-breaks au géant américain. Sa capacité à bien retourner ses adversaires et à leur faire jouer le coup supplémentaire est incontestablement une qualité qui devrait s'avérer efficace sur les prochains tournois sur dur. Son beau parcours s’achèvera en quart de finale contre Grigor Dimitrov. Il termine alors l'année à une inespérée 34ème place mondiale.

Un peu à la même manière de son partenaire de double Juan Ignacio Londero, Garin a véritablement lancé sa carrière sur le circuit ATP cette année. Il devra confirmer en 2020 les belles promesses entrevues aussi bien sur terre battue que sur dur. S'il veut viser plus haut que le top 30, il devra également afficher un peu plus de régularité et conclure les matches qu'il domine.

Très présent sur les tournois ATP 250, il aura également l'opportunité de montrer ce qu'il sait faire sur les Masters 1000 sur terre battue qu'il n'a pour le moment jamais joués. Il est le seul joueur avec Dominic Thiem à avoir disputé 3 finales sur terre battue en 2019.

Au delà de tout ce qu'il a pu montrer, Garin a réussi à trouver un point de conciliation entre sa vie privée et sa vie sportive. Désormais, qu'il perde ou qu'il gagne, cela ne l'empêchera pas de prendre l'avion pour rentrer à la maison : "Le Chili, c'est très loin mais c'est là que j'aime être. Cette saison a vraiment été bonne pour moi, j'ai joué de très bons tournois et j'ai progressé. J'ai fini la saison en prenant beaucoup d'expérience en indoor à Paris. L'un de mes objectifs cette saison en dehors des points et du classement était de réussir à bien jouer sur toutes les surfaces et je suis heureux d'avoir pu adapter mon jeu au gazon et aux surfaces dures. Finir dans le top 40 mondial me comble de fierté."

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Quelques statistiques sur Cristian Garin :
- 1 victoire sur le circuit ATP avant 2019 / 30 victoires en 2019
- 4 titres en challenger (1 en 2016 et 3 en 2018), tous sur terre battue
- 5 victoires pour 5 défaites en 2019 face au top 20 mondial
- 1ère victoire en carrière cette saison en indoor (tout niveau confondu)
- 1ère victoire en carrière cette saison sur gazon face à un top 100

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Classement des révélations de la saison 2019
15ème ex-aequo : Londero / O'Connell
14ème : Humbert
13ème : Garin
A suivre...


[1]https://www.tennisactu.net/news-atp-paris-chardy-sur-garin-je-ne-l-aime-pas-en-plus-83722.html

[2] https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Atp/2443/christian-garin-explique-pourquoi-il-a-quitte-l-academie-rafa-nadal/

[3]https://www.atptour.com/en/news/cristian-garin-fun-roland-garros-2019-feature

[4]https://www.elespanol.com/deportes/tenis/20170703/228477950_0.html

[5]https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Atp/2443/christian-garin-explique-pourquoi-il-a-quitte-l-academie-rafa-nadal/

[6]https://www.atptour.com/en/news/cristian-garin-fun-roland-garros-2019-feature

[7] https://www.atptour.com/en/news/cristian-garin-fun-roland-garros-2019-feature

[8]https://www.youtube.com/watch?v=hjAYHonQyqE