Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News ont placé Taylor Fritz en 12ème position du classement des révélations de la saison 2019.

Cette année, Taylor Fritz a signé la saison la plus aboutie de sa jeune carrière. Jeune carrière, mais carrière déjà mouvementée et perturbée par une vie personnelle très précoce. En effet, Taylor Fritz s'est marié à 18 ans à Raquel Pedraza puis fut père très jeune, en janvier 2017, à seulement 19 ans. Cet heureux événement a certainement ralenti sa progression même s'il l'a souvent nié : "Les gens pensent que je suis moins performant et que je m'entraîne moins mais je n'ai pas de souci avec ça. Je suis sûr qu'ils vont se prendre une claque s'ils continuent de sous-estimer mon travail et ce que je fais à l'entraînement. Rien n'a changé." Et pour le prouver, deux mois à peine après la naissance de son fils Jordan, Taylor Fritz va signer sa première victoire en carrière face à un top 10 à Indian Wells contre Marin Cilic.

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Né en Californie, en 1997, le jeune Taylor est élevé à la balle jaune et frappe ses premières balles à seulement deux ans. Ses deux parents sont d’anciens joueurs notamment sa mère Kathy May, top 8 mondiale dans les années 70. Dans une interview vidéo, Taylor s'est exprimé à ce sujet : « Le fait que mes deux parents aient joué au top niveau m'a énormément aidé. Mon père m’a fait gravir chaque palier depuis que je suis enfant. Il m’a toujours coaché, ma mère m’a apporté sur le plan pratique de ce métier. Sans eux, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. » Son père, Guy, fait partie des meilleurs entraîneurs du monde. Coco Vandeweghe a été classée 9ème mondiale sous ses ordres début 2018. "J'espère qu'il aura les qualités de sa mère au filet et les miennes au service", déclarait son papa en 2009. Taylor Fritz a encore beaucoup de progrès à faire dans son jeu vers l'avant même s'il a progressé sans aucune contestation possible ces derniers mois.

Jusqu'à l'âge de 12 ans, Taylor Fritz jouait aussi au basket et au baseball mais il a finalement suivi la fibre familiale et opté pour le tennis. A 17 ans, Taylor se sépare de son père comme entraîneur et cherche à s'émanciper. Une décision douloureuse sur le plan émotionnelle : "C'est difficile de dire à votre père que ça ne fonctionne pas. Il m'avait tout appris, il m'avait façonné. Sans lui, je n'aurais rien fait. Mais il était trop exigeant avec moi. J'ai besoin qu'on me dise que tout ce que je fais est bien pour avoir de la confiance. J'aurais souhaité que ça se passe différemment mais je ne voulais pas qu'il souligne sans cesse ce qui n'allait pas dans mon jeu. Je dois néanmoins reconnaître avec du recul que j'avais besoin de cette exigence et de ce discours de vérité."

"Depuis sa naissance, tout ce que je voulais était de faire de lui un champion, raconte son père. Tous les jours, je me demandais comment le faire progresser. A 2 ans, je lui faisais jouer des centaines de balles. Mais à 4 ans, il voulait déjà arrêter... Que devais-je faire ? Le forcer comme Mike Agassi a fait avec son fils ? Non j'ai préféré laisser filer. Les années passent et je commence à paniquer. Taylor avait presque 7 ans. J'ai alors demandé aux parents des amis de Taylor s'ils acceptaient que j'entraîne leurs enfants gratuitement quelques mois. Ils ont accepté. Taylor est venu me demander ce que ses amis faisaient là avec moi. Je lui ai répondu qu'ils étaient là pour apprendre à jouer au tennis. Alors il m'a dit "Papa je veux les battre". Mais je l'ai renvoyé à la maison. Ensuite, j'ai joué au football avec tous ses amis. Taylor est revenu nous observer les larmes aux yeux. Le soir même au dîner, il était décidé à rejouer au tennis."

Cette saison, le jeune américain de 22 ans a remporté son premier titre sur le circuit principal. Mais il a surtout prouvé à ses deux coaches, David Nainkin et Paul Annacone, (anciens joueurs pros classés 132ème et 12ème mondial) qu’il était capable de performer sur terre battue et sur herbe. Comme tous les joueurs américains, Taylor est un garçon à l’aise sur dur, avec une préférence pour les surfaces extérieures. Cette année, il a su être présent sur ocre avec 12 victoires pour 8 défaites, un bilan bien plus flatteur que ses 7 victoires pour 9 défaites entre 2016 et 2018. C'est pourtant sur cette surface que le natif de Santa Fe avait atteint la finale de Roland Garros en junior en 2013.

Fritz représente la relève du tennis américain. Les Etats-Unis sont la seule nation à placer trois joueurs de moins de 23 ans dans le top 50 mondial (Fritz, Opelka et Tiafoe). 25ème mondial début août, Taylor Fritz est le plus beau diamant de cette génération dorée qui peu à peu commence à s’imposer dans le tennis mondial. Les années qui viennent vont être déterminantes pour savoir si l’un d’eux sera capable ou non, d’intégrer le Top 10.

Tiafoe en 2009 et Fritz en 2010

Pur produit de l'école américaine, Taylor Fritz est un joueur grand (1m93), très à l’aise au service et auteur de coups droits déroutants. Il s’agit là de son meilleur coup alors que son revers lui sert plus à remettre la balle dans le court quand il est en difficulté. Plus à l’aise techniquement que ses compatriotes Reilly Opelka ou John Isner, Fritz a une belle marge de progression, c’est certain. Son service inspiré de Pancho Gonzalez et Pete Sampras est plutôt très efficace. L'autre grande qualité de Taylor Fritz, inspirée aussi de son idole Pete Sampras, n'est pas le filet mais son calme et son sang froid. Il manque encore de régularité dans ses performances mais il est globalement insensible à la pression. Seul petit bémol pointé notamment par Brad Gilbert, ancien numéro 4 mondial et aujourd'hui entraîneur et consultant, son jeu de jambe et sa qualité de déplacement n'est pas encore au niveau des meilleurs : "Ce n'est pas vraiment une gazelle sur le court..."

"Mes coups viennent de beaucoup de personnes différentes», explique Taylor Fritz. Je prends personnellement le crédit de mon coup droit. Mon oncle m'a beaucoup aidé avec mon revers. Mon père m'a appris à servir." Malgré quelques soucis relationnels avec son père, Fritz est reconnaissant et redevable envers lui de la formation qu'il a reçue : «J'étais un enfant, je ne savais pas trop ce qui était juste et ce qui n'allait pas, je devais écouter mes parents, j'ai eu la chance de les avoir à mes côtés. Ils savaient de quoi ils parlaient. Il m'est arrivé de rencontrer des entraîneurs d'autres joueurs. Je suis vraiment content que certains d'entre eux ne m’aient pas appris à frapper la balle.» Kathy a très vite pris du recul par rapport à son fils, encourageant son mari à faire de même et tenter de le convaincre de lui prendre un entraîneur extérieur. "Mais il sentait qu'il était le meilleur entraîneur pour son fils et qu'il se souciait de lui plus que quiconque, ce qui était vrai," conclue-t-elle. A 12 ans, Taylor parvient à battre son père pour la première fois mais il n'est pas dupe. Il sait que son père l'a laissé gagner pour continuer à l'entraîner.

Malgré un début de saison délicat avec 5 éliminations au premier tour sur les 7 premiers tournois de la saison, pour ses entraîneurs, le fait d’avoir réussi à être performant là où il n’y arrivait pas les années précédentes, à savoir sur terre et sur gazon, est une preuve de progrès et prouve toute la détermination qui l’habite. Dans une interview accordée au site de l’ATP, l’un de ses deux coaches, Nainkin s’est exprimé sur le sujet : «Cette année, ça a été une demande de Taylor d’être inscrit sur des tournois se disputant sur terre battue. Il a voulu nous prouver qu’il aimait cette surface». Ses coaches l’ont donc écouté, et l’Américain a su être à la hauteur de ses ambitions, en signant des victoires références contre Schwartzman, Tsonga, Dimitrov, Berrettini, Pella ou encore Bautista Agut. Il atteindra même les demi-finales du tournoi de Lyon.

Cette année, il s’est aussi exprimé sur la surface noble de ce sport, à savoir le gazon. C’est sur herbe que le grand gaillard a remporté son premier titre sur le circuit ATP, à Eastbourne, face à son compatriote Sam Querrey, juste avant Wimbledon. Sur cette surface, Taylor Fritz a comptabilisé dix matchs, 7 victoires pour seulement 3 défaites mais l'élimination au deuxième tour de Wimbledon face à Struff est un déception pour lui qui avait déclaré : "Wimbledon est l'un des plus prestigieux tournois du monde. C'est un énorme défi et un grand honneur de pouvoir y jouer. J'espère que je ferai un bon tournoi."

Suite à cette déconvenue à Wim’ , Taylor saura remettre la machine en route, en enchaînant deux finales de rang à Atlanta et Los Cabos, une performance non négligeable, quand on connaît la fatigue engrangée suite à un bon deeprun (aller loin dans un tournoi, terme employé au Poker notamment, ndR) dans un tournoi. Malheureusement pour le droitier, il s’inclinera lors des deux finales, sans remporter le moindre set.

La suite et la fin de la saison ressemble plus à une traversée du désert qu’autre chose : en 9 tournois, Taylor s’est incliné à 6 reprises au premier match qu’il disputait. Certes, les deux finales perdues pèsent lourd dans la balance, sur le plan mental, mais le vrai point faible de Fritz est sa condition physique. A l’instar de joueurs comme Felix Auger-Aliassime, Taylor est arrivé exténué sur la seconde partie de saison, n’étant plus capable de reproduire les bonnes choses qu’il avait su mettre en place entre avril et juillet. Seule belle surprise, une victoire face à Zverev à Bâle, à la mi-octobre.

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À la vue de sa saison, on ne peut qu’espérer qu’il continue sur sa lignée en 2020. Il participera à l’ATP Cup, avec John Isner et son grand ami Reilly Opelka. Cette compétition peut lancer sa saison, si et seulement si elle est jouée sérieusement. Bien que Fritz paraisse de plus en plus sérieux sur le court, quand il est entouré de ses amis comme Opelka, Taylor dégage une impression d’être moins investi, et la question se posera sur cette compétition. Sur la saison 2019, l’Américain a encore disputé quelques Challengers, 2020 sera sûrement l’année de l’émancipation du circuit secondaire. Taylor a su proposer de bonnes choses cette saison mais pour poursuivre sa progression, il doit améliorer sa condition physique et son revers où il manque de puissance et de précision.

Il doit intégrer le top 20 mondial pour franchir une nouvelle étape. Cela passera par un titre sur dur, au minimum, mais surtout par des meilleures performances dans les grands tournois et face aux meilleurs joueurs du monde.

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Quelques statistiques sur Taylor Fritz :
30 victoires pour 29 défaites en 2019
1ère victoire en carrière en 2016 (17 ans)
1ère finale en carrière en 2017 (18 ans)
5 victoires pour 14 défaites face au top 10 mondial en carrière
14,7% de breaks en 2019 contre 19% en 2018
Meilleure performance en Grand Chelem : 3ème tour (36% de victoires)

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Classement des révélations de la saison 2019
15ème ex-aequo : Londero / O'Connell
14ème : Humbert
13ème : Garin
12ème : Fritz
A suivre...