Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News ont placé Andrey Rublev en 6ème position du classement des révélations de la saison 2019.

"Le moment le plus difficile de ma carrière, je l'ai connu en 2018 lorsque j'ai eu une fracture de stress en bas du dos. Cela m'a coupé de la compétition pendant 3 mois. C'était un moment incroyablement difficile qui m'a conduit vers la dépression. Je n'étais pas autorisé à faire quoique ce soit pendant les 2 premiers mois. J'avais plus de temps que je n'en avais jamais eu et je ne savais pas quoi en faire. Rien ne me rendait heureux à cette période. C'était un des pires moments de ma carrière (...) Je regardais les matchs à la télévision et je réalisais à quel point la route de la guérison serait longue. Cela m'a donné plus que jamais envie d'être de retour sur le court".

C'est ainsi que s'est confié Andrey Rublev à la plateforme Behind The Racquet, créée par Noah Rubin et qui permet aux joueurs de tennis professionnels de pouvoir se confier sur les moments difficiles qui ont jalonné leur carrière.

https://www.behindtheracquet.com/#/andrey-rublev/

Les pépins physiques ont indiscutablement freiné l'ascension de l'ancien n°1 mondial junior, à l'image de cette blessure au dos contractée après le Master 1000 de Monte Carlo en 2018. Il y a également eu cette douleur au poignet qui l'a handicapé au début de l'année 2019 et l'a contraint à faire une croix sur une grosse partie de la saison sur terre battue.

Andrey Rublev s'est longtemps morfondu en regardant ses camarades mais le retour sur les terrains n'a pas été de suite synonyme de délivrance. "Lorsque je suis arrivé pour mon premier tournoi, je me souviens que j'étais un peu perdu. J'avais l'impression que je n'étais pas là. J'avais l'impression d'être dans le passé lorsque je jouais bien avant la blessure. Retrouver cette sensation d'être dans le présent m'a pris plusieurs mois." Le russe a végété ainsi pendant près d'un an aux alentours de la 80ème place mondiale. Et si le retour a été progressif, il a eu parfois peur de la rechute. " Quand je suis revenu au printemps, j'ai ressenti à nouveau des douleurs. Surtout au tournoi de Halle. J'ai pris peur, je pensais à une petite fracture. J'ai donc passé une IRM avant Umag. Je ne pouvais plus servir. Au premier examen, on m'a dit que je devais m'arrêter 6 semaines. C'était pas possible. Finalement, après un contre-examen, on a vu que c'était pas grand chose. J'ai pu rejouer mais je dois rester très vigilant. Maintenant je n'ai plus de douleurs et je me sens bien."

Après avoir cherché à retrouver des sensations pendant plusieurs mois, ce sera le tournoi de Hambourg sur terre battue en juillet dernier qui fera office d'élément déclencheur. Il y bat en quart de finale Dominic Thiem avec la manière, dans une rencontre où il avait fait forte impression à Florent Serra, consultant sur Tennis Break News: "Rublev a été impressionnant face à Thiem. Je ne pensais pas qu'il allait tenir dans les moments importants. Mais il n'a jamais baissé de rythme. Il a envoyé des grosses frappes tout le match sans perdre en intensité. C'est un petit rouleau compresseur. Et il rate pas beaucoup par rapport aux intensités qu'il met dans ses frappes. Et malgré sa grosse frappe de balle, il contrôle très bien les balles et quand il pousse ses adversaires en défense, c'est difficile de le contrer. Thiem a joué beaucoup trop loin de sa ligne pour espérer gêner le Russe. Il a beaucoup trop subi, il n'a pas réussi à entrer dans le court pour faire reculer Rublev qui se déplaçait très bien. Il tenait bien sa ligne et même lorsque Thiem envoyait ses gros coups droits, Rublev n'a que trop rarement été débordé avec des déplacements latéraux efficaces qui lui ont permis de contrer avec son coup droit décalé ou son revers long de ligne. Rublev a fait un gros match".[1] Il réalise ensuite un joli parcours avant de s'incliner en finale contre Nicoloz Basilashvili, intermittent du tennis et tenant du titre.

Mais l'essentiel est assuré. Le Russe a enfin lancé sa saison. Quelques heures à peine après sa finale, il prend l'avion pour traverser l'Atlantique et disputer le tournoi de Washington... le lendemain. Lorsqu'il se présente contre le lucky looser Peter Gojowczyk, son visage traduit bien l'emprise du jet lag qu'il a subi en quelques heures et il ne peut échapper à une défaite en 3 sets serrés.

On peut légitimement se demander ce qui lui a pris d'enchainer 2 tournois géographiquement aussi éloignés en un si court laps de temps. Certainement une volonté irrépressible de jouer et de rattraper le temps perdu après 6 mois de stagnation… Toujours est-il qu’il enchaîne sa tournée américaine avec un quart de finale à Winston Salem qui lui fera beaucoup de bien mentalement, puisqu’il y bat deux joueurs (Albert Ramos Vinolas et Nicoloz Basilashvili) qui de son propre aveu lui ont causé beaucoup de difficultés par le passé.

« Je devenais fou mentalement car je ne savais pas quoi faire, comment les jouer et comment les battre. Ce genre de match donne beaucoup de confiance car tu deviens fort mentalement face à des mecs qui te faisaient lutter par le passé. Tu acceptes l’idée de perdre mais en faisant le job le mieux possible. Et au final, tu arrives à concrétiser cela par la victoire ». Cette confiance acquise lui sera profitable lorsqu’il abordera le Masters 1000 de Cincinnati. Il inscrit sur son tableau de chasse, ni plus ni moins que Roger Federer. Ce dernier, un peu apathique sur cette rencontre, avait été plutôt laudateur sur le retour au haut niveau de son adversaire. « Quand je joue Nadal ou Djokovic, je sais comment ils vont jouer et c'est plus facile de préparer le match. C'est la différence avec un joueur que je joue pour la première fois comme Rublev. C'est un petit avantage pour eux. Il a juste joué un tennis parfait aujourd'hui. C'est une énorme performance qu'il a réalisé. Dans les moments clés du match, il n'a jamais failli. Il n'a fait aucune faute. Que ce soit en défense ou en attaque ou même au service, il a tout bien fait. Il ne m'a rien donné. Il était partout. C'est une défaite difficile pour moi mais une grande victoire pour lui. Il m'a impressionné. J'aurais tout simplement dû mieux jouer pour espérer le battre."

Alors que beaucoup de personnes avaient douté de sa capacité à enchaîner physiquement, il signe un nouveau match référence contre Stefanos Tsitsipas au premier tour de l’US Open après une passe d’arme de 4 heures où il aura fait preuve de beaucoup de sang-froid face un adversaire déstabilisant dont on arrive jamais vraiment à percevoir s’il surjoue ou non ses problèmes physiques. Débarrassé de ses soucis au poignet, le Russe peut de nouveau donner libre court à son explosivité naturelle, grâce son coup droit puncheur - certainement un reliquat de sa pratique de la boxe initiée par son père ancien boxeur - qui a cette faculté à mettre ses adversaires sur le reculoir.

Sa dernière partie de saison sera tout aussi satisfaisante car il y gagnera le tournoi 250 de Moscou, à la maison, le jour de ses 22 ans. Terminant l’année à la 23eme place mondiale, il peut se satisfaire de la tournure d’une saison qu’il n’aura joué que 6 mois dans la plénitude de ses moyens.

"On doit encore travailler sur son physique, c'est la chose le plus importante de mon point de vue, compte tenu de ses dernières blessures, avoue son entraîneur Fernando Vicente (...) Il a des coups incroyables, du fond de court il peut rivaliser avec n'importe qui mais on doit également travailler le retour et le service. Et la mobilité aussi. (...) Il aime tellement attaquer qu'il peut parfois se retrouver hors de position. Donc on veut caler son placement pour qu'il soit en capacité de défendre un peu plus."[2]

Mais le véritable talon d’Achille de Rublev a toujours été d’ordre mental. Son ami Jan Lennard Struff se souvient du Russe à 14 ans lorsqu’il balançait des bûches sur les courts de Halle en Allemagne : « Il était toujours sur les courts à jeter sa raquette, il jouait avec un des gars du club en renvoyant des balles à pleine puissance et il n’en mettant aucune dans le court. Un de ces coachs lui disait qu’il n’avait aucune chance d’être dans le top 30 en faisant cela »[3].

Rublev a montré des signes évidents d’évolution cette année sur ce plan mais se révèle encore perfectible de son propre aveu : « Ma plus grande marge d’amélioration est dans l’aspect mental. Je sens que j’ai progressé ces derniers temps, mais il y a encore une énorme différence par rapport aux meilleurs. Si je parviens à être plus cohérent et fort mentalement, je pense que mon niveau augmentera »[4].

Quoiqu’il en soit, il sera intéressant de voir ce que ce Rublev est capable de faire sur une année complète, lui qui sera beaucoup plus attendu en 2020 !

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Quelques chiffres à retenir :
-66,7% de victoires en 2019 (vs 53,1% en carrière)
- 29 victoires pour 10 défaites à partir du tournoi de Hambourg (74,3%)
- 5 victoires face au top 10 en carrière dont 4 en 2019
- 2 titres et 2 finales ATP en carrière
- 15 victoires pour 2 défaites en 2019 face à des joueurs moins classés (88%) contre 65% en carrière sur le circuit ATP
- 21V/6D pour ses entrées en lice en 2019 (9V/12D en 2018 et 8V/9D en 2017)

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Classement des révélations de la saison 2019
15ème ex-aequo : Londero O'Connell (18 voix)
14ème : Humbert (21 voix)
13ème : Garin (26 voix)
12ème : Fritz (28 voix)
11ème : Albot (29 voix)
10ème : Pella (35 voix)
9ème : Hurkacz (38 voix)
8ème : Shapovalov (43 voix)
7ème : Tsitsipas (48 voix)
6ème : Rublev (57 voix)
A suivre...


[1]https://tennisbreaknews.com/2019/07/27/rublev-ma-impressionne/

[2]https://www.youtube.com/watch?time_continue=218&v=6nz2xILzmc8&feature=emb_title

[3] https://www.atptour.com/en/news/andrey-rublev-us-open-2019-feature

[4] https://www.welovetennis.fr/atp/rublev-je-dois-absolument-progresser-au-niveau-mental