Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News ont placé Alex De Minaur en 5ème position du classement des révélations de la saison 2019.

A première vue, Alex De Minaur n'a rien d'espagnol ni de latin. Au moins tennistiquement. Inexistant sur terre battue (seulement deux victoires en carrière sur le circuit ATP), il brille plutôt sur dur où il a remporté ses 3 premiers titres cette saison, ce qui lui vaut cette place d'honneur dans les révélations de la saison. Mais cet argument a peu de valeur depuis que l'Espagne a ouvert son école de pensée et ne forme plus ses joueurs uniquement sur l'ocre. Bautista Agut est en le meilleur exemple. En réalité, Alex De Minaur a la double nationalité. Il est aussi Espagnol et le 24 novembre dernier, il aurait pu soulever le saladier d'argent aux côtés de Rafael Nadal s'il avait choisi de défendre les couleurs du pays de naissance de sa mère, Esther. Son père, Anibal, est lui né en Uruguay mais il était propriétaire d'un restaurant italien à Sydney où il a fait la rencontre d'Esther, barmaid.

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Bien que la famille De Minaur soit partie vivre en Espagne entre 2004 et 2012, ne doutez pas du sentiment d'appartenance d'Alex à l'Australie. Lorsqu'il a défendu les couleurs australes en Coupe Davis en février 2018, il s'est fait tatoué le chiffre 109 sur sa poitrine représentant le fait qu'il devenait le 109ème Australien à disputer la Coupe Davis : "Mon cœur est australien et mon sang est vert et or. Je me suis toujours senti australien et j'aime jouer devant mon public. J'aime jouer dans la Rod Laver Arena, y jouer un bon tennis et enflammer la foule." La Fédération Espagnole a tout tenté pour convaincre la maman de ramener Alex dans le giron espagnol. Les négociations ont pris fin lorsqu'il a joué la Coupe Davis pour l'Australie.

Alex De Minaur et sa maman, Esther

Alex est l'aîné d'une fratrie de 4 enfants. Mais il a aussi un demi-frère, Dominic, plus âgé que lui, qui est là pour rappeler à l'ordre son cadet en cas de perte d'humilité. Fin 2017, lorsqu'il était encore au-delà de la 200ème place mondiale, il répondait à une interview d'un média australien après une séance d'entraînement. Le sourire au coin des lèvres, il pointait du doigt son grand frère qui se tenait là à quelques mètres de lui et ne doutait pas qu'il saurait le remettre sur le droit chemin si jamais il prenait le melon : "C'est certain que si je commence à déconner, il sera là pour me remettre sur les bons rails. Je ne veux pas me battre avec lui. Je pense qu'il me domine comme il veut."

Mais la discussion, les deux frères l'ont eu quelques semaines plus tôt en septembre : "Je l'ai mis sur le grill à la fin de l'été. Et sa réponse, pour un gamin de 17 ans, était formidable. Il a toujours été un grand enfant avec une bonne tête sur les épaules. Il y a des bons enfants dans le monde et il en fait partie. Il a toujours été comme ça. Je n'ai aucune inquiétude sur son avenir."

Lors de son déménagement à Alicante, Alex a 5 ans et forcément, le football prend une place importante dans un pays qui vénère autant la Roja que Rafa. Néanmoins, Alex a choisi. A raison de deux heures d'entraînement par jour dès le début de son adolescence, il va s'orienter vers la petite balle jaune.

De Minaur (right) with Canada's Denis Shapovalov after making the boys' singles final at Wimbledon, 2016.

De Minaur fait ses débuts sur le circuit ITF en 2015 et se fait remarquer une première fois lors de l'US Open où il atteint les demi-finales (battu 6-0/6-0 par Tommy Paul en finale). Juste avant son 17ème anniversaire, il récidive à Melbourne avec un succès sur Tsitsipas en quarts de finale. Cette fois, il passera tout près d'une finale face à l'Ouzbek Karimov.

Après un court retour en Australie, il est à nouveau basé en Espagne à Alicante où il s'entraîne principalement sur terre battue. Il a fait le choix de quitter Sydney pour faciliter ses déplacements sur les tournois. Il va passer à deux reprises tout près de son premier titre ITF en carrière mais Steven Diez et Jaume Munar vont l'en priver. A Wimbledon en junior, quelques semaines plus tard, il sera battu en finale par Shapovalov. Il se rapproche du top 500 mondial. Et il franchit le cap fin 2016 en challenger sur moquette en s'inclinant en finale face à Steve Darcis : "Cette semaine a été une expérience incroyable pour moi. C'est la première fois que je jouais sur moquette et j'ai vraiment pris beaucoup de plaisir. J'ai joué mes 5 meilleurs matches de la saison ici à Ekental. J'ai joué du grand tennis, je n'ai pas regardé le classement de mes adversaires. Je suis très heureux."

Numéro 2 mondial en junior, il aura donc réussi à 17 ans à performer sur les 4 surfaces, la preuve d'un potentiel certain. Roger Rasheed, coach de Lleyton Hewitt entre 2003 et 2007, a porté aussi Gaël Monfils au 7ème rang mondial en 2011. Ancien capitaine de l'Australie en Coupe Davis, il porte un regard très élogieux sur Alex De Minaur : "Alex ressemble beaucoup à Lleyton. Je trouve qu'il joue même plus vers l'avant que Lleyton. Il va continuer à s'améliorer lorsqu'il prendra du muscle, du poids et de la puissance."

Pour préparer sa saison 2017, il se rapprochera de Lleyton Hewitt. L'ancien numéro un mondial est son mentor : "J'ai passé toute l'intersaison en Australie avec Lleyton. On a fait une grosse préparation physique pour être capable de résister à la chaleur. Il m'a donné plein de conseils pour être meilleur sur le court mais aussi en dehors et surtout comment gérer la pression dans des situations et face à des adversaires différents. Je lui suis vraiment reconnaissant de m'avoir aidé comme cela."

De Minaur décide donc de se lancer dans le grand bain de l'ATP. Il dispute son premier tournoi ATP à Brisbane. Il n'a pas encore 18 ans mais il réussit à sortir Kukushin et Tiafoe des qualifications. Il s'inclinera 6-3/6-3 face à Mischa Zverev au 1er tour du tournoi. La semaine suivante à Sydney, dans sa ville, il bénéficiera d'une wildcard et remportera son premier match sur le grand circuit face à Benoît Paire (46ème mondial). Invité à nouveau à Melbourne pour son premier match en Grand Chelem, il va s'imposer face à Gerald Melzer en 5 sets. Il intègre le top 250 mondial. Le Démon s'est fait un nom : "Ces victoires m'ont donné énormément de confiance. Je ne m'attendais absolument pas à gagner si tôt sur le circuit principal. Je suis très heureux du travail accompli pendant l'intersaison avec Lleyton. Cela m'a beaucoup aidé. On a commencé à m'appeler le démon en Australie vers 2014-2015. Il ressemble à mon nom de famille et il est symbolique aussi mon comportement sur les courts où je lutte sur chaque balle sans jamais abandonner."

En juillet 2017, Alex De Minaur va remporter son premier tournoi ITF. Trois semaines plus tard, il échoue en finale à Segovia en challenger face à Jaume Munar mais se console avec une entrée dans le top 200 mondial.

"À 15 ans, j'étais très maladroit, j'avais des grands pieds et mon jeu de jambes n'était pas génial. Je n'étais pas rapide mais je ne voulais abandonner aucun point en essayant d'être sur chaque balle possible. Je n'ai pas beaucoup d'armes offensives alors je dois utiliser ma vitesse. D'ailleurs, c'est un débat que nous avons souvent avec Lleyton. Si vous lui demandez, il vous dira qu'il est plus rapide que moi mais je suis confiant sur le fait que c'est moi le plus rapide." C'est plutôt sur l'aspect mental qu'il faut aller chercher son point fort et c'est en Espagne à Alicante pendant son adolescence qu'il a commencé à travailler avec un psychologue. Des séances qui ont modifié en profondeur sa vision de la vie et du tennis. Sa maturité est sa plus grande force. Il a de lui-même très jeune compris l'importance du mental et réalisé qu'il aurait besoin de soutien pour faire face aux exigences du haut niveau : "Je l'appelle avant chaque match et quand je suis en Espagne, je le vois en face à face. Il travaille principalement sur les émotions avec lesquelles je ne suis pas à l'aise lorsque je suis trop nerveux ou trop excité. L'important est d'apprendre tous les jours et de ne pas commettre les mêmes erreurs. C'est ma mentalité. Le tennis est un sport difficile. La saison est longue avec beaucoup de matches et beaucoup de déplacements sur tous les continents. Mentalement, il faut être fort. C'est pour cela que j'y travaille."

C'est cet état d'esprit, un mélange d'humilité et de détermination, qui le démarque de ses compatriotes Bernard Tomic et Nick Kyrgios. "J'ai énormément d'attentes envers moi-même. Le mental est le plus important en tennis. Je le travaille autant que le physique. Vous êtes seul sur le court. Vous devez faire face à beaucoup de pression. Et souvent les choses ne se passent pas comme prévu. Donc avoir dans mon staff, quelqu'un qui soit en mesure de m'aider à me vider la tête, à me rendre plus fort mentalement, a été le plus grand changement ces dernières saisons. J'ai beaucoup progressé cette année grâce à lui."

De Minaur

Après ses deux premières victoires sur le circuit ATP début 2017 en Australie, il devra patienter un an avant d'y regoûter. A nouveau en Australie, une terre qui le sublime. Cette fois, à Brisbane, il ne va pas se contenter d'une victoire au 1er tour mais il va pousser jusqu'en demi-finale en écartant notamment Johnson et Raonic. Désormais, son objectif, c'est le NextGen de Milan : "Ce serait un grand honneur de me qualifier pour Milan. Je n'y ai pas vraiment pensé encore mais je vais prendre tournoi par tournoi cette saison et si je me qualifie, je serai vraiment fier de moi."

L'air austral semble lui aller comme un gant puisqu'il va enchaîner la semaine suivante avec sa première finale sur le circuit ATP à Sydney, perdue en 3 sets face à Medvedev mais il accroche 4 joueurs du top 50 à son tableau de chasse (Verdasco, Dzumhur, Feliciano et Paire) et reçoit les félicitations de celui qui était numéro un mondial 6 mois plus tôt, Sir Andy Murray : "J'aurais aimé être comme Alex De Minaur sur les courts. Incroyable attitude ! J'aime le voir jouer".

Si l'Australien parvient à se débrouiller sur terre au niveau challenger avec notamment une finale à Alicante et une demie à Braga, il éprouve des difficultés à franchir le cap sur l'ocre du circuit ATP.

En revanche, sur gazon, il confirme ce qu'il avait montré en junior et s'offre son premier titre en challenger à Nottingham. Une saison sur herbe pleine (13 victoires pour 4 défaites) avec des succès sur Fritz, Ebden, Evans ou encore Herbert. Ce mois de juin 2018 marquera son entrée dans le top 100. Pour la première fois, il atteindra un 3ème tour en Grand Chelem, ce qui lui vaudra les félicitations de son compatriote Hugh Jackman, grand fan de tennis.

"Je me sens bien. J'attendais ce moment. J'avais échoué déjà 4 fois en finale mais j'ai enfin réussi. Je suis heureux. C'est d'autant plus fort que le public était forcément du côté de Daniel Evans. J'ai essayé simplement d'être mentalement stable et de me concentrer sur les points positifs tout au long du match. Je pense que c'est ce qui m'a vraiment permis de gagner aujourd'hui. C'est incroyable d'entrer dans le top 100. Je n'ai aucune surface préférée. J'adore l'herbe et cette période de l'année. Je ne pouvais pas être plus fier de moi. Avant même de commencer à jouer sur herbe, j'ai toujours senti que j'allais aimer l'herbe. Les rebonds bas conviennent à mon jeu et j'aime aussi jouer à plat. Mentalement, le circuit ATP, c'est très difficile. A chaque match, le niveau est très relevé. Il n'y aucun match facile, il faut rester concentré tout au long du match sans aucune baisse de concentration. Je pense que mon attitude et la façon dont je gère ces situations sont formidables. Chaque jour, j'essaye de m'améliorer. Mon objectif en début de saison était d'intégrer le top 100. C'est réussi dès le mois du juin. Du coup, je vise le top 50 maintenant !"

Un nouveau cap est franchi à Washington durant l'été. Pour son premier ATP 500, il se qualifie pour la finale où il doit s'incliner face à Alex Zverev. C'est déjà sa seconde finale sur le circuit ATP à seulement 19 ans.

Son double objectif est atteint : il finira la saison 2018 à la 31ème place mondiale et disputera donc le Next Gen. Il s'inclinera en finale face à Tsitsipas cette fois, l'autre tête d'affiche de la nouvelle génération. Mais De Minaur fait désormais partie des meilleurs joueurs de sa génération. Il ne lui manque qu'un titre ATP pour confirmer son talent et son potentiel et Rod Laver lui donne rendez-vous en Australie pour la reprise de la saison 2019 : "Match incroyable et bravo Tsitsipas pour ton titre au NextGen. Grande classe ! Concernant Alex De Minaur, je suis impatient de le voir jouer en Australie. Ce joueur est un cadeau pour le tennis australien !"

Comme un symbole, comme un présage, c'est à Sydney qu'il va triompher (sans perdre un set) pour remporter son premier titre ATP en carrière.

Blessé à l'aine à Indian Wells, il va traverser comme un fantôme les saisons sur terre et sur herbe. Mais de nouveau à 100% de ses capacité au début de l'été, il effectue un retour fracassant à Atlanta avec un second titre en carrière. Il va confirmer ses progrès à l'US Open en remportant sa première victoire face à un top 10 (Nishikori) après 11 défaites sur ses 11 premiers matches face aux meilleurs joueurs du monde. Ce complexe d'infériorité va définitivement le quitter en Chine trois semaines plus tard à Zhuhai. Il va s'offrir un deuxième top 10 (Bautista) mais aussi Murray, Coric, Millman et Mannarino en finale.

Sa finale à Bâle va lui permettre d'entrer dans le cercle très fermé du top 20. A seulement 20 ans. Il regrettera certainement d'avoir à nouveau perdu en finale du Next Gen, cette fois face à Jannick Sinner. Un tournoi qui lui aura donc échapper deux années de suite. S'il n'est pas qualifiable au Masters, il pourra à nouveau prétendre au NextGen puisqu'il n'aura que 21 ans en 2020. Mais il rêve certainement d'un destin plus glorieux... Le dernier Australien vainqueur d'un Grand Chelem est Mark Edmondson en 1976...

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Quelques chiffres à retenir sur Alex De Minaur
- Seulement 60,5% de réussite sur première balle en 2019 (98ème)
- 83,9% de jeux remportés sur son service en 2019 (vs 77,5% en 2018)
- 35 victoires en 48 matches en tant que favori en 2019 (73%)
- 2 victoires en 10 matches en tant qu'outsider en 2019 (20%)

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Classement des révélations de la saison 2019
15ème ex-aequo : Londero O'Connell (18 voix)
14ème : Humbert (21 voix)
13ème : Garin (26 voix)
12ème : Fritz (28 voix)
11ème : Albot (29 voix)
10ème : Pella (35 voix)
9ème : Hurkacz (38 voix)
8ème : Shapovalov (43 voix)
7ème : Tsitsipas (48 voix)
6ème : Rublev (57 voix)
5ème : De Minaur (72 voix)
A suivre...