Qui aurait pu imaginer avant Bercy que Corentin Moutet, aucune victoire sur le circuit principal sur dur, allait bousculer Novak Djokovic ? Certainement très peu de monde mis à part ceux qui suivaient le jeune Français de 20 ans sur le circuit challenger où il avait remporté 3 titres (Brest, Istanbul et Chennai) notamment face à Tsitsipas. Mais qui aurait pu penser qu'il arriverait à sortir des qualifications de Doha pour aller s'immiscer en finale en sortant Popyrin, Sandgren, Raonic, Verdasco et Wawrinka ? Certainement personne cette fois.

Rodolphe Gilbert ne tarit pas d'éloges en tout cas sur le jeune Français qui va entrer au minimum dans le top 70 mondial lundi.

"Corentin est un gros travailleur. Il est très besogneux à l'entraînement. Il fait tout pour progresser. Il a eu souvent des difficultés par le passé à contrôler ses émotions dans les matches et c'est sur ce point qu'il a vraiment progressé en 2019. Il s'est pris en main. Il a commencé se restructurer tout seul et réfléchir à l'orientation qu'il voulait donner à sa carrière avant de collaborer avec Emmanuel Planque puis retourner avec son ancien coach Laurent Raymond. Il s'est beaucoup canalisé lui-même. C'est un joueur extrêmement créatif sur le court. Il a une très belle main et un excellent coup d'oeil. Il sent bien le jeu et il est très bon en coup droit où il peut prendre la balle très tôt. Il a la qualité technique pour distiller des amorties dans n'importe quelle position. Jusqu'à Bercy, l'ocre restait de loin sa meilleure surface mais comme je le disais déjà en juin dernier, je le savais capable de réussir sur toutes les surfaces. Il a beaucoup progressé au service (en vitesse et précision) et en revers. La saison 2020 pourrait être très intéressante pour lui. Le prochain cap est le top 50. Avec cette finale, il s'en rapproche grandement. J'apprécie chez lui cette soif qui l'habite de vouloir sans cesse progresser."

Rublev n'a que deux ans de plus que Moutet mais le Russe est déjà assuré d'intégrer le top 20 mondial lundi même s'il perd en finale. Il a réalisé un second semestre 2019 époustouflant avec 27 victoires pour seulement 8 défaites sur ses 35 derniers matches. Déjà finaliste à Doha en 2018, il s'offre cette fois une occasion rêvée de remporter son premier titre sur dur en extérieur et son 3ème titre en carrière après Umag en 2017 et Moscou en octobre dernier.

"Pour cette finale, même si j'adore Corentin, je vois Rublev s'imposer. Le Russe me semble un cran au-dessus. Corentin va jouer son 7ème match en une semaine. Face à Rublev qui va lui imposer un vrai défi physique et mettre une énorme intensité dans ses frappes, le Français pourrait souffrir. Il a évidemment ses chances puisqu'en tennis, tout peut arriver mais néanmoins, je comprends tout à fait le statut de favori de Rublev sur cette finale. Il maîtrise bien mieux la surface que le Français. Je vois Rublev intégrer le top 10 à la fin de la saison. Il est vraiment sur une belle dynamique. Je l'aurais déjà mis vainqueur face à Stan si le Suisse avait réussi à se qualifier en finale alors il est logique pour moi de le voir s'imposer face à Corentin. J'espère évidemment de tout coeur pour Corentin que je vais me tromper mais si on regarde comment Rublev joue depuis l'été dernier, c'est difficile de ne pas tomber sous le charme de cette fougue, de cette façon qu'il a de rentrer dans la balle. C'est ça que j'adore chez lui. Rublev s'est donné beaucoup de mal pour revenir après sa blessure. Il a fait beaucoup d'effort et il a largement dépassé le niveau qu'il avait avant. Il a tout pour poursuivre son ascension avec beaucoup d'envie et de volonté. Physiquement aussi, il est impressionnant. Il domine beaucoup mieux sa nervosité et ses émotions et je pense, sauf blessure, qu'il fera une saison exceptionnelle. Même si je préfère toujours défendre le faible et l'opprimé [rires], sur cette finale, je vais partir sur le favori..."