Pour cette première ATP Cup, les organisateurs ne pouvaient pas espérer meilleur dénouement : une finale Espagne-Serbie, avec en prime une affiche entre le numéro 1 mondial et son dauphin, Rafael Nadal face à Novak Djokovic, deux des trois meilleurs joueurs de l'histoire avec Roger Federer, absent de cette nouvelle compétition. Ce 55e affrontement a tenu beaucoup de ses promesses, si ce n’est toutes, entre un public en ébullition, des points renversants et un suspense insoutenable dans le second set. Un peu plus tôt, Bautista Agut avait apporté le premier point à l'Espagne en prenant le dessus sur Lajovic. Décryptage d’une rencontre finalement à sens unique, en faveur de Nole, qui a permis à la Serbie d’égaliser avant le double décisif.

Avant le match, les bookmakers donnaient Djokovic largement favori en raison des 8 dernières rencontres sur dur qui se sont toutes soldées par une victoire du serbe sans aucun set perdu. Sur cette série de 8 rencontres, Novak avait sauvé 8 des 10 balles de break concédées tandis que Rafa en a sauvé 29… sur 56 ! 56 balles de break en huit matchs, cela fait une moyenne de 7 balles de break concédées. Pas besoin de préciser à quel point c’est impressionnant de la part du Serbe d’arriver à mettre autant en difficulté Rafa sur son service. De plus, le niveau de Nadal cette semaine face à Goffin ou De Minaur laissait les spécialistes très douteux quant aux chances de l'Espagnol face au Serbe. Qu’importe. Nadal est sur le terrain, face à l’un de ses meilleurs ennemis, prêt à en découdre, prêt à tout donner sur le terrain pour la Roja.

Le match débute avec Rafael Nadal au service. Au bout de cinq minutes, la Ken Rosewall Arena prend déjà feu : Novak Djokovic, breake le Majorquin d’entrée. Personne ne le sait encore, mais le premier set va tourner à la correction pour Rafa. Sur le deuxième jeu, le public pense voir une ouverture pour Nadal lui permettant de debreak avec deux fautes directes et grossières du Serbe, dans chaque couloir. Mais il n’en est rien : Djokovic reste et restera solide durant toute la partie intraitable derrière son service, avec 84% de points gagnés derrière sa première balle. Le break est confirmé, Nadal apparaît déjà comme très mal à l’aise, il discute beaucoup avec son clan, tout particulièrement avec Fransico Roig, capitaine de l’Espagne et présent dans son clan depuis 2005. Comme face aux derniers duels sur dur (57% de réussite sur ses premières balles), Nadal est en difficulté sur son service et commet dans le 5e jeu du match trois doubles fautes, échappant de peu au deuxième break.

Nadal n’arrive pas à imposer sa patte, autant au service qu’au retour face à un Djokovic qui sert la foudre sur cette première manche avec seulement 3 petits points perdus. On sent un Nadal affecté et fatigué, après sa défaite de vendredi face à Goffin, et sa victoire à la Pyrrhus la veille, face au jeune australien De Minaur. Celui qui n’avait plus perdu avec le maillot rouge de son pays en simple sur le dos depuis 2004, doute amèrement, et cela fait les affaires de Djoko qui s’adjuge la première manche 6-2 en l’espace de 40 minutes. Sur le dernier jeu, Djokovic enchaîne trois aces pour s’offrir la première manche, par un énième jeu blanc.

Pour le moment, le taureau de Manacor ne mugit pas, il s’en prend juste au public dont il juge l’attitude déplacée, en retournant à son box. Après le match il en touchera même un mot aux journalistes avec cette déclaration : « L'ambiance a été fantastique tous les jours. Mais parfois, les gens de certains pays ne comprennent probablement pas comment se déroule le tennis, a expliqué Nadal devant les médias, déplorant le comportement des supporters serbes. Ils pensent que c'est du football. L'atmosphère dans le tennis est différente. À un moment donné, le respect d'une petite partie de la foule n'a pas été présent."

Sur cette première manche, Nadal s'est retrouvé 3 mètres derrière sa ligne 31% du temps, tandis que le Serbe seulement 7%, l’un a subi, l’autre a perforé.

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L’Espagnol a énormément de mal dans ses déplacements il est juste dans les timings, est très souvent en capacité de renvoyer sans réellement mettre en danger le serbe. Son jeu étant inefficace, Rafa tente alors des choses inhabituelles, comme des services volées, pour se sortir de situations délicates. Choix payant, puisque Rafa ne concèdera pas la moindre balle de break sur la seconde manche jusqu'à 5-5.

Sixième jeu du second set, Djokovic sert pour revenir à 3-3, et ce jeu aura une allure de diseur de vérité : Nadal ne gagnera pas aujourd’hui. L’Espagnol va se procurer 5 balles de break, sans réussir à concrétiser la moindre. Djokovic exulte, il sait qu’il vient d’asséner un coup au mental du Rafa, l’empêcher de breaker de cette façon conforte la domination serbe dans cette rencontre. Même si Novak apparaît moins souverain dans la seconde manche que dans la première, il reste tout de même au dessus, en s’offrant même deux balles ressemblant à des balles de matchs à 5-5 sur le service du Majorquin. Mais c’est sans compter sur Nadal, qui les efface proprement, avec d'abord une volée flirtant avec la ligne de fond de court, alors que Novak était pris à contre-pied, et un passing long de ligne, qui ne peut être touché par le serbe.

On arrive au jeu décisif dans cette deuxième manche. Si les deux joueurs ont plus ou moins le même pourcentage de victoire dans les tie-breaks (61% pour Nadal et 63.5% pour Djokovic), c’est bien l’Espagnol qui fera preuve une fois encore de fébrilité.  Il perdra deux points sur sa mise en jeu, après avoir eu pourtant un « mini-break » d’avance, s’inclinant donc 6-2//7-6 en presque 2 heures de jeu.

Novak continue son invincibilité sur dur face au taureau de Manacor, qui ne disputera pas le double décisif, remporté par les Serbes. L’Espagne aurait pu devenir la première nation à remporter la Coupe Davis nouveau format, suivi de l’ATP Cup, toute nouvelle compétition au calendrier ATP, mais c’était sans compter sur Djokovic et ses 6 victoires en simple en 6 matches durant la compétition ainsi que ses 2 succès en double en 2 matches.

Cette compétition était voulue par le Serbe qui goutaît amèrement la main mise de l'Espagne sur le Coupe Davis (organisée par Gérard Piqué à Madrid...). Il ajoute donc 700 points au classement ATP et un second titre par équipe après la Coupe Davis 2010. Il ne reste plus que deux mots à dire au serbe : chapeau bas !