Suite et fin du premier tour dans la nuit de lundi à mardi. En dehors des Français et des cadors, quelques affiches ont retenu notre attention : Delbonis vs Sousa, Eubanks vs Gojowczyk, Ushiyama vs Ymer, Karlovic vs Pospisil, Basilashvili vs Kwon, Verdasco vs Donskoy, Ruud vs Gerasimov.

Delbonis vs Sousa
L’intérêt de cette rencontre ? L’opportunité de rencontrer le numéro un mondial Rafael Nadal au tour suivant. Au-delà de cette première « motivation », cette confrontation oppose deux joueurs au profil un peu similaire, longilignes et plus à l’aise sur la terre battue que sur dur. Néanmoins, le bilan de Sousa sur dur (46% de victoires, 2 titres et 3 finales) est nettement supérieur à celui de l’Argentin (31% de victoires et seulement 2 quarts de finale). Ils se sont déjà affrontés à six reprises par le passé, dont cinq fois sur l’ocre. Les deux joueurs ont remporté trois matches et Delbonis a battu Sousa à Indian Wells en 2016. Une surface bien plus lente que celle de Melbourne. Premier constat avant cette rencontre, Delbonis est plus en jambes que Sousa, simplement par le fait qu’il a déjà entamé sa saison à Nouméa (sorti par Lamasine dès son entrée en lice) puis à Adélaïde où il a disputé trois rencontres. Deux d’entre elles se sont soldées par des victoires face au jeune Australien de 14 ans Edward Winter et l’Italien Caruso avant de subir une défaite face à un autre local, Duckworth. De son côté, le Portugais Sousa n’a passé que 75 minutes sur un court depuis le début de la saison. C’était face à Vasek Pospisil au premier tour d’Auckland… et ce n’était pas glorieux (défaite sèche en 2 sets : 6-4/6-2). Mais il faut évidemment prendre en compte que nous ne sommes qu’en début de saison et que beaucoup de choses peuvent se produire rapidement.

D’un point de vue purement tennistique, sans prendre en compte tous les facteurs qui vont influencer la rencontre d’un côté ou de l’autre, Joao Sousa possède un jeu plus complet et est légèrement supérieur à son adversaire. Mais il manque clairement de condition physique et de confiance. L’an passé, le Portugais avait passé les deux premiers tours en 5 sets face à Pella et Kohlschreiber avant de s’incliner face à Nishikori. Joao Sousa part légèrement favori selon les bookmakers. Son bilan sur dur face aux gauchers est positif (52%) notamment grâce à des succès face à Shapovalov, Pella, Ramos, Klizan, Feliciano. Le match pourrait être indécis mais la tendance légèrement favorable au Portugais semble être logique.

Eubanks vs Gojowczyk
Duel de qualifiés pour ce premier tour entre l'Américain Eubanks (221ème) et l'Allemand Gojowczik (120ème). Eubanks est le stéréotype du joueur américain dans le style des Isner et Opelka. Doté d'une excellente première balle il mesure 2m01 et il est par conséquent très difficile à breaker. Dans le jeu en revanche il manque de régularité, et son retour de service n'est vraiment pas au niveau. Face à lui, Gojowczyk est un pur joueur de dur. Il est très irrégulier, capable d'exploits comme de non-matches lorsqu’il est dans un jour sans. Joueur très offensif, il prend beaucoup de risque dans le jeu. Il dispose également d'une grosse première balle. Il est capable également d'être très adroit à la volée. En qualifications, tous les deux se sont montrés très sérieux et efficaces avec un léger avantage tout de même à l'Allemand qui dispose de plus de solutions dans son jeu. Il est capable de varier, de s'adapter. Nous pourrions assister au moins à un set serré dans ce match, chacun voulant garder son service. Dès lors le tie-break dans le match à 1.56 apparaît comme la meilleure alternative.

Ushiyama vs Ymer
Ces deux joueurs ne se sont jamais affrontés alors qu’ils ont navigué tous les deux sur le circuit Challenger l’an passé. Ils sortent d’un exercice 2019 assez concluant. Le nippon a remporté deux challengers sur dur tandis que le jeune suédois en a glané quatre lui permettant ainsi de rentrer dans le top 100. Uchiyama est à peine plus jeune que Nishikori (27 ans) mais il a toujours été dans l’ombre de l’ancien numéro 4 mondial. Aujourd’hui, bien que Nishikori soit blessé, la relève est assurée par Nishioka dont les qualités tennistiques ne sont plus à prouver. Si Mikael Ymer a joué sur le circuit challenger l’an passé, ce n’est pas pour les mêmes raisons que le japonais. A 19 ans, il n’avait ni le classement nécessaire, ni le tennis pour s’imposer sur le circuit principal. Il n’a joué que 20 rencontres sur le circuit ATP avant le dernier NextGen, affichant un bilan de 6 victoires pour 14 revers. Cette année, Mikael risque de jouer beaucoup plus sur le circuit principal, et délaisser quelque peu le circuit Challenger. Il n’a d’ailleurs pas été ridicule sur ce début de saison face à Bedene et Hurkacz et il est parvenu à battre Tiafoe. En revanche, la présence du Japonais sur les tournois challenger peut être expliquée de façon très simple : il n’a jamais eu réellement le niveau pour s’imposer au plus haut niveau. Uchiyama est un bon joueur de challenger, circuit sur lequel il a remporté 5 trophées en 3 ans. Ce gaucher, au revers précis et efficace, a un service plutôt précis mais qui manque cruellement de puissance. Néanmoins, il a quelques belles victoires sur le circuit : Albot, Paire, Johnson, Edmund, Hurkacz et Millman. Les caractéristiques du jeu d’Uchiyama sont semblables à ses compatriotes à savoir un jeu basé sur le retour et une grosse mobilité dans les déplacements. Uchiyama a déjà bien joué en Australie en atteignant les quarts du tournoi de Brisbane l’an passé, après avoir écarté Edmund et Humbert. Les deux joueurs n’ont pas de grande expérience en grand chelems : Ymer n’a joué qu’à Rolland la saison passée, s’inclinant au deuxième tour face à Zverev, tandis que Uchiyama ne s’est qualifié qu’à une reprise pour un premier tour de Grand Chelem, c’était en 2019 à Wimbledon où le nippon s’est incliné face à Tennys Sandgren. Les bookmakers semblent surestimer un peu le Suédois, favori à hauteur de 80% sur ce match. Le Japonais a toutes les armes pour prendre au moins un set.

Karlovic vs Pospisil
Avez-vous déjà assisté en direct à un match d’Ivo Karlovic ? Pour faire simple, une fois que l’entrée sur le court du géant croate (2m11) est passée, vous avez vu le meilleur moment du match. Avec son jeu stéréotypé basé quasiment exclusivement sur son service, on peut vite s’ennuyer devant un match du Croate à moins de vouer un amour inconsidéré aux aces. Karlovic est le joueur avec le plus faible taux de break sous l’ère Open (8,5%). A 40 ans, sa mobilité et son physique ne sont pas optimales. Pour s’imposer, il doit donc s’en remettre exclusivement à ses jeux de service. Et là c’est le meilleur joueur de l’histoire avec 92% ! Le calcul est vite fait : avec 358 victoires pour 338 défaites en carrière, on tient là une nouvelle statistique qui confirme que les matches de Karlovic sont…prévisibles ! Mais, ça lui donne aussi un statut de joueur capable de tout. Surtout sur les surfaces dures rapides. En face de lui, le Canadien Vasek Pospisil connaît une carrière en dents de scie. Retombé au 146e rang mondial en raison d’une grave blessure au dos, il avait atteint son meilleur classement en 2013 (31ème) à l’issue d’un superbe match face à Roger Federer en finale de l’Open de Bâle (défaites 2-6/7-6/5-7). Plutôt grand lui aussi (1m93), il devra être très agressif et mentalement très fort en retour pour pouvoir écarter Ivo Karlovic. Il mène 4-1 dans les confrontations face au Croate, ce qui est assez cohérent avec son bilan en carrière face aux grands serveurs (25 victoires pour 25 défaites). On pourrait être tenté par un set pour Karlovic mais il a perdu ses 8 derniers sets disputés face au Canadien. Difficile donc de contredire à travers ces statistiques les bookmakers qui placent Pospisil largement favori de ce match.

Basilashvili vs Kwon
Affiche intéressante de ce premier tour de l’Open d’Australie entre le Géorgien Nikoloz Basilashvili et le Coréen Soonwoo Kwon. 29ème au classement ATP, Basilashvili est un joueur multi-surface. Il est efficace sur terre battue comme le prouvent ses deux titres à Hambourg en 2018 alors qu’il sortait des qualifications et en 2019 en battant successivement Dellien, Londero, Chardy, Zverev alors 5e au classement mondial et Rublev en finale. Mais il est aussi efficace sur dur comme le prouve son titre remporté à Pékin en 2018 où il avait réalisé un parcours impressionnant battant coup sur coup Sock, Verdasco, Jaziri, Edmund et Del Potro, tête de série n°1 du tournoi et finaliste à l'US Open cette année. Basilashvili a débuté la saison face à Rafael Nadal lors de l’ATP Cup, offrant une belle résistance, mais s’inclinant logiquement. Il a ensuite été largement dominé par Nishioka avant de s’imposer face à Cuevas en 3 sets. Face à lui, Kwon est un jeune espoir du tennis asiatique, appelé à prendre le relai de Nishikori à court terme. Il possède une grosse marge de progression, notamment sur le plan physique. Kwon n’a encore jamais remporté le moindre match en Grand-Chelem. 83ème actuellement au classement ATP, il a de bonnes chances de progresser cette saison vu qu’il n’a que peu de points à défendre sur l’ensemble de l’exercice. Basilashvili part favori, mais sa cote (1.60) laisse présager un match plus disputé qu’il n’y paraît. Le Coréen n’a, de fait, absolument rien à perdre et jouera libéré. L’inconstance du Géorgien pourrait offrir un match en 4 ou 5 sets.

Portrait de Kwon réalisé en septembre dernier
https://tennisbreaknews.com/2019/09/10/le-tennis-dans-le-100-episode-2-5/

Verdasco vs Donskoy
Voilà un match piégeux pour Fernando Verdasco. Si le vétéran espagnol (36 ans) part largement favori pour les bookmakers (1.25), il devra pourtant se méfier du Russe qui, dans un bon jour, peut faire mal à beaucoup de bons joueurs. C’est en Australie que Fernando Verdasco a obtenu son meilleur résultat en Grand Chelem en atteignant les demi-finales en 2009 en ayant notamment sorti Andy Murray en huitièmes avant de s’incliner au cours d’un match épique, en 5 sets face à Rafael Nadal. Pourtant, depuis 2012, Verdasco n’a plus dépassé le cap du 3e tour du tournoi de Melbourne. Preuve s’il en faut qu’il est en difficulté depuis quelques saisons sur le dur australien. Retombé à la 50e place au classement ATP, l’Espagnol a certainement ses plus belles années derrière lui-même si son talent est toujours intact comme le prouvent ses récentes victoires sur Krajinovic, Coric, Basilashvili ou encore Thiem et Khachanov à Rome. C’est dans l’irrégularité de l’Espagnol que se situe la chance d'Evgeny Donskoy. Éternel espoir du tennis Russe, Donskoy, malgré ses 29 ans et 12 années de tennis pro, n’a jamais intégré le top 50 mondial. Son meilleur classement était une 65e place obtenue il y a déjà 7 ans. Donskoy vogue aux alentours de la 100ème place mondial depuis 2012. Verdasco de son côté est au crépuscule de sa carrière et n’a plus ses jambes de jeunesse. Mais néanmoins, à 36 ans, il n’est pas encore fini et va pouvoir mettre en œuvre sa science du jeu et son expérience pour tenter d’écarter la menace Russe que constitue Donskoy. L’Espagnol conserve une force de frappe et de précision ainsi qu’une endurance étonnante même s’il bouge moins vite. Le Russe devra, de son côté, faire bouger un maximum l’Espagnol si veut s’offrir une chance de poursuivre son parcours au delà du 1er tour.

Ruud vs Gerasimov
Voilà un match entre deux joueurs qui peuvent encore être considérés comme de futurs grands joueurs. Mais le turnover et l’émergence de certains cracks perturbent leur progression. Le Norvégien Casper Ruud avait des difficultés avant 2019 face aux joueurs du top 50 (12 défaites en 13 matches) mais la saison dernière lui a permis de progresser. Il est désormais capable de battre des top players même sur dur alors que sa meilleure surface est la terre battue : Carreno, Berrettini, Kyrgios, Paire. 46e actuellement au classement ATP, le Norvégien a bien débuté la saison en défendant les couleurs de son pays à l’ATP Cup. En ouverture de rideau, il s’est offert John Isner (19ème) dans un match très serré (7-6/6-7/7-5) et ensuite, il a enchaîné avec une seconde victoire, cette fois face à l’Italien Fabio Fognini (12ème). La Norvège a affronté ensuite la Russie, mais Ruud s’est incliné face à Medvedev, sans démériter.

De son côté, le Biélorusse Egor Gerasimov fait partie de la short-list un peu étendue des joueurs de l’Est qui tente de se faire une place au soleil. Pour l’instant, s’il est capable de certains coups d’éclat comme lors de la saison précédente où il s’est notamment offert le scalp de Matteo Berrettini à St Petersbourg et, une semaine plus tard, celui de John Isner à Chengdu, il peine à franchir un cap et trouver une certaine régularité qui pourrait lui donner un autre statut. À 27 ans, il est plus que temps de confirmer pour le Biélorusse qui débute néanmoins l’année dans le top 100 (98e au classement ATP). Le match s’annonce disputé entre deux joueurs qui ont des qualités, sont capables de beaucoup de choses, mais dont la régularité sur le plan physique et mental leur fait encore défaut. La cote de Ruud (1.30) paraît tout de même trop basse sur une surface dure rapide face à un bon serveur. Le match est d’autant plus important qu’au second tour, c’est en principe Alexander Zverev (qui affronte Cecchinato au 1er tour) qui est au programme.

Portrait de Ruud réalisé en septembre dernier
https://tennisbreaknews.com/2019/09/12/le-tennis-dans-le-100-episode-4-5/