Jamais l’Open d’Australie n’aura été autant évoqué pour des raisons autres que tennistiques. Les organisateurs du premier tournoi du Grand Chelem de l’année auraient bien voulu l’éviter, mais c’est comme ça. Depuis le mois de septembre, l’Australie est en feu. Des incendies sans précédent dans leur ampleur et leur durée ont déjà fait 28 morts, tué plus d’un milliard d’animaux et détruit 10 millions d’hectares de forêt. Les images sont apocalyptiques : bâtiments en ruine, paysages en désolation, villes enfumées.

Melbourne ne fait pas exception. Mardi dernier, à 15 heures, l’indice de qualité de l’air affichait 350 microgrammes de particules fines par mètre cube d'air, un chiffre correspondant à une situation « dangereuse ». Pourtant, si les entraînements ont été annulés, les qualifications ont été maintenues. Une situation paradoxale et scandaleuse qui a révolté plusieurs athlètes. Sur les réseaux sociaux, Elina Svitolina s’est indignée : « Pourquoi attendre que quelque chose de grave se produise pour agir ? » Acerbe, Gilles Simon a renchéri : « Quand on trouve des médecins qui affirment que jouer par 45 degrés n’est pas dangereux à l’Open d’Australie et des juges arbitres qui affirment que l’herbe mouillée n’est pas glissante à Wimbledon, on doit bien pouvoir trouver un expert qui certifie que la qualité de l’air est suffisante, non ? »

Le joueur français répondait à Craig Tiley, le directeur du tournoi, qui assurait quelques minutes auparavant suivre « l’avis d’experts médicaux indépendants, de spécialistes environnementaux et de scientifiques ». Un raisonnement sans doute difficile à entendre pour la Slovène Dalila Jakupovic, contrainte à l’abandon à cause de la fumée nocive. Depuis, la situation s’est améliorée. Des orages ont éclaté et la pluie a contribué à dissiper le nuage toxique sous lequel la métropole était engloutie depuis quelques jours. Le tournoi devrait ainsi se dérouler dans des conditions acceptables.           

De mineur à majeur

Le show peut donc débuter. Car l’Open d’Australie, surnommé le « Happy Slam », offre chaque année une quinzaine brûlante et festive. Depuis 1988, Melbourne Park se transforme en une immense pleine de jeux où les spectateurs vibrent devant les meilleurs joueurs du circuit, mais pas seulement. Au programme, animations en tout genre, restos à gogo et concerts nocturnes. En France, les téléspectateurs sont assurés de vivre quelques nuits de folie, au rythme des matchs à rallonge que seuls les tournois du Grand Chelem proposent.

Mais l’engouement que suscite le premier Majeur de l’année s’avère finalement assez récent. Entre 1905, année de création du tournoi, et 1968, l’épreuve s’apparente à un championnat national amateur. L’Océanie, c’est loin, alors les tennismen étrangers font l’impasse. A partir de 1969, les joueurs professionnels sont invités à s’inscrire, mais jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs rechignent à faire ce grand voyage. Cette année là, Johan Kriek, 12ème mondial et vainqueur du tournoi, possède le meilleur classement du tableau. Ce n’est qu’à partir de 1983, sous l’impulsion de John McEnroe, d’Ivan Lendl et de Mats Wilander, que l’épreuve  commence à attirer tous les cadors du circuit ATP.

Malgré ce timide début d’histoire, le palmarès de l’Open d’Australie n’a rien à envier aux trois autres Majeurs du calendrier. Hormis Ilie Nastase et Björn Borg, qui n’ont joué qu’une seule fois le tournoi, John Mcenroe, qui n’a jamais fait mieux qu’une demi-finale, et Andy Murray, malheureux finaliste à cinq reprises, tous les grands champions se sont imposés « Down Under » : Ken Rosewall, Roy Emerson, Rod Laver, Arthur Ashe, John Newcombe, Jimmy Connors, Guillermo Vilas, Mats Wilander, Stefan Edberg, Ivan Lendl, Boris Becker, Jim Courier, Pete Sampras, André Agassi, Marat Safin, Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic.

Bien sûr, cette année encore, le « Big 3 » constitue la grande attraction de cette quinzaine. La course au « GOAT » (Greastest Of All Time) se joue principalement sur le nombre de titres glanés dans les Majeurs, et la bataille fait rage. Le Suisse (20) ne compte qu’une longueur d’avance sur l’Espagnol (19) et quatre sur le Serbe (16). Depuis 2004, les trois ogres ont croqué 14 trophées en 16 éditions du « Oz Open ». Cela vaut d’ailleurs surtout pour Djokovic (7) et Federer (6), qui ont remporté 13 titres à eux deux, Nadal se contentant d’une seule « Norman Brookes Challenge Cup » (pour 4 finales perdues tout de même). Les deux intrus ayant réussi à se frayer un chemin jusqu’au Graal se nomment Marat Safin (en 2005) et Stanislas Wawrinka (en 2014).

Djokovic at home

La domination du « Big 3 » à l’Open d’Australie reflète leur écrasante main-mise sur l’ensemble des levées du Grand Chelem. Depuis 2005, soit 15 années et 60 Majeurs disputés, « Roger », « Rafa » et « Djoko » en ont gagnés 51, soit 85 %. Murray (3), Wawrinka (3), Cilic (1), Del Potro (1) et Safin (1) ont hérité des miettes. Plus fort encore, le temps ne semble pas avoir de prise sur ces 3 martiens, puisqu’ils ont tout bonnement remporté les 12 derniers tournois du Grand Chelem (en 2017, 2018 et 2019). Ceux qui aiment les chiffres et les détails constateront que les trois géants du tennis contemporain vivent chacun une idylle avec l’un des quatre tournois Majeurs. Roland Garros pour Rafael Nadal (12 titres), Wimbledon pour Roger Federer (8 titres), et l’Open d’Australie pour Novak Djokovic (7 titres).

C’est donc tout logiquement que le Serbe s’avance en favori numéro un du premier Majeur de la saison. Comme Nadal à Paris, Djokovic reste invaincu en finale. Et non content de détenir le record de trophées à Melbourne dans toute l’histoire du tennis, le « Djoker » domine ses deux rivaux dans les confrontations disputées sur la Rod Laver Arena. Trois victoires pour une seule défaite face au Suisse. Deux succès à rien contre l’Espagnol, à chaque fois en finale. Deux matchs face à Nadal qui ont d’ailleurs marqué l’histoire du tournoi et construit la légende de Djokovic. En 2012, il subjugue la planète tennis en dominant l’homme que le monde entier croyait inébranlable physiquement et mentalement lors de la finale la plus longue de l’histoire (5-7/6-4/ 6-2/6-7/7-5 en 5 heures et 53 minutes). En 2019, « Nole » donne une leçon de tennis au « taureau de Manacor » qui passe presque pour un junior (6-3/6-2/6-3 en 2 heures et 4 minutes).           

La supériorité de Djokovic sur ses deux meilleurs ennemis se conjugue également au pluriel, puisque tous duels confondus, le Serbe mène 29-26 contre Nadal et 26-23 contre Federer. Sur dur, la surface proposée à Melbourne, le « Djoker » est aussi devant. De peu contre le Suisse, 19-18, mais largement face à l’Espagnol, 20-7. La dernière confrontation sur ciment remportée par « Rafa » remonte à l’US Open 2013, soit plus de 6 ans. Autre argument-massue, l’excellent niveau de jeu que propose le Serbe en ce début de saison. Vainqueur de l’ATP Cup avec la Serbie, « Nole » a fait le plein de confiance en remportant ses 6 rencontres de simple, toutes jouées contre des joueurs de qualité : Kevin Anderson (ancien TOP 10), Gaël Monfils (N°10), Cristian Garin (N°33), Denis Shapovalov (N°15), Daniil Medvedev (N°5) et surtout Rafael Nadal (N°1). L’Espagnol, qui a montré quelques signes de fatigue, a concédé deux 2 défaites en 6 matchs : en finale contre Novak Djokovic donc, et en quart face à David Goffin. Roger Federer lui n’a tout simplement pas joué une seule rencontre officielle avant de débuter le premier Majeur de l’année. Ce n'est arrivé que deux fois dans la carrière du Suisse en 2013 et 2008 et les deux fois, il s'est arrêté en demi-finale.

La jeunesse déboule

Si « Roger » et « Rafa » sont en retrait, quels sont les joueurs susceptibles de bousculer Novak Djokovic ? Depuis cinq, voire dix ans, les observateurs de la petite balle jaune s’interrogent : « Quand est-ce que les jeunes du circuit vont prendre le pouvoir » ? Le moment est peut-être venu. Certes, la montagne à gravir est gigantesque. Comme évoqué précédemment, les 12 derniers tournois du Grand Chelem ont été croqués par nos trois gloutons préférés. Et les rencontres en cinq manches constituent jusqu’à maintenant un plafond de verre pour les nouveaux prétendants au trône. Mais la saison dernière, on a pu constater un réel progrès. Stefanos Tsitsipas et Matteo Berrettini se sont hissés dans le dernier carré, respectivement à Melbourne et à New York. Mieux encore, Dominic Thiem à Roland Garros et Daniil Medvedev à l’US Open ont atteint la finale, n’abdiquant face à Rafael Nadal qu’en 4 sets pour l’Autrichien et 5 manches très accrochées pour le Russe.

Daniil Medvedev est assurément le chef de file des jeunes outsiders. En 2019, à sa merveilleuse quinzaine new-yorkaise, viennent s’ajouter 4 titres dont 2 en Masters 1000 (à Cincinnati et à Shanghai) et 3 autres finales perdues dont une en Masters 1000 (à Montréal). Tête de série N°4 à Melbourne, le Russe arrive en forme avec un prometteur bilan de 4 victoires (contre Fabio Fognini, John Isner, Casper Ruud et Diego Schwartzmann) pour une seule défaite, in extremis (face à Novak Djokovic). Juste derrière au classement, Dominic Thiem (N°5) et Stefanos Tsitsipas (N°6) auront aussi leur mot à dire. La saison dernière, l’Autrichien a démontré ses capacités à s’imposer sur dur : 3 titres sur cette surface dont un Masters 1000 (à Indian Wells) et une finale au Masters. Son bourreau à Londres ? Justement Tsitsipas, auteur d’un formidable parcours puisque tombeur de Daniil Medvedev, Alexander Zverev, Roger Federer et enfin Dominic Thiem. A seulement 21 ans, le Grec possède le style de jeu idoine et la maturité pour culbuter la hiérarchie.

D’autres jeunes pourraient tirer leur épingle du jeu, même s’il paraît compliqué de les voir aller au bout. Alexander Zverev, le premier de la nouvelle génération à s’être révélé avec notamment 3 trophées en Masters 1000, Matteo Berrettini, demi-finaliste lors du dernier US Open et désigné « Most Improved Player » en fin d’année dernière (de la 54ème à la 8ème place mondiale en 2019), Denis Shapovalov, N°13 à l’ATP et qui a signé une belle fin de saison avec une finale au Masters 1000 de Paris et une autre finale en Coupe Davis (grâce à de belles victoires sur Matteo Berrettini et Karen Khachanov), ou encore Andrey Rublev, qui connaitra son meilleur classement lundi (N°16), après 2 titres prometteurs empochés en ce mois de janvier, à Doha puis à Adélaïde. Après avoir réussi à montrer les muscles en Masters 1000, la « Next Gen » trépigne d’impatience de s’imposer dans les Majeurs ! Dès le 2 février prochain à Melbourne ? Pour rappel, depuis le début du 21ème siècle, seulement deux joueurs ont réussi à créer la surprise en triomphant à l’Open d’Australie sans faire partie de la liste des grands favoris au départ de l’épreuve, Thomas Johansson en 2002 et Stan Wawrinka en 2014.      

1er quart du tableau

Dans le premier quart du tableau, Rafael Nadal ne devrait pas être inquiété avant les 8èmes de finale. Hugo Dellien au 1er tour, Federico Delbonis ou Joao Sousa au 2ème tour, Pablo Carreno-Busta, Jozef Kovalik, Peter Gojowczyk ou Christopher Eubanks au 3ème tour ne sont normalement pas en mesure de bousculer le N°1 mondial. L’histoire pourrait être différente au 4ème tour, puisque l’Espagnol a de bonnes chances d’être opposé soit à Nick Kyrgios, soit à Karen Khachanov. A domicile, l’Australien aura à coup sûr envie de briller face à l’une de ses proies favorites. En 7 confrontations, Kyrgios a réussi à s’imposer à trois reprises (à Wimbledon en 2014, à Cincinnati en 2017 et à Acapulco en 2019). C’est beaucoup plus compliqué pour le Russe, battu 7 fois sur 7 face au Majorquin. Du reste, le 16ème joueur mondial n’a pas semblé encore à 100% lors de l’ATP Cup, en atteste sa défaite surprenante contre Dusan Lajovic en demi-finale.

De l’autre côté de ce quart de tableau, Dominic Thiem devrait lui aussi vivre un démarrage en douceur. Adrian Mannarino au 1er tour, puis Albert Ramos-Vinolas ou le modeste invité australien Alex Bolt au 2ème tour. Compte tenu de son niveau de jeu moyen lors de l’ATP Cup (un seul succès contre Diego Schwartzmann et deux revers face à Borna Coric et Hubert Hurkacz), l’Autrichien devra se méfier au 3ème tour puisqu’il pourrait affronter le géant sud-africain Kevin Anderson, de retour après une blessure au genou, ou l’Américain Taylor Fritz, qui a montré une jolie constance en 2019.

Deux joueurs francophones pourraient « casser » le tableau s’ils parviennent à jouer à leur meilleur niveau. D’abord Gaël Monfils, tête de série N°10 et auteur de l’une de ses plus belles saisons en 2019 (titre à Rotterdam, demie au Masters 1000 de Montréal, quart à l’US Open et quart au Masters 1000 d’Indian Wells). Un bémol néanmoins, une petite blessure à la main droite qui s’est réveillée lors de l’ATP Cup. Ensuite, Felix Auger-Aliassime, tête de série N°20 et finaliste samedi dernier au tournoi d’Adélaïde. La jeune pépite canadienne, 19 ans seulement, a tous les atouts nécessaires pour séduire le public de Melbourne, encore lui faut-il parvenir à enchainer les performances convaincantes.                

2ème quart du tableau

Dans le deuxième quart du tableau, Daniil Medvedev a bien l’intention de poursuive son ascension vers les sommets. Après une saison 2019 époustouflante (4 titres dont 2 en Masters 1000, 5 finales perdues dont une en Majeur à l’US Open), le Russe a bien débuté l’année avec 4 succès (contre Fabio Fognini, John Isner, Casper Ruud et Diego Schwartzmann) pour une seule défaite (face à Novak Djokovic) lors de l’ATP Cup. Méfiance tout de même car il sera opposé d’entrée à des joueurs dont la puissance peuvent l’enquiquiner, Frances Tiafoe au 1er tour, puis peut-être Jo-Wilfried Tsonga au 3ème tour.

De l’autre côté de ce quart de tableau, Alexander Zverev a du souci à se faire. Après une année 2019 marquée par des résultats intermittents, la tête de série N°7, récemment opéré des yeux, n’a pas encore gagné un match en 2020 (3 défaites à l’ATP Cup, contre Alex de Minaur, Stefanos Tsitsipas et Denis Shapovalov). Alors qu’il va affronter Marco Cecchinato au 1er tour, puis peut-être Casper Ruud au 2ème et enfin potentiellement Nikoloz Basilashvili au 3ème, l’Allemand a de quoi s’inquiéter, lui qui n’a jamais dépasser les quarts de finale dans les tournois du Grand Chelem (et même les 8èmes de finale à l’Open d’Australie).

Dans ce quart de tableau, les poils à gratter se nomment John Isner, Stan Wawrinka et Andrey Rublev. Certes le géant américain a perdu ses 3 rencontres lors de l’ATP Cup, mais son service mammouth doit lui permettre de passer au moins deux tours. Ancien vainqueur à Melbourne, le Suisse est en manque de repères, après une défaite inattendue contre Corentin Moutet en quart de finale à Doha. Mais on connait la capacité de « Stan The Man » à se transcender lors des grands événements. Le Russe, enfin, est l’homme en forme de ce début de saison. Deux trophées (à Doha et à Adélaïde), 12 succès consécutifs, 24 manches glanées pour seulement 3 perdues, les chiffres sont éloquents. Cela faisait d’ailleurs 16 ans qu’un joueur n’avait plus remporté deux tournois sur les deux premières semaines de compétition avant l’Open d’Australie. Toujours aussi cogneur, mais de plus en plus fin et régulier, Rublev est fin prêt pour illuminer les courts de Melbourne Park.  

3ème quart du tableau

Dans le troisième quart du tableau, Roger Federer ne devrait pas rencontrer trop de problèmes avant son 3ème tour. Auparavant, Steve Johnson au 1er tour, puis Filip Krajinovic ou Quentin Halys n’ont a priori pas les armes pour l’embêter. Le Suisse, tête de série N°3, devrait avoir en revanche davantage de difficultés à maîtriser Hubert Hurkacz, si le Polonais parvient à remporter ses deux premiers matchs. Le 34ème joueur mondial a déjà montré de belles aptitudes en 2020 avec 3 victoires de choix à l’ATP Cup (contre Diego Schwartzmann, Borna Coric et Dominic Thiem) et une demie à Auckland. S’il passe, « Roger » pourrait affronter un autre jeune en plein boom, le Canadien Denis Shapovalov, à présent 13ème mondial et tombeur de Stefanos Tsitsipas et d’Alexander Zverev lors de l’ATP Cup.

De l’autre côté de ce quart de tableau, Matteo Berretini doit se réjouir d’être opposé à l’invité australien Andrew Harris au 1er tour. Le tour suivant aussi semble cadeau : Tennys Sandgren ou Marco Trungelliti. Seul hic pour le N°8 mondial, il n’a joué aucun match officiel en 2020. Mais si l’Italien trouve rapidement ses marques à Melbourne, il peut foncer tout droit direction les quarts de finale. Sa partie de tableau est incontestablement la plus faible du tournoi - seul Fabio Fognini semble pouvoir le contraindre.

Dans ce quart de tableau, c’est encore une fois la jeunesse qui excite les papilles des fans de tennis. Deux joueurs, l’un de 21 ans, l’autre de 18 ans. Le premier est Français et se nomme Ugo Humbert. Ce lundi, il connaitra son meilleur classement (N°43), après son premier titre remporté en carrière samedi dernier à Auckland. Face à l’Australien John Millman, la bataille risque de valoir le coup d’oeil. Le deuxième est Italien et s’appelle Jannik Sinner. Pour son deuxième tournoi du Grand Chelem (après l’US Open 2019), le petit prodige a la chance de rencontrer un joueur issu des qualifications et bien moins classé que lui, l’Australien Max Purcell (N°214). Vainqueur du Masters Next Gen en fin de saison dernière, Sinner a terminé l’année 78ème mondial après l’avoir commencée à la 549ème place !          

4ème quart du tableau

Dans le quatrième quart du tableau, c’est bien sûr Novak Djokovic qui s’avance en grand favori. Même si son adversaire au 1er tour, le puissant Jan-Lennard Struff, a réalisé sa meilleure saison en 2019, le N°2 mondial devrait passer sans la moindre anicroche. Etant donné la forte impression laissée par le Serbe lors de l’ATP Cup, la suite ressemble à une petite partie de plaisir : Tatsuma Ito ou Prajnesh Gunneswaran au 2ème tour, puis Daniel Evans, Mackenzie McDonald, Yoshihito Nishioka ou Laslo Djere au 3ème tour. Une victoire facile en 8ème de finale lui semble aussi promise puisque le meilleur joueur de cette partie de tableau n’est autre que Diego Schwartzmann, très décevant lors de l’ATP Cup (une seule victoire pour 3 défaites).

L’adversaire le plus coriace pour Novak Djokovic se situe à l’autre bout de ce quart de tableau, Stefanos Tsitsipas. Auteur d’un parcours réjouissant en 2019 à Melbourne (une demie après 5 grosses victoires, dont celle en 8ème de finale contre Roger Federer), le Grec espère faire au moins aussi bien cette année. S’il est aussi solide et impressionnant que lors du dernier Masters à Londres, le N°6 mondial devrait se défaire sans difficultés de ses premiers adversaires, Salvatore Caruso au 1er tour, Philipp Kohlschreiber ou Marcos Giron au 2ème tour, ou encore Cristian Garin, Stefano Travaglia, Milos Raonic ou Radu Albot au 3ème tour. C’est en 8ème de finale que la tâche pourrait être plus ardue. Tsitsipas pourrait en effet être opposé à Roberto Bautista-Agut (pour une revanche du quart de l’Open d’Australie 2019), en pleine forme en ce début de saison puisque victorieux de ses 6 rencontres lors de l’ATP Cup.

Deux Français pourraient venir perturber la marche logique de ce quart de tableau. D’abord Benoit Paire, tête de série N°21 et finaliste samedi dernier à Auckland. Après deux 8èmes de finale dans les Majeurs en 2019 (à Roland Garros et à Wimbledon), l’Avignonnais vise à coup sûr son premier quart de finale dans un tournoi du Grand Chelem. Ensuite, Corentin Moutet, N°70 et récent finaliste à Doha. Petit surdoué, le Francilien âgé seulement de 20 ans a déjà montré qu’il pouvait s’illustrer lors des grands rendez-vous en réalisant un joli parcours à Roland Garros en 2019 en se hissant jusqu’au 3ème tour. Une certitude, seul un des deux tricolores pourra aller loin dans le tableau, puisque s’ils parviennent à passer leur 1er tour, Benoit Paire et Corentin Moutet s’affronteront au tour suivant.           

Quelques infOZ supplémentaires

  • Le french corner

Le contingent français dans le tableau masculin est monté à 13 représentants (le tableau féminin compte 5 tricolores), après les qualifications de Quentin Halys et d’Elliot Benchetrit. Les 11 autres « Bleus » sont Gaël Monfils (tête de série N°10), Benoit Paire (tête de série N°21), Jo-Wilfried Tsonga (tête de série N°28), Ugo Humbert, Corentin Moutet, Adrian Mannarino, Jérémy Chardy, Pierre-Hugues Herbert, Gilles Simon, Grégoire Barrère et Hugo Gaston (invité).

Côté palmarès, l’Open d’Australie est le Majeur dans lequel les Français ont le moins gagné : seulement un titre, Jean Borotra en 1928. Deux autres tricolores sont parvenus à se hisser jusqu’en finale, dans l’ère Open cette fois-ci, Arnaud Clément en 2001 (dominé par André Agassi) et Jo-Wilfried Tsonga  en 2008 (battu par Novak Djokovic).  

  • Les grands absents

Quelques têtes d’affiche ne seront pas présentes dans le tableau cette année. D’abord, un membre du TOP 20, Kei Nishikori. Opéré du coude en octobre dernier, le Japonais n’est toujours pas rétabli. Autre absent de marque, Alex de Minaur, 21ème joueur mondial. Très performant lors de l’ATP Cup (2 victoires contre Alexander Zverev et Denis Shapovalov, 2 défaites sur le fil face à Daniel Evans et surtout Rafael Nadal), l’Australien doit renoncer à « son » tournoi du Grand Chelem en raison d’une blessure aux abdominaux. Deux glorieux anciens sont également forfaits : Juan-Martin Del Potro, out pour l’Open d’Australie pour la 5ème fois en 6 ans, victime d’une fracture de la rotule du genou droit en juin dernier ; Andy Murray, en larmes l’année dernière à Melbourne au moment d’annoncer sa probable retraite, finalement de retour quelques mois plus tard après une deuxième opération à la hanche, mais absent en Australie à cause d’une blessure à l’aine. Enfin, deux joueurs français de premier plan ne peuvent s’aligner : Lucas Pouille, N°23 et demi-finaliste lors de la précédente édition, touché au coude depuis trois mois ; Richard Gasquet, 59ème mondial, est lui aussi absent depuis le mois d’octobre à cause d’un kyste au genou gauche.         

  • Le point santé

La direction du tournoi a dévoilé samedi un système mesurant la pollution de l’air. Le jeu sera suspendu si le taux de particules fines solides et liquides en suspension atteint la barre des 200, à savoir le 5ème degré de cette échelle conçue pour l’occasion. Le 4ème degré, entre 97 et 200, engendrera un débat entre le service médical et les organisateurs afin de poursuivre ou non les rencontres. Ces règles s’appliqueront à tous les matchs en extérieur, ce qui signifie que les matchs disputés sur les courts possédant un toit rétractable ne reprendront qu’après la fermeture du toit. Enfin, une rencontre ne sera interrompu qu’après un nombre de jeux pair disputé, ou à la fin d’une manche. 

  • Quelques statistiques

- 23,4% d'outsiders sur le premier tour du tour sur les 10 dernières éditions et 21,9% sur l'ensemble du tournoi.

- 28,1% des qualifiés ont gagné au 1er tour et 5 joueurs sur les 180 qualifiés ou lucky losers ont atteint le 3ème tour. Un seul joueur depuis 10 ans est parvenu en 8èmes de finale en étant issu des qualifications : Milos Raonic en 2011. A noter que Stephane Robert (lucky loser) a également atteint le 4ème tour en 2014.

Pour suivre Rodolphe Cazejust sur twitter
https://twitter.com/LMParallele