Il n'y a plus que cinq Français au 2ème tour de cet Open d'Australie. Parmi eux, deux défendront le drapeau tricolore la nuit prochaine. Après un premier tour où ils étaient donnés largement favoris, cette fois Benoît Paire et Grégoire Barrère tombent sur des poids lourds du circuit : Marin Cilic et Guido Pella.

Après l'ATP Cup et sa finale perdue à Auckland, Benoît Paire vit un début de saison très chargé. Il a d'ailleurs ressenti une gêne aux adducteurs durant son match en 5 sets face à l'Allemand Stebe. Pas vraiment le scénario idéal avant d'affronter Marin Cilic, seulement 24 heures après. Le Croate en grande difficulté depuis plusieurs mois avec à peine 52% de victoires sur le circuit contre 65% en carrière. Il n'a disputé qu'une seule demi-finale sur ses 25 derniers tournois, soit 18 mois de compétition. Pourtant, le Croate aime l'odeur des Grands Chelems et il a maîtrisé à la perfection son premier tour piégeux face à Corentin Moutet. Il a toujours opposé un match-up très compliqué à Benoît Paire, mené 4-1 dans les confrontations dont 4 défaites sur les 4 derniers matches depuis 2013.

L'avis de Florent Serra : "Benoît a disputé 5 sets au premier tour après avoir beaucoup enchaîné sur ce début de saison. C'est loin d'être anodin. Pour aller loin en Grand Chelem, il faut savoir bien gérer les premiers tours et s'économiser au maximum. Même s'il va tout faire pour récupérer, forcément, je ne l'imagine pas aborder ce match à 100% de ses capacités physiques avec ces douleurs aux adducteurs. C'est vraiment un match très compliqué pour Benoît face à Cilic qui a le jeu parfait pour neutraliser le Français avec une excellente première balle que Benoît a souvent du mal à retourner. Cilic couvre très bien son terrain, ce qui fait qu'il n'est pas trop perturbé par les changements de rythme de Benoît. Pour espérer s'imposer, le Français va devoir faire sortir Cilic de sa zone de confort au fond du court qui se déplace bien de droite à gauche mais moins bien d'avant en arrière. Il devra absolument varier son jeu un maximum avec des amorties mais c'est même pas certain que ça suffise puisqu'on a vu que ça n'avait pas fonctionné avec Corentin Moutet qui a également un très créatif et instinctif comme Benoît. Cilic est évidemment capable de faire beaucoup de fautes dans certains matches, je trouve qu'il a toutes les armes pour aller agresser Benoît et l'emmener dans des filières de jeu courtes. Mais la clé du match pour moi sera le service du Croate. Benoît n'est jamais parvenu à gêner le Croate en retour, ce qui justifie pour moi le statut de favori de Cilic sur cette rencontre. Benoît risque de se crisper et je vois une victoire de Cilic. D'autant plus qu'il est aussi solide que Benoît en diagonale de revers, voire plus solide. Les deux joueurs sont un peu plus fragiles côté coup droit mais dans l'ensemble, Cilic est plus complet et sera plus régulier."

La statistique à retenir :
Benoît Paire a breaké 22,5% des jeux adverses dans sa carrière sur dur, la statistique chute à 12% face à Cilic.
Benoît Paire a obtenu en moyenne 0,58 balles de break par jeu dans sa carrière sur dur, la statistique chute à 0,52 face à Cilic.
Benoît Paire a converti 39% de ses balles de break obtenues dans sa carrière sur dur, la statistique chute à 23% face à Cilic.

Grégoire Barrère n'a pas eu non plus un premier tour facile face à l'Egyptien Safwat. Alors qu'il avait le match en main dans le premier set, il a fini par se faire renverser pour se retrouver mener 7-6/4-0. Le Français (25 ans) a su trouver les ressources pour finalement s'imposer en 4 sets. Même si Guido Pella n'est pas un pur spécialiste du dur, l'Argentin reste un joueur très difficile à manoeuvrer, bien installé dans le top 25 mondial et hauteur d'une saison 2019 qui lui a vu une place de choix de votre classement des révélations de la saison. Avec seulement 10 matches en Grand Chelem au compteur, évidemment, Grégoire Barrère présente un déficit d'expérience dans cette confrontation qui justifie le statut de favori de Pella. Mais pour autant, le Français n'a-t-il pas les capacités de créer la surprise et s'offrir son premier 3ème tour en Majeur ?

L'analyse de Rodolphe Gilbert : "Grégoire s'est sorti d'une situation très mal embarquée mais il a réussi à arracher le deuxième et relancer totalement le match. Safwat a eu une balle de 2 sets partout donc ça a été un match apre et disputé. Il a beaucoup puisé nerveusement et physiquement. Cela pourrait avoir son importance au moment d'affronter Pella qui est aussi un joueur accrocheur, extrêmement solide sur toutes les surfaces. Le fait qu'il soit gaucher n'est pas forcément un problème pour Grégoire qui a un magnifique revers à deux mains. Il retourne bien et il peut contrer l'Argentin. Il faudra avant tout qu'il récupère mais il a des armes pour embêter Pella s'il est à 100%. Grégoire joue vite mais pour pouvoir jouer vite, il faut être à 100% et reposé. Il n'a pas encore une expérience de dingue le circuit et une habitude de jouer des matches en 3 sets gagnants tous les deux jours. D'ailleurs, c'est pas un hasard s'il a perdu trois fois au 2ème tour sur ses trois derniers Grands Chelems. Mais je ne doute pas qu'il puisse rivaliser sur la première partie du match. Le tennis n'est jamais écrit à l'avance, on l'a d'ailleurs vu sur son premier match. Il aurait pu passer à la trappe alors qu'il était largement favori. Cette fois, c'est son adversaire qui est favori et ça sera à lui d'aller chercher l'exploit. Il a passé un tour dans les 4 Grands Chelems, c'est pas rien. Je crois vraiment Grégoire aujourd'hui capable d'aller battre un joueur comme Pella. Il a des armes à faire valoir mais cela, il devra jouer son meilleur tennis. C'est logique de voir Pella favori par rapport à sa régularité affichée depuis un an. En 5 sets, il faut vraiment faire un très grand match pour battre Pella quand on n'est pas un top player. Je suis d'accord avec les cotes même si j'aurais peut-être laissé Grégoire autour de 2,80 comme il était à la sortie des cotes."

La statistique à retenir :
Grégoire Barrère n'a battu qu'un seul membre du top 50 mondial dans sa carrière (Hubert Hurkacz à Metz) pour 13 défaites.