Battu déjà deux fois en finale de Roland Garros par Rafael Nadal, Dominic Thiem se voit offrir une troisième opportunité de face au Big Three en finale d'un Grand Chelem. Evidemment le Serbe est donné largement favori de cette finale. Mais pour autant, parviendra-t-il à se défaire de l'Autrichien, qui reste sur une série de 23 victoires pour 6 défaite sur dur dont 7 victoires pour 2 défaites face au top 10.

Pourquoi l'exploit serait-il immense ?

D'abord parce que le Big Three a remporté 53 des 61 derniers Grands Chelems. Novak Djokovic chasse les 20 titres de Roger Federer. Il compte bien empocher son 17ème sacre ce dimanche à seulement 32 ans. Melbourne Park est le jardin du Serbe qui vise un 8ème titre mais surtout où il n'a jamais perdu à partir des demi-finales. Sur ses 15 participations, il a atteint 7 fois le dernier carré. Les 7 fois, il a remporté le titre... L'Autrichien a prouvé au dernier Masters qu'il était capable de battre le Serbe mais dans un match en 3 sets gagnants, la tâche se complique surtout qu'il a passé presque 5h55 de plus sur les courts que Djokovic depuis le début du tournoi, l'équivalent de deux matches. On sait que physiquement, Thiem est peut-être le joueur le plus solide et résistant mais comment va-t-il digérer ses deux derniers matches face à Nadal (4h15) et Zverev (3h35) avec un jour de récupération en moins puisque Djokovic a joué jeudi sa demi-finale.

Sur les 10 dernières éditions, lorsque le favori de la finale a joué le jeudi et son adversaire le vendredi, il n'y a jamais eu de surprises. Le cas s'est présenté à trois reprises en 2016, 2013 et 2011, avec trois victoires de Djokovic face à Murray en finale qui avait lutté pendant 4 ou 5 sets en demi-finale le vendredi dans les trois cas.

Dominic Thiem a bien conscience de l'immense défi qui l'attend : "Avec l'adrénaline, ça ira. J'ai joué deux matches très intenses, c'est évident que je vais commencer à le sentir physiquement. Mais j'ai bien récupéré, mes kinés ont fait du bon travail et je serai à 100% dimanche. Certes j'ai remporté 4 de nos 5 derniers matches face à Djoko mais cela ne veut rien dire. C'est un tout autre contexte ici. Il a toujours joué son meilleur tennis à l'Open d'Australie et cela dure depuis des années. Je m'attends à un gros match de sa part évidemment. Tout ce que j'ai à faire et de faire le mieux que je peux, jouer mon meilleur tennis encore une fois et avoir en tête les derniers matches que j'ai gagnés face à lui en essayant de répéter les plans de jeu qui ont fonctionné."

Novak Djokovic se présente sur cette finale en ayant perdu seulement un set. C'est sa qualité de service qui a frappé les esprits surtout. Depuis le début de saison, le Serbe a nettement amélioré son service après 92% de ses mises en jeu remportées et plus de 75% de réussite sur sa première balle. En retour, il est toujours aussi agressif et performant (31,3% de breaks). Mais historiquement, c'est à Melbourne qu'il parvient le mieux à prendre le service de ses adversaires (36,5%) malgré des conditions de jeu rapides.

Pourquoi a-t-il ses chances ?

Son bilan face au Big Three est assez impressionnant depuis un an. Il a battu les trois légendes sur terre et sur dur. L'Autrichien n'a jamais été historiquement un joueur de dur jusqu'à cette défaite en quarts de finale de l'US Open en 2018 face à Nadal. Battu en 5 sets par l'Espagnol, Thiem était à deux points du match. Depuis, il n'a fait que progresser mois après mois sans interruption. D'abord titré pour la première fois en indoor à St-Petersbourg trois semaines plus tard suivi d'une demi-finale à Bercy où il n'avait encore jamais atteint les quarts. Sorti dès le deuxième tour à Melbourne par forfait, il remporte en mars 2019 son premier Masters 1000 sur dur en extérieur alors qu'il n'avait jamais réussi à faire mieux qu'un quart de finale auparavant. Un titre qui aurait pu être considéré comme un accident sauf que ses deux titres à Pekin et Vienne à l'automne ne laissaient plus planer aucun doute : Dominic Thiem était désormais un joueur tout aussi talentueux sur terre que sur dur. A part sa victoire sur Federer en finale à Indian Wells, il manquait encore à l'Autrichien de s'élever au niveau du Big Three sur cette surface : 1 victoire pour 6 défaites. Le Masters de Londres était l'occasion rêvée pour s'évaluer avant de démarrer une saison 2020 avec de nouveaux objectifs. Deux victoires face à Federer et Djokovic en poule puis une finale perdue au jeu décisif du 3ème set face à Tsitsipas : Thiem prouvait qu'il était capable de battre les meilleurs. Restait deux cases à cocher : battre un Big Three sur dur en Grand Chelem et atteindre une finale sur dur en Grand Chelem. Il n'aura pas attendu bien longtemps : "Je dois continuer à maintenir ce bon équilibre entre mon jeu d'attaque et mon jeu de défense. Je dois prendre des risques dans mes frappes mais pas trop non plus bien sûr. La marge est infime. Au dernier match contre lui, j'ai joué un tennis parfait à Londres. Il est évidemment favori, il a gagné 7 titres ici et n'a jamais perdu en finale mais je me sens bien, je joue très bien et je vais essayer dimanche d'être à mon meilleur."

Novak Djokovic se méfie en tout cas de l'Autrichien : "Dominic m'a battu lors du dernier match à Londres même si ce fut très serré. Il a joué un match terrifiant face à Nadal en quarts. Je l'ai vu. C'est définitivement l'un des 4 meilleurs joueurs du monde. Il mérite sa place ici en finale. Il a vraiment amélioré son jeu sur dur parce qu'avant, il était plus à l'aise sur les surfaces lentes."

Thiem

Pour l'instant, aucun joueur né dans les années 90 n'a remporté un Grand Chelem. Ils ne sont que trois à avoir tenté leur chance avec Milos Raonic (battu en finale à Wimbledon en 2016) et Daniil Medvedev au dernier US Open. Mais avec une 3ème finale, il commence à accumuler un peu d'expérience. Avant son titre à l'US Open 2012, Andy Murray avait perdu 4 fois en finale. C'est le prix à payer pour se faire une place au plus haut niveau mais pour Djokovic, son adversaire a les armes pour remporter son premier Majeur : "C'est juste l'histoire d'un match et il peut tout à fait remporter un Grand Chelem maintenant qu'il a prouvé qu'il pouvait se mesurer avec le top 3 mondial. Il a définitivement le niveau de jeu pour gagner ce titre. Et il a l'expérience désormais. Il est puissant et ses résultats parlent d'eux-même." De son côté, Dominic Thiem croit évidemment en ses chances : "Nous les jeunes avons joué beaucoup de fois le Big Three. Et on commence à gagner de plus en plus de matches. Moi, je les ai tous battu depuis un an mais dimanche, ça sera un autre match, un autre contexte. Rafa a gagné 12 fois Paris et Nole déjà 7 fois ici. C'est hallucinant. Mais je commence à avoir une petite expérience des finales et je vais essayer de continuer à progresser et faire mieux cette fois. Sur ce match, j'arrive avec beaucoup de confiance et je pense réellement que je peux maintenir mon niveau des deux derniers matches. Mon titre à Indian Wells m'a fait réaliser de quoi j'étais capable et cela m'a donné beaucoup de confiance sur dur. J'ai confirmé en indoor et en Asie. Il faut que je poursuive. J'ai vraiment changé mon jeu dans la bonne direction. Je suis beaucoup plus agressif, je sers avec beaucoup plus d'intelligence et je retourne mieux aussi. Je me suis dit en arrivant ici que si je pouvais battre les meilleurs joueurs du monde au Masters, je pouvais le refaire à l'Open d'Australie. Et maintenant, je sais que je peux très bien jouer sur les surfaces rapides."

Contrairement aux quarts et aux demies, la météo sera bien plus clémente avec une chute des températures. On notera une perte de 15 degrés. Les conditions de jeu seront donc plus lentes. Cela n'handicapera pas le Serbe, capable de briller sur toutes les surfaces et toutes les conditions de jeu mais pour Thiem, cela ne sera forcément pas pour lui déplaire.