Dans cette deuxième partie de notre enquête, petit zoom sur les 3 têtes de proues du tennis indien aujourd'hui sur le circuit , aujourd'hui bien calés dans les 200 premiers mondiaux et engagés cette semaine sur le tournois de Pune mais Nagal a perdu au premier tour face à Troicki ainsi que Ramanathan battu par l'Italien Caruso.

Prajnesh Gunneswaran, 30 ans, 123ème joueur mondial

Actuellement le meilleur Indien au classement ATP, Prajnesh Gunneswaran a réalisé sa meilleure période entre fin 2018 et le début 2019, ce qui lui a permis d'atteindre la 75ème place mondiale, son meilleur classement à ce jour. Et pourtant, l'Indien a failli quitter le tennis à cause de fractures de stress au genou qu'il contractait régulièrement entre 2010 et 2014.

Ne pouvant s'entrainer normalement, l'indien a peu joué en tournoi pendant cette période, n'ayant pas de classement avant juin 2015.

Le soutien inconditionnel de sa famille (moral et sans aucun doute financier) et un changement de son programme de préparation physique lui a permis de se débarrasser peu à peu de ses problèmes et de devenir de plus en plus compétitif. "C'est un joueur plutôt complet mais un peu limité, indique AFZ, grand connaisseur du tennis spécialisé dans les paris sportifs et suiveur du circuit challenger. Son déplacement n'est vraiment pas optimal. Il a un peu surperformé en début d'année dernière, il me parait un peu juste pour se maintenir durablement dans le top 100." L'Indien est en tout cas conscient des progrès qu'il a effectués et qu'il doit encore accomplir.

"Je joue de manière plus agressive, j'ai travaillé mes retours de service, ma forme physique et mon mental, cela m'a beaucoup aidé à atteindre ce niveau, avouait-il fin 2018. Auparavant, j'avais l'habitude de jouer beaucoup de rallyes et ça me prenait beaucoup d'énergie. Cela n'est pas une bonne manière de jouer pour moi. Mon jeu de transition n'est pas très bon. J'avais pour habitude d'user du chip de coup droit au retour, donc je démarrais le point de manière défensive. Je ne faisais pas assez d'aces comparés aux joueurs de ma taille. J'ai fait quelques progrès dans ces domaines[1]. Malheureusement, les problèmes physiques ne sont jamais loin dans la carrière de Prajnesh Gunneswaran. Plusieurs blessures successives ont entaché sa seconde moitié de sa saison 2019 et le joueur a fini par sortir du top 100. « C’était une année mitigée pour moi, a-t-il indiqué le 30 janvier dernier. J’ai fait les tableaux principaux des Grand Chelems mais je n’ai pas passé un tour, la qualité de mes adversaires ne m’a pas facilité la tâche. J’ai eu des blessures au mauvais moment ce qui ne m’a pas permis de monter plus haut au classement. Quelques semaines avant Roland Garros, j’ai eu des problèmes à l’épaule qui ne m’ont pas permis de m’entrainer suffisamment. Contre Medvedev à l’US Open, je me suis tourné la cheville dans le premier set, ce qui a affecté ma capacité de déplacement. » Malheureusement, ce ne fut pas tout. Soucieux de défendre ses points au classement, l’Indien n’a fait qu’aggraver la situation, avec une tendinite au poignet qu’il a trainée jusqu’à l’Open d’Australie. « J’ai joué avec ces blessures pour maintenir mon classement. Mais je n’ai fait que créer de nouvelles blessures, qui ont accentué les douleurs que je ressens ». Après un séjour en Allemagne pour des stages de physiothérapie, le joueur dit se sentir mieux. « Mon épaule n’est pas encore guérie à 100% mais le poignet est quasiment soigné. Je me sens beaucoup mieux qu’en Australie. » Arrivant à Pune avec beaucoup d’incertitudes, le joueur ne désespère pas de participer aux Jeux Olympiques malgré la tâche difficile qui l’attend compte tenu de son classement et de ces pépins physiques.

Sumit Nagal – 22 ans, 131eme joueur mondial

Fanatique de cricket depuis sa jeunesse comme beaucoup de ses jeunes compatriotes, Sumit Nagal ne se prédestinait pas au tennis. C'est son père qui lui a mis une raquette dans les mains juste avant ces 8 ans. Avant de rentrer sur un court pour la première fois, il ne connaissait même pas le tennis. De fil en aiguille, il se prend au jeu et fini par être repéré en 2008 par Mahesh Bhupathi pour son projet "Apollo Mission 2018". Celui-ci n'a pas fait long feu, mais l'illustre joueur n'a jamais lâché le jeune indien. "Je n'ai pas assez de mots pour lui, avoue-t-il. Il est là dans les bons et les mauvais moments. Depuis que j'ai 10 ans, il m'a aidé plus que n'importe qui d'autre. C'est un mentor pour moi, à n'importe quel moment, il est là pour moi." [2]

Malgré ce soutien, le début de la carrière professionnelle de Sumit Nagal ne fut pas de tout repos, notamment sur le plan financier. Aidé par une fondation indienne qui soutient les sportifs de haut niveau, il a avoué n'avoir eu que 6 euros en poche en début d'année 2019 après avoir voyagé du Canada vers l'Allemagne pour un tournoi[3]. Mais les choses se sont améliorées et l'Indien a réalisé une saison très prometteuse, devenant même le premier indien à gagner un tournoi challenger en Amérique du Sud (Buenos Aires en septembre 2019). "C'est un pur joueur de terre battue, il n'y a que sur cette surface qu'il peut vraiment faire quelques performances, indique AFZ, Son service est aujourd'hui clairement son point faible." Malgré son appétence pour l'ocre, Sumit Nagal a attiré l'attention sur lui après avoir pris un set à Roger Federer à l'US Open 2019. Le Suisse n'a d'ailleurs pas tarit d'éloge sur lui après leur rencontre : “Je pense qu'il sait ce qu'il peut apporter. C'est pour cela que je le vois faire une carrière solide. Bien sûr, ce n'est pas un jeu avec beaucoup de surprises. Mais il est très consistent. Il se déplace bien, il tourne très bien autour de la balle. Un pur joueur de terre battue dans l'esprit. C'est la surface où il a joué le plus de matchs cette année d'ailleurs. Ce n'est jamais facile de jouer son meilleur tennis sur ces matchs-là. Même si c'est le genre de choses que tu as attendu toute ta vie. C'est pour cela que je trouve qu'il a été très bien aujourd'hui”.

Après des débuts mouvementés en équipe nationale (il s'est fait virer d'un rassemblement après avoir raté un entrainement à cause d'une gueule de bois contractée après avoir vidé le mini-bar de sa chambre d’hôtel la nuit d'avant[4]), il a vocation à devenir un des leaders de l'Inde en Coupe Davis qui affrontera la Croatie en barrage en mars 2020.

Ramkumar Ramanathan, 25 ans, 185eme mondial

« Ram a un jeu phénoménal. Son service est énorme, son second service est brillant. Bon coup droit, bon revers derrière la ligne, techniquement il est très solide ». Leandor Paes ne tarit pas d’éloge sur Ramkumar Ramanathan, avec qui il s’entraine régulièrement. Un jugement qu’il convient de tempérer. "C'est un bon joueur de gazon, à l'ancienne. Il a une très bonne première balle, aime bien jouer vers l'avant en faisant du service volée, indique AFZ. Mais il est par contre très limité dans les échanges." C'est en effet sur herbe que l'Indien a réalisé ses meilleures performances sur le circuit ATP. En 2017, il sort Dominic Thiem au 2ème tour du tournoi d'Antalya, une performance notable, même si ce dernier ne jouait pas avec une intensité maximale. En 2018, il se hisse en finale du tournoi de Newport, s'inclinant contre Steve Johnson après un match disputé. Tirant parti de ses qualités sur cette surface, Ramkumar Ramanathan est conscient qu’il doit travailler sur les autres surfaces pour que son jeu offensif y soit aussi efficace. « Mon style de jeu marche bien pour moi. Lorsque j’ai envie de monter, j’y vais. Sinon, je reste en arrière. Je peux rester en arrière et frapper, ce n’est pas comme si je ne pouvais jouer en fond de court. C’est un mix, il faut trouver le bon dosage et j’y travaille, admet-il fin 2018. Je dois également bosser sur les autres aspects de mon jeu, comme le retour de service et ma récupération.[5]»

Toujours très motivé à l'idée de jouer dans son pays, il a été en finale de la version challenger du tournoi de Pune en fin d'année dernière (perdu contre James Duckworth).


[1]https://sportstar.thehindu.com/tennis/prajnesh-gunneswaran-journey-india-top-ranked-tennis-player-bengaluru-open-denis-shapovalov/article25540280.ece

[2]https://www.olympicchannel.com/en/stories/features/detail/india-tennis-sumit-nagal/

[3]https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Articles_de_tennis/2961/sumit-nagal-je-n-avais-que-six-dollars-dans-mon-portefeuille/

[4]https://www.deccanchronicle.com/sports/tennis/170117/sumit-nagal-finished-mini-bar-in-his-hotel-room-dropped-from-india-davis-cup-team.html

[5] https://scroll.in/field/905585/after-a-mixed-bag-2018-ramkumar-ramanathan-aims-for-grand-slams-main-draw-singles-title-in-2019