Ce dimanche, il y en aura pour tous les goûts. Trois finales, trois ambiances, deux sur dur, l’une sous la chaleur de Pune, l’autre sous le toit de l’Arena de Montpellier, et la troisième enfin sur la terre battue de Cordoba. Les trois finales offrent des enjeux, des perspectives et des oppositions totalement différentes. On suivra particulièrement celle de Montpellier où Gaël Monfils va tenter de remporter son 3ème titre en carrière.

Open Sud : avantage Monfils ?

A Montpellier, c’est la France qui gagne ! En tout cas presque toujours. Lors des 9 premières éditions du tournoi, le public héraultais a vu à 7 reprises un tricolore s’imposer. Dans l’ordre du plus grand nombre de titres, Richard Gasquet (3), Gaël Monfils (2), Jo-Wilfried Tsonga et Lucas Pouille (1). Ca tombe bien, le Francilien se retrouve encore une fois en finale – sa 4ème dans la Sud de France Arena puisqu’il avait perdu à ce stade de la compétition en 2012 contre Tomas Berdych. Son adversaire ? Vasek Pospisil, modeste 132ème mondial. On ne va pas se mentir, sur le papier, le Français part largement favori, encore faut-il le confirmer sur le court. D’ailleurs, les bookmakers ne s’y trompent pas et donnent logiquement 70% de chances à Monfils de soulever un 3ème trophée à Montpellier. 

Difficile de ne pas être sur la même longueur d’onde. D’abord, les confrontations sont pleinement à l’avantage de Gaël Monfils, reçu cinq sur cinq. Dans le détail, toutes des oppositions sur dur, trois en extérieur (Masters 1000 de Shanghai en 2013, Masters 1000 du Canada en 2016 et Jeux Olympiques de Rio cette même année) et deux en « indoor » (Coupe Davis à Vancouver en 2012 et Anvers en 2018). A chaque fois le même scénario, des succès en 2 manches. Ensuite, le classement de Gaël Monfils, 9ème mondial, ainsi que ses dernières performances (quart à l’US Open et 8ème de finale à l’Open d’Australie) en font le prétendant numéro un au titre. Même s’il possède un bilan médiocre en finale (8 victoires pour 21 défaites), le Français a beaucoup plus l’habitude que son adversaire (une seule finale, perdue à Washington en 2014) de disputer des rencontres avec ce type d’enjeu. 

Le retour en grâce du Canadien

Autre argument, la solidité affichée par Gaël Monfils sur le court Patrice Dominguez. Après un premier match compliqué face à Adrian Mannarino, il a ensuite assuré contre Norbert Gombos et Filip Krajinovic en écartant au total 8 balles de break sur 9 concédées. Il n’empêche, c’est bien le Canadien qui a été le joueur le plus époustouflant depuis le début de la semaine. Des succès de prestige contre le Slovène Aljaz Bedene (N°51), son compatriote Denis Shapovalov (N°16), Richard Gasquet (N°51) – certes sur abandon – et David Goffin (N°10), en voilà une belle moisson ! Seul le Belge a d’ailleurs réussi à prendre le service de Pospisil, très performant derrière ses mises en jeu. 

Ce joli parcours permet au Canadien d’effectuer un retour au premier plan. Ancien 25ème mondial, Pospisil n’a débuté la saison 2019 qu’en juillet à Wimbledon, après avoir été opéré d’une hernie discale. D’où le classement protégé qu’il utilise à Montpellier, lui qui pointait au 75ème rang à l’issue de l’année 2018. Petit à petit, il est parvenu à retrouver un bon niveau, en atteste ses 2 titres en Challenger en octobre et en novembre et quelques performances de qualité en Coupe Davis, contre Fabio Fognini, Reilly Opelka et John Millman, tous dominés par la puissance et la fougue du Canadien. De là à l’imaginer faire tomber Gaël Monfils, si à l’aise en défense et pour faire déjouer ses adversaires, c’est loin d’être évident…   

L’œil de Rodolphe Gilbert : « Gaël Monfis est clairement le favori  de cette finale de Montpellier. Il a obtenu des résultats assez convaincants depuis le début de l’année. Comme d’habitude sur dur « indoor », il est présent, et dans ce genre de tournoi, les ATP 250, il est régulièrement en finale. Lui est TOP 10, bien loin devant Vasek Pospisil. Mais attention tout de même, car le Canadien, N°132, ne se situe pas à sa réelle place dans le classement mondial. Son niveau pratiqué depuis 4 mois est bien au-dessus de ce rang. Il a été assez impressionnant cette semaine avec des succès face à Denis Shapovalov et David Goffin. C’est un joueur qui a connu beaucoup de blessures et qui a beaucoup chuté dans la hiérarchie. Il a dû repartir de très bas et il est revenu à bon niveau, dès la fin de la saison dernière à Madrid en Coupe Davis. C’est un vrai attaquant et les conditions de jeu lui conviennent bien. Pour s’imposer face à Monfils, Pospisil devra d’abord avoir la capacité de tenir l’échange quand il ne pourra pas le dicter, puis il devra profiter de la moindre ouverture pour aller de l’avant. Il sert très bien et dispose d’une bonne volée. Mais le Français sert lui aussi très bien et réussi souvent à faire jouer un coup de plus à l’adversaire. Se pose aussi la question de la récupération du Canadien après sa victoire sur le fil contre David Goffin. C’est donc un match moins facile que prévu sur le papier pour Gaël Monfils, mais je pense néanmoins que le tricolore va aller chercher la victoire. »

Pune : un duel de serveurs

C’est une finale surprise qui attend les Punekaris (le nom des habitants de Pune). D’un côté du filet, une tête de série, mais la moins élevée du tableau, la N°8. Il s’agit d’Egor Gerasimov, modeste 90ème à l’ATP. De l’autre côté, un joueur qui ne fait même pas partie du TOP 100, Jiri Vesely, classé au 107ème rang. D’évidence, on attendait Benoit Paire à ce rendez-vous, puisque le Français, 19ème, était le seul tennisman du plateau à faire partie des 50 meilleurs mondiaux. Mais l’Italien Roberto Marcora est passé par là et a fait chuter l’Avignonnais… Ce n’est donc pas une surprise, cette fois-ci, de constater que celui qui remportera le trophée sera le vainqueur le plus mal classé à glaner un titre sur le circuit principal depuis Feliciano Lopez (N°113) au Queen’s en juin dernier.

Les deux joueurs présentent des profils similaires. Grands – 1 m 98 pour le Tchèque, 1 m 96 pour le Biélorusse -, puissants et disposant d’un énorme service. Sur le plan statistique, ils ont tous les deux excellé dans ce domaine durant la semaine. Plus de 80% des points remportés derrière leur première balle, 68 aces pour Vesely (avec une pointe à 28 contre Ricardas Berankis), 48 pour Gerasimov, le tout en 4 rencontres. Leur parcours est également identique : 2 manches perdues, une contre Ilya Ivashka et une face au Lithuanien pour le Tchèque, une contre Nikola Milojevic et une face à Soonwoo Kwon pour Gerasimov. Une différence notable néanmoins, le Tchèque est un miraculé dans ce tournoi, puisqu’il a écarté 2 balles de match en quart contre le Biélorusse et 4 supplémentaires face à Berankis en demie. Dans les deux cas, il est parvenu à s’imposer in extremis dans le jeu décisif de la 3ème manche (13/11 puis 9/7). 

L’expérience pour Vesely

Après être passé si près de la sortie, on peut imaginer le sentiment d’invincibilité qui doit habiter Jiri Vesely. Ancien 35ème mondial, le Tchèque a aussi l’avantage d’avoir déjà connu la pression d’une finale. C’est la 3èmede sa carrière, pour un bilan équilibré, un titre à Auckland en 2015 (contre Adrian Mannarino) et une perdue à Bucarest la même année (face à Guillermo Garcia-Lopez). Tombeur de Novak Djokovic (à Monte-Carlo en 2016), de Dominic Thiem (à Wimbledon en 2016) et d’Alexander Zverev (encore à Wimbledon mais en 2019), Vesely a montré qu’il avait le mental nécessaire pour gérer des matchs décisifs. 

C’est forcément moins le cas pour Egor Gerasimov. Le Biélorusse n’a jamais été mieux classé – il connaîtra donc son meilleur classement à l’issue de la rencontre – et n’a encore jamais joué une finale sur le circuit principal. Face à James Duckworth, il jouait sa deuxième demie en carrière, après celle perdue à Saint-Pétersbourg en fin d’année dernière contre Daniil Medvedev. C’est vrai, lors des derniers mois, Gerasimov a joué un tennis supérieur à celui de Vesely. Alors que le Tchèque se débattait dans les tournois Challenger – avec un titre néanmoins en octobre –, le Biélorusse a réalisé quelques performances de choix – des victoires en septembre contre Matteo Berrettini à Saint-Pétersbourg et face John Isner à Chengdu, et un succès en janvier contre Casper Ruud à l’Open d’Australie. Toutefois, si les bookmakers donnent un petit avantage à Gerasimov (60/40), qui a d’ailleurs remporté la première confrontation entre les deux hommes (en qualifications à Dubaï en 2019), il ne serait pas surprenant de voir Vesely profiter de son background pour s’imposer.       

L’œil de Florent Serra : « C’est une opposition intéressante. Ils ont à peu près le même style de jeu, deux grands gabarits qui possèdent un gros service et qui attaquent fort. En revanche, au niveau de l’expérience, Jiri Vesely est au-dessus. Le Tchèque compte déjà un titre à son actif. Il a battu Ricardas Berankis au jeu décisif du 3ème set, c’est bon signe. S’il a bien récupéré physiquement, il devrait s’imposer. Il est gaucher, il sert bien, il sera sans doute plus régulier qu’Egor Gerasimov qui a un tennis moins mature, plus « fou-fou ». Or cela pourrait jouer un rôle dans une finale. La filière de jeu sera rapide et courte, et forcément le service des deux joueurs sera déterminant. Je ne serai pas étonné qu’ils se tiennent jusqu’au tie-break, et que Vesely fasse la différence grâce à son expérience. Le Tchèque a aussi la capacité de bien relancer sur les secondes balles adverses et pourra ainsi faire douter le Biélorusse. »

Cordoba : Terre de feu

Voilà une finale qui mériterait presque d’être délocalisée. L’affiche entre Diego Schwartzman et Cristian Garin aurait fière allure si elle était jouée au cœur des paysages féériques de la Terre de Feu, cet archipel partagé entre l’Argentine et le Chili, tout au sud de l’Amérique Latine. C’est un doux fantasme et on se contentera, avec plaisir, de Cordoba, première étape de la saison sur terre battue, avant Buenos Aires, Rio et Santiago. Ici, contrairement à Pune et Montpellier, la logique a été implacable, ou presque. L’ultime rencontre du tournoi oppose en effet la tête de série N°1 à la tête de série N°3. Et en demie, la tête de série N°4, Laslo Djere, était toujours présente. Seul manquait à l’appel Guido Pella, tête de série N°2, éliminé dès son entrée en lice par le petit génie français, Corentin Moutet, lui-même battu en quart par l’inattendu slovaque, Andrej Martin, 100ème mondial. 

C’est donc une finale idéale qui attend le public de Cordoba. Tous les ingrédients pour passer un excellent moment sont sur la table, il ne reste plus qu’à cuisiner un bon petit plat. D’abord, il y a un Argentin, et comme Cordoba se situe en Argentine, voilà de quoi mettre une sacrée ambiance dans les tribunes. Ensuite, Diego Schwartzman, N°14 mondial, est un joueur spectaculaire. Petit gabarit, puissant, vif, comme monté sur des ressorts et adepte des « hot shots ». En face, ce n’est pas mal non plus. Cristian Garin, 31ème à l’ATP, est sans doute moins expressif, mais son jeu, musculeux, solide et précis, a de quoi attirer la curiosité. Enfin, la confrontation entre les deux hommes se mue en classique, puisque c’est la 4èmefois qu’ils sont opposés en même pas deux années. C’est le natif de Buenos Aires qui mène 2/1, mais sur l’ocre ils sont à égalité (victoire en Coupe Davis en 2018 pour l’Argentin, succès à Munich en 2019 pour le Chilien). 

Une affaire de spécialistes

Pour parvenir en finale, les deux joueurs ont remporté chacun trois rencontres. Le parcours de Diego Schwartzman est un peu plus significatif : une seule manche perdue (face à Laslo Dejere en demie), deux victoires intéressantes contre des adeptes de la terre battue, Jaume Munar et Albert Ramos-Vinolas, et 13 breaks réalisés en seulement 7 manches disputées, soit quasiment deux de moyenne. Cristian Garin a connu un peu plus de difficultés. Après un succès aisé face au Hongrois Attila Balazs, le Chilien a concédé deux sets, d’abord contre Pablo Cuevas en quart puis face à Andrej Martin en demie. A chaque fois mené au score, il a eu le mérite de trouver les ressources mentales pour revenir et s’imposer. 

De chaque côté du terrain, on trouve un spécialiste. La surface ocre, c’est leur truc depuis qu’ils sont gamins. C’est donc un joli numéro qui attend les spectateurs, à base de rallyes, de lift, de frappes courtes croisées et d’amorties. Certes, tous les deux ont beaucoup progressé sur dur depuis quelques mois. En 2019, Schwartzman s'est imposé à Los Cabos et a atteint les quarts à l’US Open. En 2020, il a seulement buté sur Novak Djokovic à l’Open d’Australie. Garin s’est glissé jusqu’en quart de finale au Masters 1000 de Paris en fin de saison dernière. Il n’empêche, l’Argentin a bel et bien remporté ses deux autres titres (Istanbul et Rio) sur terre et le Chilien ses deux seuls titres (Houston et Munich) sur cette même surface. Puisque c’est pour le moment un tournoi sans grosses surprises, il est logique d’accorder à Diego Schwartzman le statut de favori. Reste au petit argentin à transformer les encouragements de ses compatriotes en pression positive.