Mesdames et Messieurs, si vous n'aimez pas les aces, passez votre chemin ! Voici le tournoi le plus rapide de la saison, une surface qui ressemble à celle de la Laver Cup et qui offre aux meilleurs serveurs du circuit des conditions de jeu idéales pour soigner leurs statistiques au service.

Tournoi historique de la tournée américaine, il a disparu du calendrier en 2004 avant de faire son retour en 2018 à la place du tournoi de Memphis. C'est donc la troisième version "moderne" de ce tournoi organisé dans le Nassau Coliseum, élue meilleure Arena du monde en 1995. Après la première édition 2018, certains joueurs s'étaient plaint de la surface, jugée trop lente pour certains qui venaient chercher à New York une surface indoor capable de correspondre à leurs qualités de serveurs. Les directeurs du tournoi ont vite fait les modifications nécessaires et cela a donné par exemple un match à 81 aces entre Isner et Opelka en 241 points, soit environ 30% d'aces en plus que la moyenne globale des deux joueurs. Mais ce match ne fut pas un cas isolé puisque le seuil des 20 aces fut atteint 10 fois dans le tournoi (à titre de comparaison seulement une fois à Rotterdam la même semaine...).

Ne vous attendez donc pas à des envolées lyriques et des échanges interminables. Et il suffit d'ailleurs de jeter un œil sur le plateau des joueurs pour voir que ceux qui ont préféré partir aux Etats-Unis plutôt qu'à Rotterdam ne l'ont pas fait par hasard mais après une étude très approfondie de la surface new-yorkaise. On y retrouve tout simplement 5 des 6 meilleurs serveurs du monde en activité sur le circuit : Karlovic, Opelka, Isner, Raonic et Anderson. Du très beau monde pour un ATP 250 n'est-ce pas ? Le prize money y est pourtant bien inférieur à d'autres ATP250 comme Doha par exemple.

Il suffit d'observer la liste des 4 finalistes des deux récentes éditions pour comprendre que les serveurs vont manger la plus grosse part du gâteau : Anderson, Querrey, Opelka et Schnur avec en bonus Isner et de nouveau Querrey en demi-finale la saison dernière.

Sur les deux dernières éditions, on a pu voir un fort taux d'outsiders : 33% en 2018 (9 sur 27) et 42% en 2019 (11 sur 26). Et les statistiques en matière de tie-breaks confirment bien une accélération de la surface entre 2018 (au moins un tie-break dans 48% des matches) et 2019 (au moins un tie-break dans 58% des matches).

Si les têtes de série ont plutôt performé en 2018 avec aucune non tête de série en demi-finale, cela a été plus compliqué la saison dernière avec 5 éliminations dès leur entrée en lice sur les 8 engagées. D'ailleurs, les deux finalistes étaient des non têtes de série classées 89ème (Opelka) et 154ème (Schnur).

Difficile cette saison d'imaginer un tel scénario par rapport à la qualité des joueurs engagés malgré les forfaits de Kyrgios, Nishikori et Querrey. Mais attention parce que Edmund, Norrie, Humbert ou encore Kecmanovic seront autant des têtes de série que des proies pour les joueurs mal classés assoiffés de point ATP...

Parmi les joueurs encore en lice en qualifications ce dimanche soir, peu de joueurs sont susceptibles de percer le tableau et réaliser l'exploit d'atteindre une demi-finale. Il n'y en a qu'un seul en la personne de Bernard Tomic, tombeur de Denis Istomin en qualifications ce dimanche soir.

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1er quart de tableau

John Isner (34 ans) a soulevé 13 de ses 15 trophées en carrière sur le sol américain (les 2 autres à Auckland) et 10 de ses 15 titres sur dur. Battu dès son entrée en lice par Albot en 2018, il s'est incliné en demi-finale la saison dernière. Pourtant les conditions indoor rapides de ce tournoi devraient lui permettre de prétendre au titre. Seulement, depuis sa fracture du pied en mars dernier, le géant américain n'est plus le même joueur. Son titre à Newport acquis en juillet n'était qu'un leurre : 13 victoires pour 14 défaites depuis mais seulement une demi-finale à son actif alors qu'il a joué exclusivement sur dur, une surface sur laquelle il n'avait jamais enchaîné 12 tournois sans parvenir à remporter 3 matches d'affilée. Paradoxalement, son bilan en indoor depuis sa demi-finale à Bercy en 2017 est plutôt médiocre : 7 victoires pour 12 défaites. Voilà pourquoi le statut de favori de l'Américain ne semble pas forcément très pertinent.

Pour sortir ce quart de tableau, il devra se défaire d'un autre géant, celui-ci croate. Ivo Karlovic, battu par Querrey en quarts, a été sorti par Albot (décidément encore lui), dès le premier tour l'an passé. A 40 ans, il n'a plus que son service pour s'en sortir. Mais depuis un an, son bilan (35% de victoires) est bien en-dessous de sa moyenne en carrière (52%). Le déclin est en marche. Cela ne lui a pas empêché de sortir Pospisil dès le premier tour de l'Open d'Australie. Sa dernière finale remonte à Pune (également des conditions de jeu rapides faites pour les serveurs) il y a un an.

Parmi les joueurs capables de surprendre les deux plus grands marqueurs d'aces de l'histoire, on pourrait compter sur les deux Américains Sandgren et Johnson. Le premier a de nouveau fait le buzz avec ce parcours incroyable à Melbourne. Mais paradoxalement, il brille assez peu dans les "petits" tournois. Néanmoins, sa qualité de service et sa vitesse de déplacement font de lui un outsider sérieux pour le titre. Beaucoup plus que Steve Johnson en difficulté depuis un an (14 victoires pour 20 défaites). Mais Johnson aime beaucoup jouer aux Etats-Unis, comme la plupart des Américains. Il a disputé ses 4 dernières finales devant ses supporters dont la dernière à Winston Salem en 2018. Son bilan sur dur depuis 2015 aux Etats-Unis (55% de victoires : 50V-40D) est légèrement supérieur à sa moyenne globale sur dur sur la même période (48%). Petit souci pour Steve Johnson, il est absolument incapable de briller en indoor où il reste sur 13 défaites en 15 matches. Et ce n'est pas mieux aux Etats-Unis (5 victoires pour 8 défaites où il n'atteint les quarts de finale que deux fois en 8 tournois (2013 et 2015).

Difficile d'imaginer le Bosnien Dzumhur se dépatouiller de ce quart de tableau avec sa qualité de service plutôt moyenne. Même si la réussite d'Albot a été un contre-exemple sur les deux dernières éditions, Dzumhur a perdu 10 de ses 12 matches en carrière sur dur face aux grands serveurs d'au moins 1m96. Même s'il a montré de belles choses à Montpellier en qualifications puis dans le premier set face à Auger, il sera 100ème mondial ce lundi, bien loin de son meilleur niveau et peu en confiance.

L'Australien Thompson brillait peu en dehors de l'Australie avant 2019. Il a réussi la meilleure saison de sa carrière et pénétré le top 50 pendant quelques semaines. Seulement, son expérience en indoor sur le circuit ATP est proche du néant. Il avait réussi à atteindre les quarts à New York l'année dernière mais Rubin et Eubanks ne sont pas vraiment des références. Et John Isner l'avait facilement dominé (6-4/6-1) comme d'ailleurs à chaque fois depuis le début de sa carrière sur dur qu'il affronte un grand serveur : 0 victoire pour 7 défaites.

Andreas Seppi (35 ans) est toujours un joueur surprenant et imprévisible. Mais il peine désormais à faire mal sur le circuit. Peu à peu, il chute inéxorablement au classement. Il sera 98ème lundi. A part une victoire surprenante 3-0 face à Kecmanovic au 1er tour de l'Open d'Australie, il n'est pas sur une bonne dynamique. Sa finale il y a un an à Sydney est la seule sur le circuit depuis 2015. Il est à 48% de victoires en carrière en indoor et son unique titre sur cette surface remonte à 2012 à Moscou, d'ailleurs là où il avait atteint les demi-finales en octobre dernier.

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2ème quart de tableau

Reilly Opelka est certes la tête de série de ce quart de tableau mais la vraie tête d'affiche est évidemment Kevin Anderson. Le Sud-Africain sort d'une saison quasiment toute blanche en raison d'une blessure au coude puis au genou. Mais il retrouve peu à peu ses sensations sur ce début de saison. C'est sûr que l'Américain sera certainement motivé à l'idée de défendre son unique titre sur le circuit. Cependant, il n'est pas sur une bonne dynamique ces derniers mois. Battu par Koepfer, Millman, Travaglia, Cuevas ou encore Fognini qui n'aime pourtant pas jouer les grands serveurs, l'Américain devra espérer un déclic psychologique sur cette surface si rapide de New York qui lui avait bien convenu la saison passée. Sauf, que cette fois, les cadors seront là pour le freiner dans ses ambitions. Si Anderson parvient à jouer à 100% de ses capacités, il a le palmarès, l'expérience et le talent pour dominer ce quart de tableau. Sinon, Opelka ne devrait pas avoir de difficultés à éliminer les quelques autres candidats qui rêveraient de se payer le tenant du titre.

Nishioka est un joueur très compliqué à jouer de part ses qualités de contre et sa mobilité et même si son service n'est pas son point fort, il a franchi un cap depuis plusieurs mois qui lui a permis de battre sur dur en indoor Gaël Monfils mais aussi Fritz, Feliciano Lopez ou encore Seppi. En 2017 déjà, il s'offrait le scalp de Karlovic à Indian Wells et il avait poussé Isner en 3 sets à Memphis. Méfiance donc à ne pas sous-estimer le Japonais (1m70).

Le Suisse Henri Laaksonen et Cameron Norrie semblent un peu en retrait. Le premier parce qu'il ne compte que 5 victoires en indoor en carrière sur le circuit ATP (Paire, Cecchinato, Dolgopolov, PHM et Ebden). Le second parce qu'il est en perte de vitesse depuis sa demi-finale à Atlanta l'été dernier et surtout parce qu'il n'a jamais performé en indoor (1 victoire en carrière sur le circuit ATP).

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3ème quart de tableau

Ugo Humbert, titré à Auckland en début d'année, n'a pas confirmé à Montpellier, balayé en 2 sets par Feliciano Lopez. Il avait prévu de partir très tôt en Amérique cette saison pour s'acclimater le plus vite possible aux conditions avant les deux Masters 1000 d'Indian Wells et Miami. Le Français va donc se frotter à toute l'armada américaine. Par chance, il tombe dans la partie de tableau la plus abordable sans tête d'affiche ni de joueur au-dessus de la mêlée. Il avait su en profiter parfaitement à Newport pour se glisser en demi-finale. Mais depuis, il a prouvé à Anvers et Auckland qu'il n'avait pas peur des "gros" : Goffin, Pella, Shapovalov, Isner et Paire ont tous mordu la poussière face à la patte gauche et juvenile d'Ugo Humbert (21 ans). Les conditions indoor lui conviennent très bien (3 titres challenger depuis fin 2018) et il aime aussi les conditions rapides.

Pour s'extirper de ce quart de tableau, il devra vaincre quelques américains comme Marcos Giron ou... Jack Sock ! Vous ne rêvez pas, l'ancien vainqueur de Paris Bercy (2017) fait une réapparition sur le circuit... sa première depuis l'US Open. C'est seulement son 4ème match sur le circuit ATP depuis un an. Il est d'ailleurs sorti du classement ATP puisqu'il n'a pas glané un point sur les 52 dernières semaines (9 défaites en 9 matches). C'est sur l'invitation des organisateurs du tournoi qu'il doit sa place dans ce tableau. Une occasion idéale d'effacer plus d'un an d’errements. Pour cela, il devra d'abord dominer son compatriote qu'il va affronter pour la première fois mais plutôt à l'aise en indoor sur le circuit challenger depuis plusieurs mois. Marcos Giron ne compte que 3 victoires sur le circuit mais son nom doit vous dire quelque chose puisqu'il avait fait sensation à Indian Wells en battant Chardy et De Minaur.

Le vrai Américain qui pourrait être un sérieux obstacle pour le Français, c'est Tommy Paul. Tombeur de Dimitrov à Melbourne, il s'est fait un nom sur le circuit à 22 ans. Il est surtout sur une dynamique de victoires incroyables avec 28 victoires pour seulement 6 défaites depuis début août. Il a fait naturellement son entrée dans le top 100 mondial (70ème) mais pourrait bien poursuivre sa route dans le top 50 mondial. Pour cela, il devra dominer une autre étoile montante du circuit, le Serbe Kecmanovic (57ème). L'ancien numéro un mondial junior peine cependant à confirmer les quelques promesses entrevues en 2019. A part son bon parcours à Doha où il atteint les demi-finales (battu par Rublev), Kecmanovic a perdu à 10 reprises en 10 tournois au 1er ou 2ème tour. Et souvent en position de favori (6 fois sur les 10 matches). Il a très peu d'expérience en indoor (seulement 18 matches depuis ses débuts en junior) et les conditions très rapides ne sont pas ultra idéales pour son jeu basé sur le contre.

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4ème quart de tableau

Milos Raonic a montré de très belles choses à l'Open d'Australie. Désormais, il faut pour le Canadien enchaîner les tournois et les victoires sans pépin physique... Ce tournoi de New York est l'occasion parfaite de profiter de sa qualité de service pour emmagasiner de la confiance et du temps de jeu. D'autant plus que sa partie de tableau est largement à sa mesure puisque le seul joueur expérimenté et potentiellement dangereux, Kyle Edmund, est en méforme depuis de longs mois. Le Britannique a chuté de 50 places et se retrouvent désormais 64ème. Néanmoins, sa fin de saison 2019 laisse entrevoir un possible retour cette saison parmi le top 30 avec des victoires en indoor sur Berankis, Schwartzman, Kukushkin, Kohlschreiber et Feliciano.

Sinon, le finaliste de l'an dernier, Brayden Schnur, a été invité par les organisateurs. Mais le Canadien n'a plus gagné un match sur le circuit depuis cette finale. L'Allemand Koepfer qui s'était fait remarqué à l'US Open (4ème tour) reste sur une demi-finale à Dallas mais peu de chance de le voir se projeter en demi-finale.

Reste les deux asiatiques, Ushyiama et Kwon. Si le Japonais n'a plus gagné un match en indoor depuis novembre 2018, ce n'est pas le cas du Sud-Coréen qui se fait une place sur le circuit. Il a notamment battu Gasquet à Anvers mais surtout atteint la finale de Kaohsiung fin 2018 en battant Harris, Schnur et perdant en 3 sets face à Monfils en finale. Son début de saison 2020 est prometteur mais battre Raonic serait un immense exploit pour ce joueur encore inexpérimenté sur le circuit principal.