Cette fois-ci, c’est vraiment parti ! Même si Montpellier ouvrait le bal la semaine précédente, c’est bien à Rotterdam que se déroule le premier grand tournoi « indoor » de la saison. La deuxième plus grande ville des Pays-Bas, aussi l’un des dix ports les plus importants au monde, est effectivement l’hôte de l’une des épreuves les plus prestigieuses du circuit. Pour s’en assurer, commençons par jeter un œil sur le palmarès. Parmi les lauréats, pas moins de 9 anciens numéros un mondiaux (Connors, Borg, Lendl, Edberg, Becker, Kafelnikov, Hewitt, Federer et Murray) : voilà déjà de quoi calmer les plus sceptiques !

Ensuite, attardons-nous un instant sur le cadre, à savoir la Ahoy Rotterdam, une belle et confortable salle omnisport et événementielle de plus de 16 000 places, théâtre de nombreux shows réputés, tel le concours de l’Eurovision en mai prochain. Enfin, relevons que certaines pages de la grande histoire du tennis ont été écrites durant le tournoi néerlandais. En vrac, une alerte à la bombe qui a mis un terme à la finale de 1984 « remportée » alors conjointement par Ivan Lendl et Jimmy Connors, l’abandon de David Goffin en raison d’une blessure à l’œil face à Grigor Dimitrov en 2018, ou encore cette même année, la (re)prise du pouvoir par Roger Federer à la tête de la hiérarchie mondiale, faisant du Suisse alors âgé de 36 ans et 6 mois le plus vieux numéro un depuis la création du classement ATP.  

Abondance de stars…

Bonne nouvelle, la 48ème édition du premier épisode de la série des « ATP 500 » ne fait pas exception à la règle. Richard Krajicek a tout bonnement réussi à attirer la moitié des 30 meilleurs joueurs de la planète, rien que ça ! Dans la hotte cossue du directeur du tournoi, vous pouvez piocher avec délectation quatre TOP 10 (Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas, Gaël Monfils et David Goffin), six TOP 20 (Fabio Fognini, Roberto Bautista-Agut, Andrey Rublev, Denis Shapovalov, Karen Khachanov et Benoit Paire) et cinq TOP 30 (Felix Auger-Aliassime, Grigor Dimitrov, Nikoloz Basilashvili, Hubert Hurkacz et Pablo Carreno-Busta). C’est encore plus fort qu’en 2019 (un TOP 10 et 5 TOP 20), et voilà surtout de quoi attiser la convoitise des suiveurs et des fans, tant la qualité du jeu ainsi que le suspense devraient être au rendez-vous.

Impossible en effet de dégager un favori ultime, même si Medvedev et Tsitsipas sont les deux prétendants qui présentent depuis ces derniers mois les références les plus clinquantes – entre autres, une finale de Grand Chelem (à l’US Open) pour le Russe, un titre au Masters pour le Grec. Pas loin derrière leur nuque, beaucoup de joueurs ont le profil de l’outsider idéal, à commencer par Gaël Monfils, en réussite à Rotterdam puisqu’il en est le tenant du titre et qu’il a également atteint la finale en 2016. Dans cette meute de poursuivants, on trouve aussi David Goffin, finaliste de l’édition 2017, ou encore Andrey Rublev, auteur d’un début de saison tonitruant (2 titres, à Doha puis à Adélaïde, et un 8ème de finale à l’Open d’Australie).

… peut nuire aux plus faibles

Dans ces conditions, difficile pour les autres de se faire une place dans un tableau si rutilant. Les premiers touchés sont logiquement les joueurs locaux. Depuis une vingtaine d’année, le tennis néerlandais est en mauvaise santé. Il faut remonter à 1998 pour trouver une trace du dernier succès d’un autochtone à Rotterdam, l’œuvre de Jan Siemerink, juste après Richard Krajicek, en 1995 et 1997. Aujourd’hui, aucun « dutchman » ne figure dans le TOP 100. Seuls Robin Haase et Tallon Griekspoor, tous les deux invités par l’organisation, émergent à un niveau décent, aux alentours de la 170ème place. Quatre autres Néerlandais ont participé aux qualifications, mais ils ont tous perdu.   

Certes, c’est à Rotterdam que Griekspoor, le plus jeune des deux « Oranje » présent dans ce tableau, est parvenu à remporter ses deux uniques succès en carrière sur le circuit principal, en accomplissant à chaque fois un exploit (une victoire contre Stan Wawrinka en 2018, une autre face à Karen Khachanov en 2019). Mais de là à le voir atteindre le dernier carré, il y a un monde (ou même plusieurs)… Même topo a priori pour les joueurs les moins « flashy » du tableau, qui auront bien du mal à se frayer un chemin jusqu’au podium. Il subsiste une petite chance néanmoins, puisque depuis 4 ans, le public de Rotterdam a été le témoin de nombreuses surprises. Dans l’ordre chronologique, le trophée 2016 pour Martin Klizan – seulement 43ème mondial à l’époque et qui sauvera 8 balles de match lors de son parcours – et une demie pour le qualifié Nicolas Mahut la même année, une demie aussi en 2017 pour un autre qualifié, Pierre-Hugues Herbert, et une demie encore pour le lucky loser Andreas Seppi en 2018. L’espoir fait vivre et comme la devise de la ville de Rotterdam n’est autre que « plus fort par l’effort », sait-on jamais…

Les conditions de jeu, si elles n'ont pas changé depuis les deux dernières saisons, sont plutôt lentes à Rotterdam par rapport aux autres tournois indoor avec un rebond très bas.

1er quart du tableau

C’est bien évidemment Daniil Medvedev, la tête de série N°1, qui domine ce premier quart du tableau. Après une année 2019 éblouissante – 4 titres (Sofia, Masters 1000 de Cincinnati, Saint-Pétersbourg et Masters 1000 de Shanghai) et 5 finales perdues (Brisbane, Barcelone, Washington, Masters 1000 du Canada et US Open) –, le Russe compte bien confirmer en 2020. Battu in extremis à l’ATP Cup (par Novak Djokovic) comme à Melbourne (par Stan Wawrinka), celui qui fêtera son 24ème anniversaire ce mardi devra néanmoins se méfier de son premier adversaire, le Canadien Vasek Pospisil, « spécial exempt » après sa belle finale à Montpellier.  

Le deuxième fer de lance de cette partie de tableau n’est autre que le compatriote et ami de Daniil Medvedev, Andrey Rublev. Lui aussi a fait très fort, sur une plus courte période certes. Depuis le mois de juillet dernier, il affiche un bilan flatteur de 42 victoires pour seulement 12 défaites (et un ratio quasi immaculé en 2020, 11/1). Au passage, 3 titres (Moscou, Doha et Adélaïde), une finale (Hambourg), une demie en Coupe Davis, 4 quarts (Masters 1000 de Cincinnati, Winston-Salem, Saint-Pétersbourg et Vienne) et deux 8ème de finale (US Open et Open d’Australie) – reprenez votre souffle ! – et des succès face à quatre TOP 10 (Thiem, Federer, Tsitsipas et Bautista-Agut) et trois TOP 20 (Basilashvili, Coric et Goffin).

Le Russe, tête de série N°7 et âgé de 22 ans, aura quand même fort à faire d’entrée contre le Géorgien Nikoloz Basilashvili – c’était l’affiche de la finale du tournoi ATP 500 de Hambourg, c’est dire à quel point le niveau est relevé cette année à Rotterdam. Autre joueur à suivre dans ce quart de tableau, Filip Krajinovic. Le Serbe sort d’une demi-finale à Montpellier et a obtenu son meilleur résultat en carrière dans des conditions similaires (une finale au Masters 1000 de Paris).    

2ème quart du tableau

Encore un quart de tableau extrêmement relevé ! Tenant du titre et aussi finaliste à Rotterdam en 2016, Gaël Monfils devrait normalement se hisser au moins jusqu’en quart de finale. Il devra pour cela dominer Joao Sousa au 1er tour, puis Gilles Simon ou le qualifié Mikhail Kukushkin au 2ème tour. Le Français, tête de série N°3, est en forme, puisqu’il vient de glaner à l'Open Sud son 9ème titre en carrière, dont le 6ème en indoor et le 3ème  à Montpellier.   

Le choc du 1er tour oppose incontestablement deux joueurs qui figurent dans cette partie de tableau. D’un côté, Fabio Fognini, tête de série N°5 et 11ème mondial, de l’autre, Karen Khachanov, N°17 à l’ATP et ancien TOP 10. Ce sera la troisième confrontation entre les deux hommes, une victoire pour chacun d’entre eux, à Pékin pour le Russe en 2019, à Shanghai pour l’Italien, l’année dernière aussi. Pas vraiment resplendissants depuis le début de la saison, Fognini (4 victoires pour 4 défaites) et Khachanov (battu au 1er tour à Auckland par John Millman et dominé, certes en demie, par Dusan Lajovic lors de l’ATP Cup) joueront déjà gros sur le plan de la confiance lors de cette rencontre.  

3ème quart du tableau

Les deux têtes de série du troisième quart du tableau ont un profil similaire. David Goffin et Roberto Bautista-Agut partagent grosso modo les mêmes valeurs et le un style de jeu identique. Durs au mal, combatifs, intelligents, excellents contreurs et très bons relanceurs. C’est d’ailleurs sur dur qu’ils ont le mieux concrétisé leurs qualités, 3 titres sur 4 pour le Belge, 7 sur 9 pour l’Espagnol. Tous les deux ont vraiment de quoi aller au bout de ce tournoi, d’autant qu’ils ont signé quelques performances intéressantes depuis le début de saison, un succès sur Rafael Nadal à l’ATP Cup et une demie à Montpellier pour Goffin, un parcours sans faute (6 victoires) pour Bautista-Agut lors de cette même ATP Cup, dont des succès contre Nick Kyrgios et Dusan Lajovic. Attention néanmoins pour l’Espagnol, opposé au 1er tour à joueur particulièrement en forme, le Hongrois Marton Fucsovics, issu des qualifications et tombeur 6-2/6-1 du jeune Australien Popyrin.

Deux (des trois) invités se situent dans cette partie de tableau. D’abord Robin Haase, qui jouera contre David Goffin. Une entrée en matière forcément délicate pour le Néerlandais, redescendu au-delà de la 150ème place mondiale (11 victoires pour 14 défaites depuis un an), lui qui a déjà pointé au 33ème rang. Ensuite, Jannik Sinner, la pépite italienne de 18 ans. S’il a été impressionnant en fin d’année 2019 en remportant le Masters Next Gen et en atteignant le dernier carré à Anvers, il marque un peu le pas en ce début de saison (une seule victoire pour 4 défaites). Son adversaire au 1er tour, Radu Albot, pourrait en profiter. Le Moldave a franchi un pallier depuis maintenant douze mois, avec un titre à Delray Beach, deux demi-finales à Genève et Los Cabos et joli petit parcours au Masters 1000 de Paris. Mais le Moldave aussi est en difficulté depuis la fin de l'été avec seulement 4 victoires pour 11 défaites.

4ème quart du tableau

Le deuxième gros choc du 1er tour se joue dans le quatrième quart du tableau. Il oppose Denis Shapovalov, tête de série N°8, à Grigor Dimitrov, ancien finaliste à Rotterdam (en 2018). L’affiche est alléchante, mais il est bien difficile de savoir qui va en sortir vainqueur tant les deux joueurs alternent le bon et le moins bon depuis quelques semaines. Excellent à Stockholm (titre), au Masters 1000 de Paris (finale), en Coupe Davis (finale encore) et à l’ATP Cup (quart), le Canadien est passé totalement à côté de ces 3 derniers matches à Auckland en quarts, à Melbourne (1er tour) et à Montpellier (dès son entrée en lice). Même combat pour le Bulgare, qui a connu une renaissance à l’US Open (demie) et à l’AccorHotels Arena (demie aussi), avant de flancher à Melbourne (2ème tour) et à Montpellier (dès son entrée en lice).

Le joueur le plus attendu dans cette partie de tableau est Grec. Il s’agit de Stefanos Tsitsipas, impressionnant en fin d’année dernière au Masters (titre), mais qui a déçu au mois de janvier 2020 (élimination dès le 3ème tour de l’Open d’Australie). Son premier match face au solide Hubert Hurkacz, N°29, sera une bonne occasion d’évaluer le niveau actuel de la tête de série N°2 du tournoi. Un dernier match aiguise notre curiosité, celui qui va opposer Benoit Paire à Aljaz Bedene. La 8ème confrontation entre les deux hommes (4/3 pour le Français mais le Slovène a remporté les deux dernières), avec une potentielle odeur de souffre après l’incident du dernier US Open (en fin de rencontre, Paire n’avait pas serré la main de son adversaire, reprochant à Bedene de l’avoir insulté en se cachant la bouche dans sa serviette lors d’un changement de côté).

Quelques statistiques à retenir
30,8% d'outsiders sur l'ensemble du tournoi (93 sur 302) depuis 2010 dont un en 2016 (42%) et 2013 (39%).
Aucun joueur issu des qualifications n'a remporté le tournoi depuis Nicolas Escudé en 2001 mais trois joueurs sont parvenus en demi-finale sur les 10 dernières éditions. Seulement 37,5% se sont imposés au premier tour (18 sur 48).