Ce dimanche, trois joueurs peuvent remporter leur premier tournoi ATP en carrière : Auger-Aliassime, Ruud et Pedro Sousa.

D'abord à Rotterdam, tous les regards seront tournés vers Felix Auger-Aliassime qui va tenter de faire oublier ses 3 défaites en finale en 2019 à Rio, Lyon et Stuttgart. D'ailleurs, il est amusant de remarquer que le jeune Canadien aura disputer une finale sur les 3 surfaces du circuit avant son 20 anniversaire. Il est le premier de l'histoire du tennis...

Face à lui, l'un des meilleurs joueurs du monde sur dur depuis un an. Gaël Monfils est à 76% de victoires depuis un an : 38 victoires pour seulement 12 défaites. Et en indoor, le bilan s'élève à 82% (18 victoires pour 4 défaites). Il vient de remporter les 16 derniers sets qu'il a disputés. Peu importe le style de jeu, la taille, la puissance, la vitesse, le classement : Gaël Monfils roule sur tous ses adversaires avec la même détermination.

Ils ne sont pas que 4 joueurs depuis 1974 à avoir réussi à conserver leur titre : Arthur Ashe, Stefan Edberg, Nicolas Escudé et Robin Soderling. En conservant son titre à Rotterdam, le Français passerait surtout à la 3ème place à la Race. Après 6 semaines de compétition, ce n'est pas un détail.

14 ans séparent Monfils et Auger. Pourtant, beaucoup de choses les rapprochent. Ils servent tous les deux très bien, ils ont une vitesse déplacement latérale et vers l'avant de grande qualité, ils sont puissants du fond du court, ils offrent beaucoup de variations dans leur jeu... Cette finale annonce du grand spectacle tant les deux joueurs ont plutôt très bien joué en demi-finale. Le Canadien, malgré son inexpérience en indoor, a réussi l'exploit de se qualifier pour la finale en écartant du très beau monde (Struff, Dimitrov, Bedene et Carreno). Un parcours impressionnant pour celui qui va devenir ce dimanche, le plus jeune finaliste de l'histoire du tournoi de Rotterdam qui a pourtant vu passer tous les meilleurs joueurs du monde depuis plus de 40 ans.

Initialement équilibrées, les cotes penchent désormais largement en faveur de Monfils mais le Canadien est tout à fait capable de créer la surprise. La mission s'annonce évidemment compliquée par rapport à l'état de forme du Français. Auger-Aliassime ne compte que deux victoires en carrière face à un top 10 (les deux fois contre Tsitsipas) pour 8 défaites.

Voici le portrait de Felix Auger-Aliassime réalisé en décembre dans le cadre des trophées TBN 2019. Le jeune Canadien faisait partie des meilleures révélations de la saison.

Pedro Sousa, le 10ème lucky loser de l'histoire titré ?

Nous aurons forcément un nouveau vainqueur de tournoi sur le circuit ATP ce dimanche à Buenos Aires puisque ni Casper Ruud (1 finale) ni Pedro Sousa (0 finale) n'ont remporté le moindre titre encore sur le circuit principal. Mais il y a un monde d'écart sur le papier entre le Norvégien et le Portugais. A 21 ans, Casper Ruud est à son meilleur classement en carrière (34ème en cas de titre) grâce à un bilan sur terre battue plus qu'honorable : 23 victoires pour 8 défaites. Il n'a vraiment pas eu un parcours facile sur le papier (Andujar, Carballes, Lajovic et Londero) mais il a su parfaitement maîtriser son sujet en ne concédant que trois fois son service sur l'ensemble du tournoi. Une sacrée performance sur une surface lourde, lente et humide qui complique sérieusement la tâche des serveurs. Mais le Norvégien a vraiment énormément progressé au service ces derniers mois. On ne peut que vous inciter à lire, si ce n'est pas déjà fait, le portrait du Norvégien que nous avions réalisé en septembre dernier.

Pedro Sousa (31 ans) de son côté, n'avait remporté que trois petits matches sur le circuit ATP avant ce tournoi de Buenos Aires où il avait initialement perdu en qualifications. Mais le forfait de Garin, titré à Cordoba, a libéré une place dont a pu bénéficier le Portugais (145ème) qui va faire un bond de presque 40 places au classement même en cas de défaite en finale. Neuf joueurs ont déjà remporté un titre sur le circuit ATP en tant que lucky loser. Bon joueur de terre battue, son niveau moyen lui avait surtout permis de briller sur le circuit challenger, la 2ème division du tennis professionnel. Sans les deux invitations reçues en 2018 et 2019 par les organisateurs du tournoi d'Estoril, Pedro Sousa aurait aborder ce tournoi argentin sans la moindre victoire sur le circuit. Le voilà maintenant en finale, un peu à l'image de Juan Ignacio Londero il y a un an à Cordoba qui lui n'avait pas remporté le moindre match ATP.

C'est la seconde fois que les deux joueurs vont s'affronter. La première rencontre remonte à mai 2018 en finale de challenger à Braga. Le Portugais s'était imposé devant ses supporters en 3 sets (6-0/3-6/6-3). Casper Ruud a beaucoup progressé depuis. Pour arriver en finale, Pedro Sousa a eu beaucoup moins à s'employer. Son tableau s'est ouvert comme la Mer Rouge devant Moïse : d'abord Acosta Diaz (471ème), puis Kovalik (129ème), Thiago Monteiro (92ème) et enfin Schwartzman par forfait. Touché à la jambe gauche en quart de finale, il se présente évidemment comme outsider sur cette finale puisque le Norvégien est donné favori à + de 80% : "Je n'ai jamais reçu autant de messages depuis le début de ma carrière. Il était 3h du matin quand j'ai joué mon quart de finale, c'est incroyable de recevoir autant de messages d'amour de mes amis et de tous les Portugais. Cette finale signifie beaucoup pour moi. La saison dernière n'a pas été aussi réussie que j'aurais voulu et j'ai démarré cette nouvelle saison avec quelques problèmes. Mais j'ai bien joué cette semaine et j'ai bénéficié de ce spot de lucky loser, j'ai saisi ma chance et j'essaye de prendre du plaisir à chaque minute que je passe sur les courts. J'espère faire un gros match en finale."

Sur les 10 dernières finales à Buenos Aires, le favori s'est imposé à 7 reprises. Et lorsque le favori était coté en dessous de 1.30, il s'est imposé à 4 reprises pour une seule défaite : Nishikori face à Dolgopolov en 2017.

Avec les gros serveurs présents comme Opelka, Isner, Raonic, Anderson ou Karlovic, peu de gens pouvaient concevoir qu’Andreas Seppi et Kyle Edmund se faufileraient jusqu’en finale. Avec cette finale, les deux joueurs reviennent un peu sur le devant de la scène, puisque le Britannique n’a plus atteint la moindre finale depuis fin 2018 à Anvers (indoor) tandis que l’Italien ne va disputer que sa 2ème finale depuis 2015. Pour arriver jusqu’en finale, les deux joueurs ont su proposer un tennis de qualité, en écartant de leur route des adversaires coriaces dans des matchs pièges, comme c’est le cas d’Edmund qui a su faire déjouer Kwon ou Kecmanovic pendant que Seppi prenait le meilleur sur le Taïwanais Jung, Thompson, Johnson et Dzumhur. Pour les deux joueurs, le dur indoor est une surface où leur bilan est plutôt bon : Seppi affiche 50% de victoires sur cette surface dont un titre (Moscou 2012) et deux finales tandis qu'Edmund affiche 72% de victoires dont un titre à Anvers en 2018 en battant notamment Monfils et Gasquet : "C'est génial de revenir en finale en jouant des bons maches et le tennis que je veux mettre en place. Je prends du plaisir en ce moment et je dois continuer à progresser et apprendre à chaque match."

Les deux joueurs se sont déjà affrontés à cinq reprises, la dernière remonte au début de l’année, c’était à Auckland. Kyle Edmund s’était imposé dans un match accroché 6-4/7-6. Sur leurs cinq duels, Kyle en a gagné 4, toutes sur dur (dont une en indoor), alors que Seppi s'est imposé sur la terre de Monte Carlo en 2018. Sur le plan tactique, les deux joueurs ont un jeu plutôt similaire. Les deux frappent fort, très souvent derrière leur ligne du fond, et ils adoptent un jeu très à plat. Si d’autres brillent par leur technique pure, ce n’est pas le cas des deux finalistes qui sont des adeptes de gros coups de fusils. Kyle Edmund joue très bien des deux côtés, mais ses revers décroisés ou long de ligne sont vraiment à son avantage, cela lui permet de faire beaucoup de coups gagnants. Là où l’Italien est le plus à l’aise, ce sera au service et en coup droit : "Quand vous êtes en finale, vous voulez évidemment gagner le titre. J'aurais une nouvelle opportunité ce dimanche et je vais donner le meilleur de moi-même. Jung arrivait des qualifications et il jouait très bien. Il a un jeu très solide et j'ai joué mon meilleur match de la semaine face à lui. J'ai été costaud du début à la fin sans faire de fautes."

Kyle Edmund est logiquement favori de cet affrontement par rapport son état de forme affiché ces derniers mois. Il a réussi à mettre fin à des mois de galère à Bercy et en Coupe Davis. Il reste donc sur 11 victoires sur ses 15 derniers matches. Sur les deux dernières éditions du tournoi de New-York (en remplacement de Memphis à partir de 2018) , les favoris se sont à chaque fois imposés en finale, mais le faible nombre de tournoi n’apporte aucune certitude. Si Kyle Edmund a très bien joué cette semaine, comme en demi-finale, il peut mettre un peu de temps à rentrer dans le match comme face à Kwon. Ces trous d’airs sont récurrents chez le Britannique et Seppi aura sans nulle doutes des occasions de le mettre en difficulté.

La cote d'Edmund ne se justifie absolument pas. Certes le Britannique joue mieux depuis quelques semaines mais Andreas Seppi a toutes les armes pour le faire déjouer. Malgré les défaites dans les faces-à-faces, l'Italien a souvent fait jeu égal dans le jeu avec son adversaire du jour.

Les avis de la rédaction : over 21,5 jeux dans le match (40%) / Seppi prend au moins un set dans le match (40%) / victoire de Seppi (20%)