Les Brésiliens attendent leur nouveau « Guga ». Triple vainqueur de Roland Garros et ancien numéro un mondial, Kuerten est la tête de gondole d’une génération qui peine à s’imposer. En otage, d’une politique directive, le tennis auriverde souffre d’une méthode de formation peu efficace, d’un soutien économique moindre mais aussi d’un manque de reconnaissance. Pour changer le tir, tournois, associations et joueurs multiplient les actions, pour faire du pays des palmiers, une terre de tennis.

« Le tennis brésilien poursuit sa phase de croissance de façon… cohérente. A l’époque de ma première victoire à Roland-Garros, en 1997, il a connu une explosion incontrôlable. C’est plus mesuré aujourd’hui, mais ça avance. On se développe de façon moins anarchique et c’est de cette façon qu’on va atteindre de meilleurs résultats dans la durée ».
Gustavo Kuerten

Il y a encore quelques années, le tennis au Brésil était pratiqué par l’élite et la classe moyenne. Sans véritable stars, ni fans, la balle jaune n’attirait pas les faveurs du grand public, jusqu’à ce que « Guga » écrive l’histoire. Ses titres Porte d’Auteuil, et sa personnalité attachante, ont élevé le tennis dans une nouvelle ère, à tel point que les plus grands acteurs s’y sont intéressés.

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Roland Garros ouvre le champ des possibles

Les Internationaux de France œuvrent depuis de longues années pour la promotion de la terre battue hors hexagone et dans le monde. Grâce à un travail de profondeur, le French Open s’est placé sur trois pays : la Chine, l’Inde et le Brésil. Doté d’un potentiel économique fort, et d’un tennis qui ne cesse de se professionnaliser, le pays des palmiers bénéficie du programme « Roland Garros Junior Wild-Card ». Une épreuve rassemblant les trois pays « cobayes » du Majeur Français. Le principe est simple, 32 jeunes pousses brésiliennes s’y affrontent dans l’espoir de rejoindre le tableau final du simple junior et l’ocre parisienne.

Mateo Reyes, 156ème joueur mondial junior a été le premier à inscrire son nom à la réussite de ce projet : « Je suis très heureux d’aller à Roland-Garros. J’en rêve depuis mes débuts, et ce rêve va devenir réalité. C’est le tournoi du Grand chelem que je vois le plus souvent à la TV ; et là c’est moi qui vais jouer à Roland-Garros. Je ne pensais pas que cela allait arriver si tôt dans ma carrière ! »

Pas de panique, pour ceux qui ne valident pas leur billet c’est tout simplement Roland Garros qui vient à eux. Le Grand Chelem parisien a labellisé un premier club au Brésil à Belo Horizonte, devenant ainsi une référence sur terre battue. Pour l’occasion, les champions de double Marcelo Melo et Bruno Soares ont fait le déplacement, tout comme Gustavo Kuerten, un des protagonistes clés du projet. Ce n’est que le début, car la FFT prévoit d’étendre son réseau et de devenir le fer de lance de tout un pays.

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Le tennis comme élévateur social

S’immiscer dans les favelas les plus dangereuses du Brésil et en sortir des férus de la balle jaune. Tel est le pari fou que s’est lancé Eduardo Oncins, ancien joueur brésilien. C’est dans le « triangle de la mort », un quartier de Sao Paulo, que le jeune homme a décidé de créer son école de tennis pour tenter d’améliorer le sort de ceux qui y logent.

« L’idée est de les amener à changer de comportement. Les parents nous disent que cela améliore vraiment leur relation avec leurs enfants. Ils se tiennent mieux, sont plus respectueux, réussissent mieux à l’école. On essaie de leur donner des règles, et surtout on leur permet de faire autre chose qu’errer dans la rue. »

Aidé par deux compères, il lance le « Tennis à la cool » : aménager son propre terrain, passer du bon temps, apprendre à jouer mais aussi apprendre à devenir meilleur en tant que personne. Le tennis possède des vertus de courage, partage, respect qu’Eduardo partage à ses « élèves ». Dans un quartier où le taux d’homicides dépasse les 50%, à la surprise générale, les enfants affluent. Le début d’une autre vie que celle à laquelle ils sont destinés.

Un projet coûteux et ambitieux qui n’a pas manqué de faire réagir la planète tennis et les fédérations. Pour l’heure, la fédération internationale de tennis (ITF) a dépensé plus de 10 millions dans l’essor du tennis à travers le monde. Des chiffres qui sont amenés à évoluer tout comme les mœurs.

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Gustavo Kuerten (crédits : ATP Tour)

Peur de quitter le nid

«Il y a beaucoup de pertes, beaucoup de gâchis. Sans parler de tous les talents potentiels qui ne vont même jamais tenir une raquette dans les mains. Nous avons pris la mauvaise habitude au Brésil de perdre des jeunes talents entre 18 et 25 ans.»
Gustavo Kuerten

Ces jeunes talents par manque de moyens, de reconnaissance et d’exemples prennent trop souvent la mauvaise direction… Au Brésil, la formation s’apparente à un chantier en pleine construction. Tout est à faire : la détection des jeunes, leur accompagnement et leur envol. Souvent, les jeunes joueurs ne savent pas à quoi s’attendre une fois lâchés dans le grand bain. Il existe trop peu de tournois au Brésil et en Amérique du Sud, alors pour se confronter aux meilleurs, les jeunes pousses n’ont d’autres choix que de rejoindre l’Europe et ses pépites. C’est là que la plupart explosent. Dans une enclave entre argent et niveau de jeu, beaucoup renoncent et raccrochent définitivement la raquette. Tiago Fernandez, numéro un mondial chez les juniors en a fait les frais. A 20 ans, il a arrêté de jouer au tennis.

Les blocs du tennis brésilien se couplent année après année. Le résultat de joueurs iconiques engagés mais surtout d’une économie à fort potentiel. Bénéficiant d’un cadre de vie séduisant, la terre hostile d’Amérique du Sud est en phase de devenir un rendez-vous annuel du circuit ATP. En atteste l’ATP 500 de Rio, qui en une poignée d’années, est devenu une référence de la tournée internationale. Prochaine étape, l’arrivée du Masters 1000 et d’un nouveau « Guga ».

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