Les qualificatifs manquent pour décrire le niveau de jeu de Gaël Monfils sur ce début de saison mais surtout sa régularité. Il avait déjà par le passé, la saison dernière notamment, réussi quelques bouts de tournois mais depuis le début de sa carrière, il n'avait jamais enchaîné 12 victoires consécutives et encore moins 11 matches sans concéder le moindre set.

Dans cette liste de victimes, on y retrouve des adversaires lambda mais aussi les meilleurs joueurs du moment : Krajinovic, Popisil, Evans ou encore Auger-Aliassime. Alors on sait que le problème de Monfils n'a jamais été de battre les joueurs à sa mesure mais plutôt se mesurer au Big Three contre qui le Français a perdu 40 fois en 46 matches. Le problème se complique encore plus lorsqu'il s'agit de Novak Djokovic : 16 victoires à 0 pour le Serbe. Mais un match sur deux, Monfils est parvenu depuis le début de sa carrière malgré tout à prendre au moins un set au numéro un mondial. La différence s'est fait souvent dans les jeux décisifs, largement à l'avantage de Djokovic (7 à 2). Seulement, même si par le passé, cette phrase a déjà été prononcée sans répercussion visible sur le court, Gaël Monfils n'a jamais été aussi fort qu'aujourd'hui. Au-delà du bilan (16 victoires à 2), du palmarès (2 titres), du classement (3ème mondial à la Race en 2020) et des statistiques (88% de ses jeux remportés et 27% de breaks), c'est dans l'attitude, le comportement et le physique que Gaël Monfils surprend. Il n'avait plus dans sa carrière enchaîné 18 matches avant le 1er mars depuis 2009. Il oscillait entre 7 et 15 matches sur les deux premiers mois de compétition. Il va disputer ce dimanche son 19ème match, battant ainsi son propre record.

Petit problème, Novak Djokovic semble lui aussi dans l'une des meilleures formes de sa vie avec une série tout aussi impressionnante de 16 victoires pour 0 défaite en 2020. Après avoir expédié Jaziri et Kohlschreiber en une heure de jeu à peine, il s'est amusé avec le Russe Karen Khachanov (6-2/6-2) en 1h27. Titré déjà à 4 reprises ici à Dubai, le Serbe s'avance sur cette demi-finale avec beaucoup de confiance : "Je ne sais pas si je joue le meilleur tennis de ma carrière. C'est quand pas rien de dire ça mais c'est vrai que je me sens bien et que je joue très bien. J'adore ces conditions de jeu ici même si avec le vent, ce n'est jamais facile de bien servir et de trouver le rythme. Ce n'était pas un bon jour pour Karen mais j'ai très bien joué et pu éxécuter mon plan de jeu."

Le dernier duel entre les deux joueurs est très récent puisqu'il remonte à l'ATP Cup en janvier. Djokovic avait balayé Monfils en 1h30 (6-3/6-2) mais le score est trompeur. En réalité, Monfils avait perdu ses 3 balles de break concédées sur son service. A l'invers, Djokovic avait sauvé les 9 balles de breaks qu'il avait eues à défendre.

Djokovic et Monfils font partie des meilleurs retourneurs du monde mais le Serbe a breaké 31% des jeux de Monfils lors des 16 précédentes confrontations contre seulement 14% pour le Français. Et comme Djokovic sert encore mieux en 2020 que depuis le début de sa carrière, la tâche s'annonce presque impossible pour Monfils.

Seulement le Français a rarement été aussi régulier et performant au service, en retour. Il ne lâche rien depuis plus de 10 matches, à l'image de Rafa et Djoko. Une série de 11 matches sans encaisser un set démontre qu'il a franchi un cap au niveau mental. Il est capable de se faire violence pour maintenir un niveau d'exigence élevé. Va-t-il réussir à mettre fin à cette double série de 16 défaites face à Djoko qui lui même reste sur 16 victoires sur ce début de saison ?

L'avis de Rodolphe Gilbert : "Les voyants sont au vert pour Gaël avec cette série de victoire. Je le trouve autoritaire mais il s'attaque à ce qui se fait de mieux sur la planète tennis, le numéro un mondial, qui n'a pas perdu un match cette saison. L'idée est d'abord de ne pas passer à côté de son match comme cela est souvent arrivé, il doit déjà parvenir à instaurer un combat. Ca serait exceptionnel qu'il réussisse à battre le Serbe. En tennis, rien n'est pas impossible mais il faut être joueur ou coach pour ressentir cela. Evidemment que le poids du passé risque de peser dans la tête de Gaël mais j'imagine Gaël capable de briser cette série. Il se retrouve dans une position et un état de forme où il n'a jamais été. Dans le contenu des matches, il n'a pas toujours pris des branlées. Je le vois vraiment marquer au moins 8 jeux sur ce match. Je serai extrêmement déçu qu'il passe encore à côté mais au fond de moi, je pense qu'il fera un bon match. Il ne sera pas ridicule loin de là."

L'avis de Florent Serra : "Gaël doit s'inspirer des bons matches qu'il a déjà fait contre Djoko. Tout n'a pas été mauvais dans cette série de 16 défaites, notamment quand il avait réussi à lui prendre un set à l'US. Tactiquement, il doit changer les rythmes, l'agresser et ne surtout pas être attentiste. Le problème c'est que s'il attente la faute de Djoko 4 mètres derrière sa ligne, il n'a aucune chance. Il serait tentant de dire que Gaël n'a aucune chance vu le niveau actuel de Djoko mais on peut aussi se dire que s'il parvient à mettre ses coups de lasso, servir super bien comme il le fait depuis un mois, s'il joue son meilleur tennis et qu'il monte au filet, il a une chance. Je pense que Gaël peut maintenir un très haut niveau sur un moment du match mais il faudra qu'il saisisse les occasions de break, contrairement à l'ATP Cup où il n'en avait converti aucune. On pourrait avoir un match serré. L'exploit est possible mais il faudra un très grand Gaël."

Le pronostic de la rédaction : Gaël Monfils remporte au moins 8 jeux dans le match

En première rotation de ces demi-finales de Dubai aura lieu la rencontre Daniel Evans qui vient de rentrer pour la première fois de sa carrière dans le top 30 mondial (28ème) et qui va disputer sa première demi-finale en carrière sur un ATP500 ; face à Stefanos Tsitsipas (6ème). C'est le premier duel entre les deux hommes. Les deux joueurs réalisent une belle première partie de saison 2020. Après un départ compliqué mais loin d'être honteux (défaites contre Shapovalov, Kyrgios, Raonic et Bedene) en raison de quelques douleurs à l'épaule, le Grec a vite redressé la barre avec un titre à Marseille et trois victoires très convaincantes sur ce tournoi de Dubai. Il vient d’enchaîner sept victoires d’affilés face à Auger, Bublik, Pospisil et Struff notamment. De son côté, Daniel Evans a réussi à battre des joueurs bien meilleurs que lui sur le papier : Goffin, De Minaur, Khachanov, Fognini et pour finir Rublev. La rencontre face au Russe a eu lieu hier et s’est soldée par un succès 2-0, peut-être le plus beau match de la carrière du Britannique. De nouveau, il se présente en position d'outsider face à Tsitsipas. En toute logique par rapport au classement et à la capacité du Grec à élever son niveau de jeu. Contrairement à Rublev, va-t-il réussir à maîtriser ses nerfs, rester patient, contrer ce slice de revers si bien maîtrisé d'Evans ? Depuis le début du tournoi, Evans est passé très prêt de la défaite dans le troisième set face à Herbert, en sauvant plusieurs balles de match. Mais peut-il signer un nouvel exploit face au Grec ? Avec un bilan de 3 victoires pour 11 défaites face au top 10 en carrière, il signerait sa plus grande victoire puisqu'il n'a jamais battu un membre du top 6 encore.

L'avis de Florent Serra : "J'ai commenté la victoire d'Evans hier face à Rublev sur Canal+ International. Je trouve que physiquement, il a encore de la marge. Il donne souvent l'impression d'être à l'agonie mais c'est un jeu, il est tout à fait capable de résister sur ce plan à Tsitsipas. Son souci sera plutôt qu'il risque de manquer de puissance pour battre le Grec. On a vu que Rublev dominait largement le match sur ce plan-là et lorsqu'il a réussi à dominer l'échange sans faire de fautes, Evans n'avait pas les armes pour lutter. Je ne vois pas Tsitsipas se faire embrouiller par la soupe d'Evans comme cela a fonctionné avec Rublev. Tsitsipas varie beaucoup plus que le Russe et au service, il est plus régulier. Rublev a très mal servi, c'est rarement le cas du Grec. Tsitsipas est un niveau au-dessus, il met aussi beaucoup de lift et de poids dans la balle et il va réussir à faire jouer Evans au-dessus de l'épaule en prenant la balle tôt. Tsitsipas n'aime pas qu'on lui rentre dedans mais le style de jeu d'Evans est à l'opposé de celui de Struff et ne devrait pas lui poser des problèmes. Il est assez malin pour ne pas se précipiter, pour attendre et monter au filet au bon moment sur le revers slicé d'Evans. Rublev n'est jamais monté au filet parce qu'il a une mauvaise volée. Ce n'est pas le cas du Grec. Evans joue très bien mais face à ce type de joueurs, on va ressentir une différence de niveau selon moi, surtout que son style de jeu qui peut être une arme contre beaucoup de joueurs, le sera moins face au Grec. Je vois une victoire du Grec sans trop de problèmes."

L'avis de la rédaction : victoire de Tsitsipas