«  Juste après le match, je suis allé dans le petit café de Charlottesville. J'étais assis avec ma mère. Je m'en souviendrai pour le reste de ma vie. J'étais juste en train de tourner les yeux dans le vide. J'étais tellement déçu de moi et embarrassé. Je ne savais pas comment j'allais dépasser ça. Je ne savais même pas comment je pourrai encore jouer au tennis, ce qui est tellement triste. Cela a été difficile. J'ai essayé de prendre cela un moment à la fois, jour après jour.  Ma mère m'a donné beaucoup de force et de courage. [1]»

Jadis élément très prometteur du tennis américain faisant l'objet d'articles de prestigieux journaux tels que le New York Times ou le Telegraph, qui louaient son potentiel, Michael Mmoh a fait le tour des sites d'information tennis, non pour ses bons résultats mais pour cet incident qui s'est produit lors du 1er tourp du Challenger de Charlottesville en octobre dernier.

Frustré par son match contre Darian King, qu'il perdait largement, il s'était laissé aller à jeter violemment sa raquette, celle-ci percutant de plein fouet un juge de ligne. Michael Mmoh eu beau s'affairer autour du malheureux, au sol et manifestement sous le choc,  il fut logiquement disqualifié à cause de son geste inintentionnel,

Nous sommes alors au début du mois de novembre et avec une 278eme place au classement ATP, Michael Mmoh était certainement à ce moment là à son plus bas, sur tous les plans. Il est d'autant plus remarquable qu'il ait su relever la tête aussi rapidement avec un parcours qui le mènera la semaine d'après jusqu'au titre du challenger de Knoxville, ce qui témoigne d'une belle maturité pour ce joueur encore jeune (22 ans) mais au parcours déjà heurté. 

Même s'il n'a pas su confirmer les attentes de certains qui le voyaient performer, Michael Mmoh a de quoi puiser dans son début de carrière pour lui permettre d'accéder au top 100, classement qu'il a tutoyé il y a à peine 2 ans.

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Michael Mmoh avec son père (à gauche) et Glenn Weiner (son premier entraîneur)

Arabie Saoudite, Nigéria, Irlande, Australie, Etats Unis, soit un pays par continent ; voici la liste de contrées que Michael Mmoh pourrait représenter en équipe nationale ! Né en Irlande, mais également de nationalité australienne, sa mère Geraldine O’Reilly travaillait comme infirmière dans les années 90 en Arabie Saoudite. Elle y rencontra Tony Mmoh, ancien 105eme mondial et joueur américain d’origine nigériane, qui entraînait l’équipe saoudienne de tennis.

Michael Mmoh est né et a grandi à Riyad avant de s’installer à 13 ans à Bradenton où il intègre la Nick Bollettieri Tennis Academy de l’IMG Academy. De son aveu, Tony Mmoh a décelé très tôt les capacités de son fils pour le tennis ; lorsque son fils avait 8 mois, sa fille aînée aurait renversé un panier de balles de tennis et le rejeton, qui était assis par terre, aurait ainsi tendu la main et bloqué une balle. « Je ne pouvais pas y croire, alors j'en ai déployé un autre, et il a fait la même chose. J'ai dit à sa mère que ce garçon était spécial.[2] »

Adolescent, ses capacités athlétiques ne passent pas inaperçues. « Le truc le plus énorme avec Michael, c’était sa taille. Et il aimait taper comme un sourd dans la balle et j’aimais bien ça, s’enthousiasmait Nick Bolletieri. « Michael est l'un des meilleurs athlètes que vous pourrez voir sur un terrain de tennis », s’emballait son ami Reilly Opelka en 2017.

Atteignant la 2eme place mondiale en junior, il fait partie intégrante de la nouvelle relève américaine, censée marcher sur les pas d'Andy Roddick (son idole de jeunesse). « Je le dis avec bienveillance, il est un peu plus en retrait par rapport à certains joueurs de sa génération comme Frances Tiafoe et Taylor Fritz, qui se comportent bien, indiquait Glenn Weiner en 2018, un de ces anciens coachs. Cela m’encourage de voir Michael un peu en retard parce que si les choses sont faites convenablement, il peut avoir cette explosion. Elle est en lui en tout cas »[3].

Cependant, si le jeune joueur démontre à l’entraînement et en match un potentiel certain, quelques défauts lui collent durablement à la peau. L’un d’entre eux pourrait aisément être renommé le syndrome « Gael Monfils », à savoir une certaine complaisance à se reposer sur ses qualités athlétiques. « Ce qui est arrivé, c’est qu’il n’utilisait pas son physique dans le bon sens., note Glenn Weiner, un de ses entraîneurs à la Nick Bollettieri Tennis Academy. Il récupérait une tonne de balles et créait des superbes rallies de fonds de courts au look très cool mais ne développait quasiment jamais son jeu offensif parce que tout cela arrivait trop facilement. Il avait juste à faire un gros service et gérer un point gratuit dans la foulée. »[4]

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Michael Mmoh affichait également quelques failles mentales, celui-ci pouvant également être facilement distrait sur le court. « Il était très émotif. Il pouvait se plaindre de tout. Il pouvait chouiner comme faisait mon Tommy (ndlr : Haas) par le passé, remarque Bollettieri. Tout pouvait l’embêter. La raquette. Le vent. Le type en face. Tout. ».

Comme l'indique si bien le proverbe, chassez le naturel, il revient au galop... les formateurs n'ont de cesse à l'inciter à jouer plus vers l'avant et à conclure ses points au filet. Mentalement, il faut aussi le cadrer, lui dire de cesser d'accabler les éléments et ses adversaires. « C’est un long processus d’obtenir plus de lui et de le rendre plus agressif, indique Weiner en 2018 alors que le jeune américain avait 20 ans. Si tous les joueurs le comprenaient à 17, 18, 19, 20 ans, ils seraient tous parmi les 20 meilleurs au monde. Il y en a quelques-uns qui ont cette capacité, comme Hewitt, Rafa, beaucoup de ces gars qui sont en avance sur leur temps à la fois physiquement et mentalement. Certains de ces gamins sont en avance physiquement et d'autres sont en avance mentalement. Et ils doivent continuer à consacrer pas mal d'heures pour le comprendre. »

Encadré par  son coach Alexander Waske, les efforts produits par Mmoh se voient récompensés par deux titres en challenger en 2018 en back-to-back (Tiberon et Colombus), portant son total de titres dans cette catégorie à 4, alors qu'il n'est âgé que de 20 ans. « Alex est différent de mon précédent coach Glenn Weiner, qui était une figure paternelle pour moi. Le principal changement est d’ordre tactique. Il a intégré beaucoup de facettes dans mon jeu qui m’ont permis de mieux comprendre mes forces »[5], avouait-il après son titre à Tiberon. (..) J’ai travaillé mon service, j’ai effectué quelques changements au niveau de ma technique et mon mouvement et cela s’est révélé payant.  J’ai bien servi cette année et mon jeu entier s’est avéré d’autant plus efficace derrière. Automatiquement,  je me suis montré plus agressif. »

Aux portes du top 100, il n'est pas très loin de la Next Gen ATP Finals, qu'il doit effectuer sur le banc des remplaçants en 2018, aux côtés d'Ugo Humbert.

Partie remise ? Hélas, des blessures malencontreuses en décideront autrement. Début 2019, il rate 4 mois de compétition à cause de problèmes à l'épaule. Un timing malheureux, tant le joueur avait le sentiment de monter en puissance et commençait à toucher du doigt le début d’une nouvelle carrière.

« Cela a été très dur pour moi car je sortais d’une bonne année. J’étais sur le point d’entrer dans les grands tableaux en Grand Chelem, dans les tableaux principaux des tournois ATP. J’étais dans le tableau de l’Open d’Australie, Delray Beach et New York et je ne pouvais pas jouer ces tournois à cause de mon épaule, avouait-il l’année dernière la mort dans l’âme. Je me sentais si proche de faire cette percée. J’avais bossé pour ça, mon jeu était rodé, les résultats étaient là et c’est à ce moment-là que j’ai eu cette blessure. »

Lorsqu’il revient à la compétition fin mai 2019, il est 142ème mondial et doit retrouver la victoire pour éviter de chuter encore un peu plus au classement. Hélas, à court de rythme et de confiance, il cumule 10 défaites en 11 matchs jusqu’à fin août et dégringole aux portes de la 200ème place. Il aura donc perdu quasiment 90 places en l'espace de 8 mois...

« Le retour a été vraiment difficile, avoue-t-il après son titre au challenger de Knoxville. J’ai passé trois mois à regarder les gens s'affronter et gagner pendant que moi j'étais à la maison sans rien faire. Pendant ce temps, je ne me suis pas entraîné, donc je n'ai pas pu m'améliorer. J'ai fait de la rééducation et du fitness, mais je n'ai pas travaillé mon jeu. Lorsque je suis revenu à la compétition, je me suis senti rouillé. Dans ces moments là, il y a toujours un risque de perdre quelques matchs parce que vous êtes rouillé et forcément, le moral en prend un coup. C'est vraiment délicat comme situation »[6].

Une finale au challenger de Cary en septembre 2019 lui permet d'entrevoir la fin du tunnel. Et puis, il y eu cet incident à Charlottesville... Le hasard a fait que son opposant du jour, Darian King avait connu la même mésaventure 5 ans auparavant, également lors de ce même challenger.

« Je n'ai pas parlé à Darian lui-même, mais j'ai évoqué le sujet avec son frère. Il m'a parlé de ce que Darian avait vécu et de son état émotionnel les deux semaines qui ont suivi. Il m'a vraiment aidé. Beaucoup de joueurs ont été très sympa. Ils m'ont raconté des histoires de choses similaires qu'ils ont traversées. Ils m'ont conseillé d'en tirer les leçons. Paolo Lorenzi m'a raconté une histoire vieille de 10 ans. Il avait lancé sa raquette et elle avait presque percuté un enfant. À partir de ce jour, il s'est juré qu'il ne lancerait plus de raquette pour le restant de sa carrière. J'ai dit que je prendrai la même initiative. [7]»

Pour surmonter ce moment, Michael Mmoh maintient sa routine d’entraînement et de matchs. Lorsqu'il aborde son premier tour à Charlottesville, il pense encore à l'incident mais celui-ci lui permet de relativiser l'issue de son match. Il gagne avec la manière contre Roberto Cud Subervi et rencontre ensuite... Darian King, à nouveau, qu'il bat cette fois en 3 sets. Il continue sa route jusqu'en finale où il rencontre Christopher O'Connell (que les lecteurs de Tennis Break News commencent à connaître). Michael Mmoh avait déjà gagné ce tournoi en 2016, alors qu'il n'avait que 18 ans, mais c'est un homme bien différent qui joue cette finale.

« Si vous m'aviez dit il y a quelques années que je ferai du service-volée sur une balle de set et ensuite pour gagner le match, je vous aurais dit « non, ce n'est pas possible » ! Je me suis même choqué moi-même sur ce coup. J'en parlais à Patrick (Franji, son coach actuel) et je pense que tous les doubles que j'ai fait ont beaucoup joué, confesse-t-il à la suite de la finale. L'année dernière, j'ai dû jouer deux tournois de doubles mais là, j'en ai joué quatre ces dernières semaines pour travailler mon jeu de transition. Ce match, c'est peut-être ma meilleure performance à la volée de ma carrière (…) Mon intention était d'être agressif et d'imposer mon jeu. Comme j'ai vu que mon adversaire ne passait pas si bien, j'ai gagné beaucoup de points en allant au filet.[8] ».

Auteur d'un début de saison 2020 sans éclat, Mmoh est aujourd'hui 184ème joueur mondial et devra encore écumer quelques temps le circuit challenger, avant d'espérer peut-être mieux. Il participe cette semaine au challenger d'Indian Wells et doit jouer ce mardi soir un match important contre Frances Tiafoe, auteur d'un mauvais début de saison mais entouré par son nouveau coach Wayne Ferreira.

Quoiqu'il en soit, les 6 mois compliqués vécus par Michael Mmoh en 2019 montrent à quel point la réussite d'un jeune joueur en pleine progression peut tenir à un fil. Malgré tout, la force de caractère qu'a montré le jeune américain dans ces moments difficiles lui sera certainement bénéfique pour la suite de sa carrière. Il ne reste plus qu'à lui souhaiter de retrouver la position qu'il occupait avant sa blessure, son objectif en 2020...


[1]https://www.atptour.com/en/news/challenger-qa-2019-knoxville-mmoh

[2]https://www.nytimes.com/2015/09/06/sports/tennis/michael-mmoh-is-a-rising-us-open-hope-for-several-countries.html

[3]https://www.atptour.com/en/news/michael-mmoh-nextgenatp-feature-2018

[4]ibidem

[5] https://www.atptour.com/en/news/challenger-qa-2018-tiburon-mmoh

[6] https://www.tennis.com/pro-game/2019/09/tommy-paul-michael-mmoh-and-noah-rubin-detail-impact-injuries-new-haven/84871/

[7]https://www.atptour.com/en/news/challenger-qa-2019-knoxville-mmoh

[8]https://www.atptour.com/en/news/challenger-qa-2019-knoxville-mmoh