La vidéo d'un joueur de tennis maladroit circule sur internet depuis le mois de décembre après un article du Telegraph. On y voit Artem Bahmet, un joueur ukrainien amateur, perdre un match de qualifications du tournoi Futures de Doha. L'amusement suscité par cette séquence réside dans le fait que ce joueur n'a pas marqué un seul point dans le point face au Thaïlandais Krittin Koaykul (1367ème mondial). Si l'envie de rire sur ce "Golden match" a d'abord primé, l'inquiétude a grandit lorsque des messages, sur un forum russe dédié au paris sportifs, laissaient penser des complices de l'Ukrainien avait placé des paris sur ce match sur Bet365.

Si les sommes en jeu (environ 2200 euros) n'avaient rien d'extravagant, ce cas est symptomatique du fléau des matches truqués en Futures et Challenger. L'une des messages sur ce forum indiquait : « Les paris sur ce match ont payé un voyage de deux personnes à Doha et une semaine dans un excellent hôtel et ont également permis de gagner beaucoup d'argent dans l'ensemble. Et ce n'est qu'une partie du profit potentiel du voyage. Toute la semaine, Mont et Artem seront au tournoi, pour donner des pronostics directement depuis les courts, et la semaine prochaine, ils joueront à nouveau en qualifications et parieront contre eux-mêmes. »

Des cas identiques se produisent chaque jour sur le circuit depuis 2012 lorsque l'ITF a vendu les datas et le livescoring à Sportradar pour la somme de 14 millions de dollars par an. Cela a permis aux bookmakers en ligne (hors ARJEL) d'investir ce marché. Mais cela a également profité aux réseaux mafieux, via le soudoiement de joueurs pour les forcer à perdre en leur offrant des sommes bien supérieures à leur prize money, très faible à ce niveau de compétition.

Mais comment ce joueur ukrainien a pu se retrouver sur un court sans savoir jouer au tennis ? En fait, si vous payez vos frais d'inscription d'environ 27£, vous pouvez participer aux qualifications de n'importe quel tournoi Futures qui a des espaces disponibles dans son tableau.

L'ITF a investi environ 20 millions de livres sterling pour étudier sa vulnérabilité aux matches truqués. L'arrivée de Jonny Gray, nouvellement nommé à la tête de la Tennis Integrity [1] en ce début d'année, pourrait accélérer le processus de lutte contre ce fléau qui gangrène la petite balle jaune depuis trop longtemps.

[1] https://www.tennisintegrityunit.com/media-releases/jonny-gray-appointed-chief-executive-officer-tennis-integrity-unit