Suite à l'annulation du Masters d'Indian Wells, nous vous proposons de nous replonger dans l'histoire de ce tournoi à travers une série de 10 souvenirs. Pour ce premier épisode, notre choix s'est porté sur Serena Williams en 2001.

A 38 ans, Serena Williams fait encore les beaux jours du circuit féminin. Connue pour son charisme et son allergie de la défaite, la carrière de Mommy Smash est faite de records, et de controverses. Il y a 19 ans, la cadette des Williams vivait l’un des pires moments de sa carrière à Indian Wells…

En 1978, dans une banlieue de Los Angeles, Richard Williams, marié et père de trois enfants décida à la vue d’un match de tennis à la télévision, qu’il aurait deux filles supplémentaires, deux championnes, « les meilleures que la terre ait portées ». L’histoire est belle, talentueuses et déroutantes. Les sœurs Williams prennent d’assaut l’élite mondiale dès leur plus jeune âge. Une hégémonie soudaine à laquelle fans, médias et joueuses n’étaient pas vraiment préparés. Nous sommes au début de la saison 2001, la planète tennis prend la direction du désert californien, un paradis sur terre : Indian Wells.

« Rien ne m’avait préparé à ce qui allait se passer »

Âgée de seulement 19 ans, Serena accède aux demi-finales où l'attend la gagnante de la rencontre opposant sa sœur aînée Vénus à Elena Dementieva. Finalement éliminée aux portes du carré final, la Russe fait monter la psychose avant la rencontre entre les deux sœurs : « Je ne sais pas ce que leur père Richard en pense. Je crois qu’il décidera qui doit gagner demain. Il suffit de se rappeler ce qui s’est passé l’année où elles se sont jouées en finale à Miami… Pour ceux qui ont vu ce match, c’était très drôle. » A chacune de leur rencontre les Williams sont suspectées de s'arranger sur l’issue du match. Ce jour-là en Californie, le forfait de Vénus fit tout basculer.

Quelques minutes avant le début de la rencontre, Vénus Williams déclare forfait en raison d’une tendinite au genou. Gradins remplis, ambiance montante, cette nouvelle vient refroidir les ardeurs de tout un stade y compris de son directeur qui aurait préféré que la scène se déroule autrement. Le lendemain Serena entre sur le court pour y défier Kim Clijsters, sous la bronca de toute la vallée.

« Les accusations sur le forfait arrangé nous ont fait mal pendant longtemps. Le racisme sous-jacent était injuste, douloureux à vivre et difficile à comprendre. J'ai eu peur, je ne me suis pas sentie à ma place dans un tournoi que j'aimais tant.»

C’est dans un climat austère que se déroule cette finale. Des mots et gestes s’échangèrent entre le public et le box de Serena où siégeaient Richard et Vénus, une finale où le public avait choisi son camp. Serena s’impose finalement en trois manches, seule face à 16000 personnes. Une victoire gâchée par des « Nègre », « si on était en 1975, on t’aurait écorché vif ». Des mots lourds de sens, teintés de racisme, qui résonnent encore dans les têtes du clan Williams. La semaine suivante, sa sœur Vénus, remise de sa blessure au genou, gagnera Miami. Ce n’est qu’à l'issue du tournoi floridien que les Américaines décidèrent de ne plus remettre les pieds en Californie de leur vie.

La rencontre avec Nelson Mandela

Alors qu’elle boude le tournoi américain, Serena Williams fait la rencontre de Nelson Mandela, ancien président de la république d’Afrique du Sud et grand activiste contre le racisme noir. Un grand moment dans la carrière de la championne qui a tout de suite influé ses pensées. S’inspirant de son autobiographie « Long Walk to Freedom », et de leurs rencontres, Serena trouve en Madiba, une renaissance. « Pour pardonner, il faut être capable de tout lâcher » C’est ainsi que non sans émotions et avec une peur la dévorant, Serena Williams décide de faire son retour en 2015 à Indian Wells, après 14 ans d’absence.

« J'étais complètement submergée par l'émotion, je n'ai pas réussi le meilleur début de match [victoire 7-5/7-5 face à Niculescu], mais en même temps, j'ai vraiment apprécié ce moment, c'était très fort. Être ici, c'était déjà un énorme succès pour moi. C'est peut-être le plus grand succès de ma carrière »

Les larmes coulaient sous les lunettes de sa mère et l’une de ses sœurs, le retour de Serena était un événement attendu par tous. Alors que le speaker prononçait un « bienvenue à la maison », des banderoles et des cris de joies gagnaient la foule. Le retour de Serena Williams en 2015 était sans doute inéluctable car c’est dans le désert californien qu’elle y a remporté le premier match professionnel de sa carrière en 1997, c’est là aussi qu’elle a remporté son premier grand trophée en 1999. En devenant l'une des plus grandes championnes de l'histoire, Serena a pris la plus belle des revanches sur ses détracteurs de l'époque, sur sa vie, sur son passé.