Depuis 2004, seulement trois éditions d'Indian Wells ont échappé au trio Federer (5 titres), Djokovic (5 titres), Nadal (3 titres). La seule édition où aucun des trois n'est parvenu en finale remonte à 2010. A l'entame du tournoi, Roger Federer, numéro un mondial à l'époque est le grand favori du tournoi. Finaliste des 4 derniers Grands Chelems (3 titres et une finale à New York perdue contre Del Potro), le Suisse, exempté de premier tour en raison de son statut de tête de série, est pourtant bousculé dès son entrée en lice par Hanescu (6-3/6-7/6-1). Se présente ensuite le Chypriote Marcos Baghdatis qui attend désespérément sa première victoire en carrière face à un membre du Big Three : 6 défaites contre Federer, 6 défaites contre Nadal et 4 défaites contre Djokovic. La cote de Federer (1,09) laisse a priori peu de doutes sur l'issu du match. Et pourtant, le miracle s’est produit ! Marcos Baghdatis, auteur ce jour-là de l'un de ses plus beaux matches en carrière, va s'offrir le meilleur joueur du monde, dans un match épique, où il aura sauvé trois balles de match.

L'ancien numéro 8 mondial (en 2006 avec une finale à Melbourne, une demie à Wimbledon et un titre à Pékin) avait un peu disparu des radars lors des saisons 2008/2009 en raison d'une cascade de blessures à la cheville, au poignet et au dos (hernie discale). Chutant à la 151ème place mondiale durant l'été 2009, il déclarait à l'époque "ressentir des douleurs à chaque réveil, avoir peur, demander du temps pour retrouver la confiance en lui, en son jeu et en son corps, jouer sans pression à la recherche du plaisir."

Et du plaisir, il en a pris beaucoup ce mardi 16 mars 2010.

Pourtant, malgré un premier set de très haute volée, le Chypriote sur une volée mal contrôlée, lâchait la manche 7-5 sur sa seule balle de break concédée. Dans la deuxième manche, les deux joueurs sont toujours au coude à coude mais le Suisse va une nouvelle fois accélérer dans le money time en se procurant deux balles de match à 5-4 sur le service de Baghdatis. La première sera sauvée sur un coup droit un peu trop long du Suisse. Sur la seconde balle de match, le Chypriote fait preuve d'un sang froid hors norme. Les deux joueurs se rendent coup pour coup en diagonale de revers. Mais Baghdatis en met un peu plus dans sa frappe et provoque la faute du Suisse. Quelques minutes plus tard, c'est lui qui s'offre sa première balle de break du match et réussit à la convertir avec une détermination immense. Sa puissance en coup droit et sa vitesse de déplacement en défense lui permettent de mettre sous pression Federer qui tente de prendre la balle de plus en plut tôt mais fini par lâcher. Au moment de conclure le set, Marcos Baghdatis ne faiblit pas et varie parfaitement le jeu entre puissance et toucher de balle. Il rivalise avec le numéro un mondial sur le plan technique.

Seulement, comme souvent face au Big Three, le plus dur commence dans le troisième set. Vexé, l'orgueil du champion suisse lui permet de breaker rapidement et de mener 4-1. Impossible d'imaginer alors le scénario qui va se produire. On est très loin de la victoire de routine qui était censé attendre le Suisse. Le tournant du match se situe à 4-2 / 30-30 sur le service du Suisse. Un point qui va durer 35 secondes et 26 frappes de balle mais durant lequel le Chypriote va jouer une partition brillante pour conclure avec un coup droit foudroyant laissant Federer à 5 mètres de la balle. Le Suisse est sonné. Il est debreaké. Le doute s'installe. Pourtant, à 6-5, Roger Federer s'offre une troisième balle de match sur le service de Baghdatis. Mais cette fois, il va offrir le point à son adversaire avec une tentative de revers long de ligne qui finira dans le filet. Symptomatique de l'incapacité du Suisse à conclure ce match.

Le tie-break qui s'en suivit ne fera que donner encore plus de brillant à ce match époustouflant entre les deux joueurs. C'est Baghdatis qui va faire le premier mini-break mais à 5-4, lorsque le Suisse porte une accélération en coup droit pour conclure ensuite au filet, les spectateurs croient à nouveau au succès de leur idole. C'était sans compter sur un passing croisé en bout de course de Baghdatis qui n'aura jamais semblé aussi bien en jambe depuis sa finale à Melbourne quelques années plus tôt. Contrairement à Federer, lui va convertir sa première balle de match grâce à une première balle qui lui aura permis tout le match de tenir la dragée haute au numéro un mondial. Une qualité de service indispensable pour réussir ce genre d'exploit. Cette balle de match offre la première victoire, et l'unique, en carrière à Baghdatis face Federer : "Il a fallu attendre mon 7ème duel pour enfin le battre. Sept est mon chiffre porte-bonheur. Je ne sais pas quoi dire, je suis si heureux. C'est une victoire incroyable pour moi. Je suis très soulagé et heureux d'être de retour sur les courts à un tel niveau qui me permet de prendre du plaisir. J'ai su rester calme et patient. J'ai trouvé Roger très agressif et j'ai réussi à lui provoquer beaucoup de fautes."

A l'inverse, le Suisse sortait de ce match avec beaucoup de regrets : "J'ai fait des bonnes choses aujourd'hui mais aussi des mauvaises, forcément sinon je n'aurai pas perdu. J'ai manqué trop d'occasions et à l'inverse, lui a eu le mérite de s'accrocher pour rester dans le match. La frontière est fine parfois entre une victoire et une défaite mais cela ne sert à rien de trop se flageller. J'ai été trop passif dans les moments importants. On va classer ce match dans la catégorie des matches où on joue bien mais pas au bon moment."