Del Potro, enfin dans le mille !

Dans l’attente et dans l'espoir de revoir peut-être un jour sur les terrains cet immense champion, petit retour sur le sacre de Del Potro à Indian Wells en 2018, son premier et unique titre en Masters 1000 en carrière. A l'époque, l’Argentin sent peut-être que sa meilleure saison se profile et il va confirmer sur les courts cet état de grâce qui va durer jusqu'en octobre à Pékin. Il est alors 4ème mondial et 3ème à la Race grâce notamment à deux titres (Acapulco et Indian Wells) et 4 finales dont une à l’US Open perdue face à Novak Djokovic.

Avant d’arriver en Californie début mars, Juan-Martin Del Potro a déjà montré de bonnes choses avec une finale à Auckland et un titre à Acapulco. Mais aussi quelques résultats moins emballants comme cette défaite assez nette à Melbourne face Berdych ou encore à Delray Beach face à Tiafoe, futur vainqueur du tournoi. Au Mexique, il aura néanmoins posé les bases de son sacre à Indian Wells. En dominant Mischa Zverev (54ème), Ferrer (39ème), Thiem (6ème), Alex Zverev (5ème) et Anderson (8ème) en ne concédant qu'un seul set (face à Ferrer), Del Potro arrive avec le statut d'outsider très sérieux à Indian Wells où il avait déjà atteint la finale en 2013 et la demi-finale en 2011.

Quelques coups gagnants de Del Potro face à David Ferrer au 2ème tour

Pourtant, le tableau de l’Argentin n'avait rien d'une promenade de santé. D'abord le jeune et fougueux Alex De Minaur, ensuite l'inusable David Ferrer. Au 3ème tour, il va concéder un set face à son compatriote Leonardo Mayer. De nouveau au tour suivant, il sera mis en difficulté par l’Allemand Philipp Kohlschreiber. Mais à chaque fois, Juan-Martin Del Potro fait preuve d’une extrême solidité. Sa balade (6-2/6-3) face à Milos Raonic l'envoie en finale après un parcours maîtrisé. Il n'est logiquement pas le favori de cette rencontre face à Roger Federer, encore invaincu à ce moment-là de la saison. En effet, le Suisse titré à Melbourne et Rotterdam se présente avec 21 victoires au compteur en 21 matches. Plutôt à l'aise dans le désert californien où il reste sur 3 finales consécutives dont un titre, le Suisse n'a concédé qu'une seule manche face au jeune Croate Borna Coric pour se hisser pour la 4ème fois d'affilée en finale du plus grand Masters 1000 de la saison.

Tout le public est bien évidemment acquis à la cause de Roger, l'une des plus grandes légendes de ce sport. Ainsi, on sent une certaine amertume dans les travées quand l’Argentin remporte la première manche (6-4) au nez et à la barbe du Suisse totalement impuissant face aux coups droits bien sûr mais surtout aux revers puissants et d'une précision chirurgicale de Del Potro. Un premier set dominé par l'Argentin, très agressif et déterminé à décrocher son premier titre en Masters 1000.

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Le deuxième set commence sur les mêmes bases que le premier avec une intensité de jeu extraordinaire entre deux joueurs en forme et qui s’apprécient. Le public savoure ces instants de spectacle si précieux. Le jeu s’installe, et après deux balles de sets ratés par le Suisse, la décision doit se faire au tie-break. La pression est palpable. Soit le match est relancé, soit c’en est fini pour l’Helvète. Le Suisse s'offre 3 balles de set à 6-3 mais la dramaturgie va atteindre son paroxysme lorsque Federer pense conclure le set sur cette première balle. La foule se lève pour acclamer son champion et n'entend pas l'Argentin demander un challenger. Quelques secondes d'apnée puis c’est la stupeur, la balle du Suisse s’avère faute. Le numéro un mondial doit servir une deuxième balle. Vu le contexte, Fed’ revient sur le court tendu, et c’est sans surprise que son deuxième service est bien trop long. Double faute, tout est à refaire. Quelques minutes plus, Del Potro s'offre une balle de match mais craque complètement en coup droit. Federer parvient tant bien que mal à remporter ce jeu décisif 10 à 8. Le stade chavire, comme si Roger avait déjà gagné, beaucoup pensent que le plus dur est fait mais la tour de Tandil abandonne rarement, comme le prouve sa capacité après chaque blessure à revenir sur les courts.

La dernière manche est, une fois de plus avec ces deux joueurs qui s'affrontent pour la 25ème fois, un pur régal tennistique. La foule est en délire à chaque coup gagnant, long échange. Il est vrai que le niveau technique est de très haut niveau et vaudra d'ailleurs à cette finale d'être considérée comme l'un des plus beaux matchs de la saison 2018. Le Suisse est reboosté alors que l’Argentin est dans les cordes. Va-t-il subir comme des centaines de joueurs avant lui, la loi du Big Three ? Combien de joueurs ont perdu en 3 sets en ratant l'occasion de conclure le match en 2 sets ? Juan Martin sent qu’il a laissé passer sa chance. Mais il ne se démotive pas, il continue de faire jeu égal avec le Suisse. A 4-4, le stade exulte. Roger vient de breaker au meilleur moment. Le Suisse va servir pour le gain du titre, qui peut imaginer alors que l'Argentin peut s'en sortir ? D'autant plus lorsque le Suisse s'offre deux balles de match à 40-15. Mais cette fois, le coup droit de Del Potro ne tremble pas et lui permet de sauver la première. Sur la seconde, c'est le Suisse qui fait le mauvais choix avec une amortie mal maîtrisée qui termine dans le filet. Une minute plus tard, nouvelle chance pour Federer qui tente à nouveau l'amortie mais Del Potro va encore la sauver. Revigoré par ces exploits, l’Argentin va finir par debreaker et revient dans la partie. Federer a la tête des mauvais jours. La pression est sur ses épaules et il sait que son adversaire va jouer libéré.

Les deux joueurs doivent se départager dans un jeu décisif, à sens unique... qui va tourner en faveur de l'Argentin (7-2). Il ne s’écroule pas. Il reste debout et rugit. Il devient le premier Argentin a remporté ce tournoi, si important sur le circuit ATP. A 29 ans, Juan Martin Del Potro gagne son premier Masters 1000. Assez surprenant tant son talent est immense et tant les espoirs de grandeur étaient immenses en 2009 lorsqu'il remportait l’US Open à seulement 22 ans… Mais l'Argentin de jouer pendant l'ère du Big Three qui n'a laissé que des miettes aux autres...