Le jeune Brésilien de 19 ans, sensation en février de le tournée sud-américaine sur terre battue, franchit les paliers plus vite que prévu. Déjà vainqueur d’un tournoi ATP 250, il sera l’une des attractions des mois à venir dès la fin de suspension du circuit. En pleine ascension ou simple feu de paille ? Analyse du parcours de celui appelé peut être à devenir le successeur de Gustavo Kuerten.

Au contraire de certains joueurs (américains notamment) qui sortent parfois de nulle part, Thiago Seyboth Wild n’a pas pris par surprise les suiveurs du tennis mondial qui l'avaient repéré dans leurs radars. Numéro 1 mondial chez les Juniors en 2018, il remporte la même année l’US Open dans la même catégorie, devenant au passage le second Brésilien à gagner un tournoi du Grand Chelem chez les Juniors. Pour percer, il fallait ensuite lui souhaiter de ne pas suivre les traces de l’unique Brésilien à l’avoir réalisé avant lui : Thiago Fernandes, vainqueur de l’Open d’Australie en 2010, mais dont la carrière professionnelle n’avait ensuite jamais décollé.

Ordre et Progrès dit la devise du Brésil : c’est exactement la trajectoire que suit pour le moment Thiago Seyboth. Même s’il franchit certaines étapes à pas de géant. Les tournois Futures, très peu pour lui ! En 2019 le Brésilien participe à 21 tournois Challengers. Essentiellement sur terre battue, mais venant se frotter aussi sur dur. Notamment en France, à Cassis. Sa progression est fulgurante pour le gamin de Rio qui réalise sa première saison pleine. Commençant à signer quelques performances comme ces victoires face à Cecchinato (voir ici le résumé de la rencontre), Monteiro, Bellucci, Hanfmann, Kovalik ou encore le Bolivien Hugo Dellien en finale à Guayaquil en novembre dernier pour s'offrir son premier titre en challenger. « On découvre un véritable talent, souffle Jean-Paul Loth qui a commenté plusieurs de ses matches à Rio sur Eurosport.  Je le compare un peu à Felix Auger-Aliassime dans la mesure où en le voyant sur ses premiers matches ATP, on sait qu’il sera bon. Reste à savoir à quel moment. »

Titré à Santiago, et après ?

Porté par son public chez lui à Rio, il sort vainqueur d’un match dans une ambiance folle, parfois à l’excès, face à Davidovitch Fokina. Avant de s’incliner au 2e tour dans un match qu’il n’aurait jamais du perdre face à Borna Coric. Le gamin semble être devenu un homme ! Service puissant, coup droit dévastateur. Le Brésil veut s’enflammer pour celui qui pourrait donner à nouveau une fibre tennistique au pays. Une fibre éteinte depuis l’arrêt de Gustavo Kuerten. Invité à Santiago la semaine suivante, Seyboth saisit sa chance. Dans une fin de tournée sud-américaine laissée de coté par les stars du circuit, le Brésilien remporte le titre après des victoires face à Londero, Garin (sur abandon) et profite d’un Casper Ruud usé en finale pour devenir le premier joueur né après le 1er janvier 2000 à remporter un titre ATP.

« Ce titre à Santiago fut une grande surprise pour moi mais aussi tout mon staff, indiquait le principal intéressé lors d’un entretien à TenisBrasil il y a quelques jours. Je ne m’attendais pas à ce que cela arrive aussi rapidement. » Le tout avant d’enchaîner sur les phases de qualification de Coupe Davis en Australie moins d’une semaine après son titre en Argentine. Et malgré le décalage horaire et le changement de surface, Seyboth a tenu la dragée haute à John Millman, s’inclinant seulement au 3e set. « Il a des qualités intéressantes. Avant Santiago, pas grand monde ne le connaissait. Je pense qu’il faut lui laisser 1 ou 2 ans pour progresser au très haut niveau, ajoute Jean-Paul Loth. Regardez, un joueur comme Shapovalov au moment de son éclosion, beaucoup le voyait entrer rapidement dans le Top 10. Aujourd’hui bien que ce soit un très bon joueur, il stagne. Pour Seyboth il faut donc rester prudent »

Quel avenir sur les autres surfaces ?

Comme tout sud-américain qui se respecte, c’est sur terre battue que le Brésilien brille. D’ailleurs, il a disputé toutes ses finales en Futures, Challengers et ATP sur l'ocre. Cependant, certains éléments laissent présager d’un bon potentiel sur les surfaces plus rapides. Notamment son titre à l’US Open Junior en 2018 mais aussi certaines de ses qualités tennistiques comme son service très efficace, notamment sur première balle. « Je suis convaincu qu’il ira dans le Top 30 mondial, assure Jean-Paul Loth. Il a notamment une prise de balle précoce. C’est le témoin d’un joueur capable de performer sur des surfaces plus rapides. Mais c’est aussi le signe d’un joueur intelligent et talentueux. »

Aujourd’hui 113e au classement ATP avant la trêve sportive imposée par la pandémie mondiale du COVID-19, Seyboth devra faire une croix sur pas mal de tournois sur terre battue à la reprise. Son planning est également incertain. Ira-t-il se frotter aux qualifications des grands tournois ATP. Ou écumera-t-il encore quelques Challengers pour prendre des points importants et entrer dans le Top 100 ? « Il sera surtout intéressant de voir la manière dont il va digérer ses récents succès. Il n’est plus le petit jeune qui monte mais déjà un vainqueur de tournoi ! Il est beaucoup plus facile de jouer dans la position du joueur qui a tout à gagner, conclut Jean-Paul Loth. On regardera ce qu’il sera capable de faire contre des joueurs mieux classés qui vont l’attendre, mais aussi contre des joueurs moins bien classés où il sera favori. C’est une période importante qui va arriver pour lui ».

Il est en tout cas le premier joueur de la génération NextGen 2020 (moins de 21 ans au 1er janvier) à avoir remporter un titre cette saison : "J'ai toujours rêvé de remporter un titre sur le circuit ATP. C'est incroyable même si au fil des matches, je sentais que je m'y rapprochais pas à pas. En finale, j'ai fait abstraction du contexte et essayé de jouer ce match comme les autres. C'est le travail d'une saison 2019 où j'ai beaucoup progressé grâce à mon staff que je remercie. J'ai évidemment comme objectif de me qualifier pour l'ATP NextGen de Milan. Je m'inspire beaucoup de Rafael Nadal qui est mon joueur préféré. J'admire chez lui cette passion sur le court, sa façon de jouer, de se tenir, de se battre sur tous les points de façon incroyable. Tout ce qu'il a accompli dans sa carrière me fait rêver et si j'arrive déjà à 20% de ce qu'il a fait, ça serait formidable. Je dois aussi remercier mon père qui dirige des académies de tennis. C'est lui qui m'a tout appris. Il a été joueur et comprends donc mes besoins. Il a toujours été là pour moi. Mon père est une idole pour moi."
Thiago Seyboth Wild interviewé par l'ATP