Dernier épisode de notre série rétro des moments qui ont fait l’histoire d’Indian Wells. On est en 2017, année où les aficionados assistent à la renaissance du maître Roger Federer. C’est en effet le Suisse qui s’adjuge cette édition du « 5e Grand-Chelem » dans un duel 100% suisse face à Stan Wawrinka. Une victoire qui porte à 5 le nombre de succès de Federer à Indian Wells et ce, à 35 ans, faisant de lui le vainqueur de Masters 1000 le plus âgé.

Pourtant c’est un autre match qui aura marqué cette édition : en huitièmes de finale, Novak Djokovic croise la route du fantas(ti)que Nick Kyrgios pour la 2ème fois en 2 semaines. En effet, les deux hommes s'étaient rencontrés une semaine plus tôt en quarts de finale d’Acapulco. Sans complexe, l’imprévisible Australien s’était imposé au bout de deux sets serrés : 7-6/7-5. Une semaine plus tard, il est logique que Djokovic arrive sur le cours avec l’envie de rendre la monnaie de sa pièce à Kyrgios…sauf qu’en face justement, c’est Kyrgios, l'un des joueurs les plus talentueux et imprévisibles du circuit, l'un des rares à rivaliser les yeux dans les yeux avec le Big Three. Le Serbe, qui est parfaitement rentré dans le tournoi avec deux belles victoires face à de bons adversaires, Edmund et Del Potro, sait qu’il doit rester sur ses gardes s’il veut éviter autant que possible une nouvelle désillusion face à l’Australien qui, lui aussi, à très bien débuté le tournoi en éliminant Zeballos et surtout Alexander Zverev au 3e tour.

Ce qu'on ignorait à l'époque, c'est que le Serbe était blessé. Il jouera le premier semestre avec des douleurs de coude qui le contraindront à mettre fin à sa saison après Wimbledon.

Novak Djokovic says he has no problem with Nick Kyrgios, despite his recent comments about him.
Crédits : AP

Comme à son habitude, en mode vitriole à la Claude Makelele « Peu importe qui est en face » Kyrgios va démarrer le match pied au plancher et breaker d’entrée de jeu le Serbe au terme d’un point de 30 échanges. Il tiendra son break d’avance jusqu’au bout du set qu’il conclut 6/4 sur un ace rageur ! Il en claquera 14 en tout sur l’ensemble de la rencontre. Dans le 2ème set, les deux hommes vont tenir leur engagement jusqu’au tie-break au cours d’un set d’une rare intensité, les deux hommes se rendant coup pour coup. Le jeu de service de Djokovic à 5-5 est particulièrement intense et anxiogène. On sent Nole dans le dur ! Kyrgios va se procurer deux balles de break, au moment parfait, mais le Serbe va parvenir à les sauver, jouant avec les lignes et reprendre l’avantage, 6-5. Là, on se dit que ce jeu-là va faire mal au fougueux Australien et que c’est le moment pour Djokovic de prendre le set. Mais à 30-30, Kyrgios claque un ace puis un service gagnant, sans la moindre émotion si ce n’est un peu de goguenardise !

Solide globalement, le Serbe ne joue pas son meilleur tennis et connait quelques trous d'air contrairement à Kyrgios qui met une intensité et une concentration de tous les instants. Djokovic sent bien que le match va lui échapper et que Kyrgios ne va rien lâcher ! Une statistique particulière et rarissime lorsqu’on joue contre Nole confirme ce sentiment : le Serbe ne va se procurer aucune balle de break dans ce match. Le tie-break n'est que le reflet d'une rencontre maîtrisée tactiquement, physiquement et émotionnellement par l'Australien. Il sera à sens unique : Kyrgios s’envole 3-0 puis mène 6-2 en s’offrant donc 4 balles de matches. La première sur le service de Djoko est sauvée suite à lob tweener de Kyrgios qui termine dans le couloir…quel culot ! L’Australien en sourit presque et exulte une minute plus tard en claquant un dernier service gagnant !

6-4/7-6 et rien à dire ! Kyrgios aura donc réussi l'exploit de battre deux fois Djokovic en deux semaines. C'est à ce jour les seules confrontations entre les deux hommes. Depuis l'Australien s'est permis de critiquer ouvertement et publiquement l'actuel numéro un mondial : "Je ne le supporte pas. Il a une obsession maladive de se sentir aimé. Il veut être Roger. Je n'arrive pas à le supporter."

Vivement le 3ème acte !