Une longue traversée du désert... Voilà comment on peut résumer la carrière de Nicolas Kicker jusqu'à présent.

Le joueur Argentin, âgé aujourd'hui de 27 ans, avait été suspendu en juin 2018 pour une durée de 3 ans par la Tennis Integrity Unit pour avoir truqué les résultats de deux matches du circuit Challenger en 2015 (Padova et Barranquilla en Colombie).

Une sentence aussi rude que justifiée, mais l’Argentin a bénéficié il y a quelques jours d’une réduction de peine de 4 mois, en raison du « soutien pédagogique qu’il a apporté au programme de prévention», selon un communiqué de la Tennis Intégrity Unit (TIU). Un rôle social et éducatif notamment auprès des jeunes qui a donc convaincu les instances du tennis de faire un petit geste en faveur de Kicker, 78ème mondial à son meilleur classement en 2017.

Via une vidéo diffusée début janvier par la cellule d’investigation, le joueur est revenu sur cet épisode qui a entaché sa carrière.

Les premières phrases donnent le ton…

« A l’époque, j’étais 70ème mondial, je disputais la Coupe Davis avec mon pays, j’avais tout pour bien continuer à jouer au tennis mais j’ai fait une erreur en 2015 qui a causé ma suspension et ruiné ma carrière. »

Il détaille ensuite les éléments qui l’ont conduit à tomber dans l’engrenage fatal.

« Lorsque j’étais entre la 190ème et la 200ème place mondiale, c’était difficile pour moi. Je dépendais de mes parents, je devais payer des entraîneurs, des voyages et tout ce que cela implique de jouer au tennis. Cela m’a coûté cher et je ne voulais plus dépendre de mes parents. »

C’est alors que des gens l’ont approché, sous prétexte de le financer.

"Lors de mon premier contact avec ces gens, ils m'ont dit qu'ils étaient des sponsors. Ils m’ont approché via facebook. Ils voulaient me donner de l’argent tous les mois. Ils m'ont donné une voiture pour que je puisse me déplacer à Buenos Aires, ils m'ont adressé des laissez-passer pour jouer les Interclubs et quand je suis arrivé à Barranquilla, ils m'ont révélé qu'ils étaient des parieurs, ils m'ont offert une somme d'argent pour perdre. Ils m’ont attrapé à un moment où j’étais très vulnérable et j’ai décidé d’accepter".

Le joueur n’hésite pas à rentrer dans les détails de son match vécu à Barranquilla.

« J’étais très crispé car les parieurs m’ont demandé de faire des choses pendant le match qui m'ont mis mal à l’aise. J’ai dit : « Je suis très nerveux, laissez-moi ! ». C’était terrible parce que je devais mettre la balle dehors exprès. Mon attitude n’était pas celle avec laquelle je jouais naturellement. Je regardais l’arbitre à chaque instant pour voir s’il me soupçonnait, c’était horrible, j’ai passé un très mauvais moment. »

C’est au bord des larmes qu’il avoue les conséquences de son action.

« Je suis suspendu pour trois ans et je m’entraîne tous les jours sans savoir quand je reviendrai jouer au tennis. Evidemment, mon nom est entaché aujourd’hui. Mais le pire s’est produit en 2019, lorsque j’étais avec mon fils en vacances et il m’a demandé pourquoi je ne jouais plus au tennis. A cette époque, il m’était difficile de lui avouer, mais je me devais lui dire toute la vérité. C’est la pire conséquence que j’ai eu à endurer. »

Et au joueur de conclure :

« Les valeurs les plus importantes que le tennis m’ait données sont le sacrifice, l’honnêteté, le respect des joueurs et des arbitres. Respecter les règles, ne pas tricher sur et en dehors du terrain. Je ne pensais pas aux conséquences que cela pouvait générer, j’étais un jeune homme et j’ai fait une erreur que je pensais sans conséquence, je le paie aujourd’hui.

Si un groupe de personnes vient vous parler avec de mauvaises intentions, à ce moment-là, il faut savoir dire non. Il y a beaucoup de joueurs qui ne savent pas à quoi sert la Tennis Integrity Unit, vous devez leur faire confiance. »

L’Argentin sera autorisé à rejouer le 23 janvier 2021, plus de deux ans et demi après son dernier match au tournoi ATP de Lyon (21 mai 2018). Se préparant à son retour prochain, il a accordé le 21 mars une interview au site argentin 3iguales où il a pu revenir une nouvelle fois en détail sur cet épisode. https://t.co/RkaiXzrQDC?amp=1 (podcast)

« J’ai encore du temps mais j’entrevois la lumière au bout du tunnel, a-t-il avoué. J'ai commis un crime très grave dans le monde du tennis, je n'en ai pas mesuré les conséquences, je ne m'en suis pas rendu compte et je l’ai payé très cher. On commet tous des erreurs, jeunes ou vieux, dans la vie, je l’assume totalement."

Il revient ensuite sur les circonstances qui l’ont mené à tricher. Comme il l’avait déjà évoqué dans la vidéo de la TIU,  il y avait certes un besoin d’argent mais aussi beaucoup d’impatience et un besoin d’émancipation.

« A l'époque, je grimpais au classement, je me débrouillais bien, j'avais joué deux finales de Challenger, j'avais joué en interclub en Suisse mais il me restait très peu d'argent. Je demandais sans cesse de l'argent à mes parents et je ne pouvais pas voyager avec un coach en tournoi ni mettre d’argent à la banque, alors que j’avais un enfant. J’étais seul, j'ai été impulsif et je pense que si j’avais été accompagné par quelqu’un dans le tournoi, c'est certain que je n’aurais pas franchi ce cap. »

Dès lors que l’enquête sur son match a été ouverte, le joueur a vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

« Il y a des moments où j’ai pu me détendre pendant l’enquête, entre le moment où j’ai triché jusqu’au jour où j’ai été suspendu. Mais lorsque je recevais des e-mails me demandant le résumé de mes échanges téléphoniques, c’était terrible, horrible à vivre. Mes parents ont été les premiers informés. C'était très difficile pour eux de comprendre parce que je n'avais pas un besoin extrême de faire ça, ils finançaient ma carrière mais je ne voulais plus dépendre d'eux. Maintenant, je pense qu’à 21 ans, avec un jeune fils et récemment séparé, la situation m'a dépassé... En tout cas, tout cela ne justifie pas ce que j’ai fait. »

Il se souvient plus particulièrement de son match à Miami en 2018 contre Frances Tiafoe, alors qu’il n’avait pas la tête à jouer (rencontre perdu 6-3/7-6). « Le jour d'avant, j’avais eu 8 heures de procès. Cela m’a affecté sur le court, je ne pensais pas à l’adversaire mais au procès. La dernière chose à laquelle je pensais à ce moment-là était ce match… » Mais le pire arriva au moment de Roland Garros cette même année. « J’étais en train de me préparer à jouer et un jour avant mon premier match, j’ai appris que j’étais suspendu. Je l’avais senti venir mais je ne pensais pas que cela aurait eu autant de retentissement dans les médias. »

Malgré sa suspension, Nicolas Kicker indique n’avoir jamais envisagé son avenir sans le tennis : «Dès le premier jour de ma suspension, je savais que je devais retourner sur le circuit, continuer à jouer, à m'entraîner, parce que c'est ce que j'aime faire. J'habite à côté du club de mes parents, je n’ai qu’à me lever pour aller sur le court à côté de chez moi, le tennis reste ma passion. »

Il parcourt ensuite en détail tout ce qu’il a réalisé ces dernières années : « Pendant tout ce temps, j'ai pu faire beaucoup de choses, j'ai construit un complexe dans le club de ma famille où nous avons mis des terrains de football, un court de tennis rapide pour que je puisse m'entraîner. J'ai couru 4 marathons, j'ai étudié l'anglais et je me suis beaucoup occupé de mon fils. Quand on est joueur, on voyage 27 semaines par an, on n'a pas beaucoup de temps à consacrer à nos enfants. C'était très important pour moi de faire cela. » Il détaille ensuite comment il a fini par avouer à son fils qu’il avait triché, épisode si douloureux pour lui. « J’ai essayé de lui expliquer de la manière la plus simple que j'ai pu. Il m'a compris et heureusement, il a vu le côté positif de la chose et m'a dit ... «tu vas avoir plus de temps pour être avec moi, papa… ».

Une fois sa suspension levée, Nicolas Kicker a d’ores et déjà annoncé qu’il recommencerait à jouer des tournois Futures et demanderait des invitations pour rejouer en Challenger, histoire « de sortir rapidement du circuit Futures ». Il indique avoir reçu l’aide de plusieurs joueurs sud-américains.

« Cela m’a beaucoup aidé de m’être entrainé pendant ma suspension avec des joueurs comme Diego Schwartzman et Pablo Cuevas, entre autres. Je leur serai toujours reconnaissant. Cela m’a aidé à savoir où j’en étais au niveau du tennis. Mais depuis que je suis suspendu, je ne me suis jamais arrêté de jouer. Je pense que j'ai beaucoup amélioré ma volée. Je ne pouvais pas volleyer plus mal que ce que je faisais ! J'ai commencé à m'entraîner sur un court de paddle. Il y a aussi le service que j’ai travaillé, mais là, c'est plus difficile à corriger. »

Il confesse avoir demandé des conseils à Guillermo Canas, ancien excellent joueur argentin qui avait connu également une suspension (mais pour dopage en ce qui le concerne) : « Il m’a dit comment il avait maintenu son niveau d’entraînement. Il m’a donné de bons conseils et heureusement, je vais pouvoir revenir sur le circuit comme lui ou comme Juan Ignacio Chela qui avait gagné 6 tournois challenger en 2001 [après trois mois de suspension pour dopage]. »

Il revient également brièvement sur le rôle de la Tennis Integrity Unit, en matière de prévention. «Ils sont là pour nous protéger. Si un groupe de parieurs se manifeste, vous devez aller le signaler. C'est un sujet très compliqué que je ne connais pas très bien, il faut l’avouer. Mon avocat est plus impliqué sur ce sujet. »

Il évoque également les tentations sur le circuit secondaire. « Sans aucun doute, les jeunes joueurs qui jouent en Futures sont les plus vulnérables, car ils n’ont pas beaucoup d’argent pour voyager. Ils sont ciblés par ces groupes qui leur promettent beaucoup et ne leur donnent rien. »

A la fin de l’entretien, il va manifester le souhait de pouvoir jouer longtemps en compétition (il aura 28 ans lorsqu’il aura fini de purger sa suspension). « J’espère jouer jusqu’à 35-36 ans et être capable d’atteindre mon objectif d’entrer dans le top 30 mondial. Avant ma suspension, j’envisageais de jouer jusqu’à 31 ans. Mais sur le circuit, les joueurs peuvent jouer plus longtemps. J’espère atteindre 35 ans. »

Le joueur Argentin n’a qu’une seule hâte, pouvoir refouler un terrain en compétition… et mettre derrière lui les matches qu’il a truqués. « En vérité, je ne veux plus me souvenir de ces moments-là maintenant ».

Pour approfondir votre lecture sur le sujet, ci-dessous une interview du coordinateur de la plateforme nationale de la lutte contre les matches truqués au sein de l'ARJEL (cliquez sur la photo pour ouvrir l'article)

Comment l'ARJEL lutte contre les matches truqués

Source :
https://www.unosantafe.com.ar/ovacion/kicker-admitio-que-cometio-un-delito-muy-grave-el-tenis-n2572433.html
https://www.eldiariocba.com.ar/el-equipo/2020/3/22/cometi-un-delito-muy-grave-18053.html
http://www.ubitennis.es/2020/03/21/nicolas-kicker-no-soy-rencoroso-todavia-queda-tiempo-pero-veo-la-luz-en-el-tunel/