Cela fait maintenant plus d’un an que Noah Rubin a lancé sa plateforme Behind the Racquet, qui permet aux joueurs professionnels de faire part de leurs difficultés sur le circuit. « J’essaie d’ouvrir l’esprit et les yeux du public pour lui apprendre ce qui se passe réellement dans le tennis », explique Noah Rubin.

Daniil Medvedev est l'un des derniers joueurs en date à s'être masqué derrière sa raquette comme le veut la tradition. Et il livre un témoignage éclairant sur son début de carrière.

« Il y a toujours eu un petit combat entre ma mère et moi. Ma mère voulait que j’étudie plus, c’est pour cela que j’étais à l’école pendant que je jouais au tennis jusqu’à 18 ans. En Russie, la plupart des athlètes ont fini d’étudier à l’âge de 12 ans environ. C’est peut-être pour cela que je n’étais pas aussi bon que mes amis pendant un temps, mais je n’ai aucun regret ».

Sans grosse surprise, la période la plus difficile de sa carrière a eu lieu lorsqu’il est passé du circuit junior au circuit pro : « J’ai commencé à comprendre rapidement, après avoir joué les tournois Futures, à quel point c’était compliqué de faire le saut de la 700ème à la 300ème place mondiale. Vous devez mettre de l’argent de côté autant que possible et essayer de gagner 5 ou 6 tournois Futures le plus vite possible. Pendant cette période, je me sentais perdu parce que je ne savais pas comment faire, il y avait tant de joueurs essayant de faire la même chose. Je me souviens avoir échangé avec Bublik, alors que je jouais un tournoi Future à 30 minutes de ma résidence en France. J’étais 700ème mondial et je lui ai demandé :

«  Comment fait-on pour être 300eme mondial ? Cela me parait impossible… ». Il s’est souvenu de ça et maintenant il me fait souvent la blague. « Non mais vraiment, comment fait-on pour devenir 300ème mondial ? »

Si le Russe a pu rencontrer quelques difficultés, il considérait ne pas être suffisamment professionnel dans sa manière de gérer sa carrière, même quand il a intégré le top 100.

« Lorsque j’étais sur le terrain, je me donnais toujours à 100% mais en dehors du court, je ne faisais pas ce qu’il fallait. Je me couchais tard, je jouais des heures à la Playstation et je ne me souciais pas des petits détails. Entre la 70ème et le top 5, j’ai décidé de tout donner pour repousser mes limites. Je me souviens des moments où je jouais des matches longs. Le lendemain, je perdais parce que je ne pouvais plus bouger. Si vous discutez avec des gens que j’ai connus en junior, ils vous diront que j’étais un des joueurs avec la pire forme physique, je crampais parfois au bout d’une demi-heure…Ce sont les entraînements physiques qui m’ont permis de changer mon jeu.

Daniil Medvedev dévoile à Behind The Racquet ensuite ce qui lui a permis de passer un cap sur le plan mental.

« Il y a des gens qui vous disent que vous ne devriez pas faire ça ou dire ça de telle manière. Mais je dis ce que je veux ! Je n’ai pas d’idole, je veux juste être moi-même. Le fait que je sois top 10 ne change pas grand-chose à ça, que vous les croyiez ou non, si j’avais été 1000ème mondial à 22 ans et à la retraite parce que sans aucun potentiel, j’aurai dit la même chose. Il y a des gens hors de mon cercle qui me disent que je dois gagner tel match ou devenir meilleur mais ça me rend fou, car je ne joue pas au tennis pour eux. Tout le monde a le droit de se distancer un moment de cette pression d'être le meilleur. Si tu ne veux pas aller à l’entraînement, ne va pas à l’entraînement. Si tu es heureux tel que tu es, ne laisse personne te dire que tu dois être meilleur. Cela a été le déclic pour moi, je voulais être indépendant des autres.»

Ces mots révèlent à quel point la carrière de joueur de tennis est spécifique par rapport à d’autres sports. Dépourvu de structure collective, chaque joueur est particulièrement exposé à la pression qui émane de l’extérieur. Il doit alors apprendre à s’affirmer et gérer sa carrière comme une entreprise individuelle, qui n’a de compte à rendre à personne. Mais filtrer ce que l’entourage vous indique de faire est un exercice difficile.

« C’est plus facile à dire qu’à faire. Dans ce monde, vous avez vite fait d’entendre ce que tout le monde pense de vous. Si vous avez 10 personnes en face de vous, vous allez avoir 10 opinions différentes. Il y a toujours quelqu’un pour dire « Tu dois prendre cette voie ! », mais ce n’est pas vrai. »

Source : https://www.behindtheracquet.com/#/daniil-medvedev/