Parmi les meilleurs joueurs du monde au milieu des années 90 et encore aujourd'hui unique joueur autrichien à avoir remporté un Grand Chelem à ce jour (Roland Garros en 1995), Thomas Muster n’a jamais laissé indifférent. Et 25 ans après son sacre parisien, il continue de jouir d'une belle cote de popularité auprès des passionnés de la petite balle jaune même si Kafelnikov lui a été préféré pour rejoindre le Hall of Fame en 2019.

Né en 1967 à Leibnitz, dans un petit village au sud de Graz (Autriche), Thomas Muster a été professionnel de 1985 à 1999 mais il a surtout marqué l'histoire du circuit en tentant de prendre sa retraite en 2010 à 43 ans. Son palmarès demeure impressionnant. Numéro un mondial en 1996 pendant 6 semaines, il a remporté 44 titres en carrière (26 en ATP 250, 8 en Masters 1000 et un Grand Chelem sur la terre battue d’Auteuil en 1995). Il est le 3ème joueur de l’ère open le plus titré sur terre battue derrière Guillermo Vilas et Rafael Nadal.

Un rouleau compresseur

Gaucher surpuissant au lift dévastateur, Thomas Muster a eu l'élégance de jouer son revers à une main. Joueur plus à l'aise au fond de court que près du filet, son coup droit exceptionnel et brutal était sa meilleure arme. Doté d’un physique hors norme, celui qu’on surnommait « le bûcheron », adorait épuiser ses adversaires en utilisant son coup droit en diagonale pour s’ouvrir le terrain. Coincé en fond du court, il était capable de renvoyer toutes les balles en ponctuant chaque mouvement de raquette d’un « han », petit cri qui a fait aussi son identité. Côté faiblesse, son jeu à la volée restait perfectible. Il détestait le gazon. Son déplacement était vraiment aléatoire sur cette surface où son coup droit lifté avait du mal à faire mal à ses adversaires. Le Styrian fut d'ailleurs, pour l'anecdote, le seul numéro 1 mondial de l’ère Open à ne jamais avoir remporté un seul match à Wimbledon. 

1989 : grave accident la veille de la finale à Key Biscayne

En dehors de son physique, l’Autrichien était doté d’un mental à toute épreuve. Grièvement blessé dans un accident de voiture, son envie de revenir au haut niveau fut plus forte que la douleur.

L’année 1989 commence bien pour le jeune Autrichien qui accède à la demi-finale à l’Open d’Australie. Il atteint quelques semaines plus tard la finale du tournoi de Miami en battant notamment Yannick Noah en demi-finale… Mais il ne jouera jamais cette finale. La faute à un chauffard ivre qui va le renverser la veille du match. Touché gravement au genou, les médecins lui recommandent de faire une croix sur sa carrière de joueur professionnel. Mais c'est mal connaître Thomas Muster dont la force de caractère va lui permettre de s’en sortir. C’est la jambe dans le plâtre solidement attachée à un banc, qu’il reprend l’entraînement. Seulement 6 mois après son accident, grâce à ses efforts acharnés, il est remis sur pied pour attaquer la deuxième partie de sa carrière qui va s’avérer être une grande réussite. (Pour évaluer la difficulté de revenir au plus haut niveau après une blessure, Tennis Break News vous recommande de suivre le reportage d’Intérieur Sport des équipes de Canal Plus sur Paul Henri Mathieu).

1995 : l’apogée de sa carrière

Les premiers grands titres arrivent au début des années 90. En 1992, il remporte, à Monte Carlo, son premier Masters 1000. En 1993, il soulève son premier trophée à domicile sur la terre battue de Kitzbühel. Mais le meilleur reste à venir. 1995 sera, sans aucun doute, son année de référence (84 victoires pour 16 défaites) avec pas moins de 9 titres dont Monte Carlo, Rome mais surtout le titre suprême pour ce joueur spécialiste et amoureux de la terre battue : Roland Garros.

Pourtant, à Monte-Carlo, il sort épuisé de sa demi-finale face à Andrea Gaudenzi et doit être conduit aux urgences dans la nuit. Il va malgré tout se présenter sur le court Rainier III et remporter la finale en 5 sets face à Boris Becker qui, écœuré par l’énergie déployée par l'Autrichien, va soupçonner son adversaire d’avoir pris une potion magique.

A la Porte d’Auteuil, Thomas Muster ne va pas galvauder son sacre puisqu'il aura dominé notamment Albert Costa, Andrei Medvedev et Yevgeny Kafelnikov. En finale, il exécutera froidement en 3 sets l’Américain Michael Chan, révélation et vainqueur du tournoi à seulement 17 ans quelques années plus tôt.

Cette année-là, après une série de 40 victoires sur terre battue, les journalistes de son pays lui donnent le surnom de « Musterminator », en référence à son compatriote, Arnold Schwarzenegger, star planétaire du cinéma, sacré également 5 fois Mister Univers.

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Crédits : GEPA

En février 1996, Thomas Muster est récompensé de son année exceptionnelle par une place sur le trône mondial en profitant de la défaite d'André Agassi (face à Pete Sampras) en finale du tournoi de San José où il était tenant du titre. Chassé du trône au bout d'une semaine par Pete Sampras, il va regoûter au sommet mondial durant 5 semaines en mars et avril grâce à un titre obtenu à Mexico. Il signera cette année-là deux performances de haute volée à Monte-Carlo et à Rome. Battu par l'Autrichien au 3ème tour sur le rocher monégasque, l’Espagnol Carlos Moya aura ces paroles sans équivoque  : « Comme tout le monde, je sais comment jouer contre Muster mais actuellement personne ne peut le battre

Longtemps accusé d’être un joueur uniquement de terre battue,  il prouvera en fin de carrière que son jeu savait s’adapter à d’autres surfaces avec en 1997, une demi-finale à l’Open d’Australie , un titre à Dubai et une finale à Cincinnati.

Certains y verront un signe du destin mais c'est à Key Biscayne (Miami) qu'il soulèvera son dernier trophée en 1997 en battant en 3 sets l’Espagnol Sergio Bruguera. 47ème mondial, il va arrêter la première partie de carrière en 1999 à 32 ans à Roland Garros après une défaite au premier tour face à Lapentti.

2010 : Un come back voué à l’echec

Sa tentative de retour à 43 ans s’avère un échec. Après une vingtaine de tournois challengers, il jette l’éponge avec seulement 2 victoires à la clé dont une face à Leonardo Mayer (119ème mondial à l’époque). En 2011, il mettra un terme définitif à sa belle carrière en Autriche. Bénéficiant d'une wildcard, il sera battu à Vienne par... Dominic Thiem, un jeune autrichien de 17 ans, qui remportera ce jour-là son premier match sur le circuit ATP. On le saura que quelques années plus tard mais la passation de pouvoir venait d’avoir lieu.

Thomas Muster : "Dominic Thiem deviendra le numéro 1 mondial"

Une après carrière mouvementée

Thomas Muster s’est spécialisé dans l’immobilier en Australie et en Nouvelle Zélande. En 2016, il s’est acheté une propriété de 5,6 millions de dollars en Nouvelle Zélande. Il n’a pas complètement quitté le tennis après sa carrière sportive. Capitaine de Coupe Davis en 2004 et 2017, il a également rejoint brièvement le staff de Thiem en janvier 2020. Le début d’une grande complicité pensait-on. Mais l’expérience va tourner court et durer à peine un mois avant que Thiem décide de mettre fin à la collaboration avec son aîné. Et malheureusement pas en bon terme. Pendant que Thomas Muster se montrait énigmatique : « Je sais pourquoi il a pris cette décision mais je ne vous donnerai pas les détails. C'est comme ça. Il y a des maisons qui ont l'air bien de l'extérieur, merveilleuses même… mais on sait rarement qui vit à l'intérieur» ; le père de Dominic Thiem reprochait à Muster de ne pas se mettre au service de son fils : "La chose la plus importante est que le coach comprenne les besoins du joueur, pas qu'il ait envie de recréer une copie de lui-même. Si vous êtes accompagné de quelqu'un qui parle trop, qui en fait trop, ça ne peut pas marcher."

Source :
https://www.tennisnet.com/news/flashback-als-thomas-muster-in-miami-umgefahren-wurde
https://www.stuff.co.nz/business/87559738/former-world-no1-tennis-player-thomas-muster-buys-56m-nz-property
https://www.liberation.fr/sports/1995/05/02/muster-forcat-de-la-terre-bat-becker-damne-a-la-fin-comateux-samedi-l-autrichien-gagne-dimanche_134469
https://www.lesechos.fr/sport/tennis/open-daustralie-thiem-sest-deja-separe-de-muster-parce-que-ca-nallait-pas-1166448
https://www.humanite.fr/node/129928