En 10 ans de carrière au plus haut niveau, notre consultant Florent Serra a compilé quelques souvenirs du tournoi de Miami où il a disputé 11 matches dans le tableau principal. Parmi eux, une rencontre en 2010 face à Roger Federer, numéro un mondial à l'époque.

"Avant tout, je dois préciser que je n'étais pas très fan de cette tournée nord-américaine que je trouvais trop longue surtout lorsqu'on jouait la tournée sur terre en Amérique du Sud juste avant. Sur cette tournée, j'aimais bien l'organisation du tournoi à Indian Wells, les hôtels magnifiques, le climat (il pleut jamais) et le panorama assez exceptionnel mais je n'ai jamais réussi à bien jouer en Californie avec des conditions de jeu sèches, j'avais des difficultés à contrôler la balle. Je préférais Miami. On avait la possibilité de louer des appartements en Floride plutôt que d'aller à l'hôtel. Les Français, on avait notre petit cocon à nous à Coconut Grove avec notre restaurant le soir tenu par des Français [Le Bouchon du Grove]. L'ambiance était vraiment plus sympa en Floride et je préférais d'ailleurs les conditions de jeu plus humides. J'ai toujours mieux joué à Miami qu'à Indian Wells. Le tournoi nous mettait à disposition des voitures pour rejoindre Key Biscayne, cette presqu'île où était situé le tournoi. Il fallait être difficile pour ne pas aimer ce tournoi de Miami. J'ai fait plusieurs fois un troisième tour mais c'était mal récompensé en termes de points. Ça m'a toujours un peu frustré d'ailleurs de ne pas atteindre au moins une seule fois les huitièmes. J'ai de beaux souvenirs d'une manière générale."

2006, des victoires inédites

"Ma première participation c'est en 2006. J'étais parti 8 semaines de chez moi puisque j'avais disputé aussi les tournois sur terre battue en février. Physiquement, c'était trop pour ma hanche. C'est d'ailleurs la seule saison où j'ai effectué cette programmation. Après, j'ai décidé de rester en Europe. Quand je suis arrivé en Floride, j'étais plutôt bien classé (39ème mondial) puisque j'avais remporté le tournoi d'Adélaïde en janvier mais ensuite, j'ai eu du mal à enchaîner. Je n'étais pas au top de la confiance. C'est Rodolphe Gilbert qui était mon coach. Je m'entraînais aussi avec Gilles Simon puisqu'on travaillait tous les deux aussi avec Jérôme Potier. Je n'étais pas de bonne humeur, je râlais à l'entraînement, je m'agaçais très vite. Le tirage au sort fait que je devais affronter Gilles au premier tour. A l'entraînement, il me mettait des belles roustes mais sur ce match, je ne sais pas pourquoi j'ai bien senti la balle et il s'est agacé rapidement de ne pas me dominer comme il le faisait à l'entraînement. Je me suis imposé assez facilement (6-2/6-4) et c'est la seule fois de ma carrière où je l'ai battu [5-1 dans les confrontations en faveur de Gilles Simon]. Au deuxième tour, je tombe encore sur un Français, Richard Gasquet. Il était tête de série (12ème mondial) donc exempté de premier tour. A l'époque, Richie me craignait un peu parce que je frappais fort dans la balle et il n'aimait pas trop ça. Je lui avais résisté d'ailleurs à Wimbledon en qualifications en 2004. Je fais un super match et je m'impose en 2 sets (7-6/6-3). Mais là aussi, ça sera mon unique victoire en carrière face à Richard qui m'a battu 4 fois en 5 matches. Au 3ème tour, je perds face à Mario Ancic. Physiquement, je disputais mon 6ème tournoi en 6 semaines et je commençais vraiment à tirer la langue. Ancic m'aura quand même fait mal dans ma carrière lui aussi. Je l'ai joué trois fois et j'ai perdu trois fois. A chaque fois en trois sets. A Miami, je sauve des balles de match dans le tie-break du 2ème set pour finalement craquer dans le troisième. Sur ce match, je ne sentais pas du tout la balle mais j'ai vraiment tout donné parce que je venais de jouer deux bons matches face à Gilles et Richard et je me disais que je pouvais passer ce tour. J'espérais même à l'époque être sélectionné en Coupe Davis. Guy Forget, le sélectionneur de l'époque, était venu voir mon match face à Ancic et après le match il me dit qu'il a trouvé mon match de grande qualité et m'annonce qu'il compte sur moi pour affronter la Russie en quarts de finale à Pau. Au final, j'étais content de la manière dont cette tournée s'était finie même si ça n'effaçait pas les mauvais résultats entre Adélaïde et Miami."

Rankings: No change - ATP Tour 2009 - Tennis - Eurosport

2007, une victoire de prestige face à James Blake

"La semaine d'avant Miami, je perds contre Blake à Indian Wells en deux sets (6-3/7-6). J'étais donc content d'avoir droit à une revanche sur le central de Miami au 2ème tour. Deux jours avant, je battais l'Australien Chris Guccione qui sortait des qualifications. C'était un match très difficile sur un vieux court annexe avec un vent de malade. Il m'avait fait que des services volées, c'était un enfer mais je m'en sors sur un fait de jeu incroyable dans le 3ème set. On est à 30-40 sur son service. Il me fait un service extérieur presque impossible à retourner mais je réussis à retourner une balle en cloche. Le point est perdu, il n'a plus qu'à faire un smash mais en fait, ma balle donne l'impression de sortir donc il n'y va pas. Sauf qu'à ce moment-là, il y a une grosse rafale et ma balle finit par retomber quelques centimètres à l'intérieur du court. C'est comme ça que j'arrive à le breaker l'unique fois du match. Je m'impose 6-7/7-6/6-4. Au deuxième tour, je vais sortir vraiment un très gros match contre l'Américain. A l'époque, il était 8ème mondial, il était vraiment très fort. C'est un joueur qui aimait jouer en cadence mais je l'avais déjà battu à Rome un an auparavant. Sauf que là, sur dur à domicile, c'était quand même une mission très compliquée sur le papier mais j'y suis parvenu en trois sets (7-6/2-6/6-3) en deux heures. Dans le troisième set, je me souviens que je sauve des balles de debreak à 4-2. Le matche aurait pu basculer à ce moment-là avec le soutien du public pour lui s'il avait réussi à prendre mon service. Et pour l'anecdote, c'est Julien Benneteau qui l'avait battu dix jours avant à Indian Wells. Deux Français qui battent un Américain dans le top 10 coup sur coup, ça avait fait un peu de bruit à l'époque. En tout cas me concernant, c'était vraiment une victoire référence dans ma carrière. Mais encore une fois, je vais bloquer au 3ème tour. Je devais affronter Marat Safin mais le Russe se fait finalement sortir par Feliciano Lopez qui sortait lui des qualifications. Et je vais passer à côté de mon match. Avec son slice et son service volée, j'ai vraiment eu du mal à contrôler le match. Je perds le tie-break du premier set et physiquement ensuite, je n'ai pas réussi à prendre le dessus. De mémoire, je n'ai pas réussi à lui prendre son service. Encore une fois, un match important qui m'échappe alors que je pouvais passer un cap et entrer dans le top 30. Vraiment dommage. Avec Rodolphe Gilbert, on était vraiment déçu après cette défaite contre Lopez parce qu'il y avait la place mais je ne fais pas un bon match. Avec sa qualité de service, il m'a empêché de développer mon jeu de fond de court. Un match frustrant surtout après avoir battu James Blake."

Benneteau prend la porte - ATP Pékin 2009 - Tennis - Eurosport

2009, une défaite en travers de la gorge

"Je me souviens très bien de ce match où je perds au premier tour contre Julien Benneteau. Pour un rappel du contexte, je travaillais avec Pierre Chéret à l'époque. Je ne faisais pas un bon début de saison avec notamment deux défaites au premier tour à Indian Wells et en Challenger à Sunrise. Mais cela ne m'empêche pas de bien entrer dans le match. Je remporte le premier set, je suis bien physiquement, j'ai de bonnes sensations. Il revient bien dans le 2ème set, il mène 5-3 mais j'ai une balle de debreak. Et sur ce point, je monte au filet et il fait mine de faire semblant de partir à droite et à gauche pour me déstabiliser donc je décide de lui jouer fort dessus. Par réflexe, il ramène sa raquette devant lui, la balle touche son cadre et ricoche sur son front. Mais la balle passe quand même de mon côté. Normalement, le point est pour moi puisqu'on n'a pas le droit de jouer la balle avec son corps. Mais l'arbitre ne le voit pas et donne le point à Julien qui refuse de dire à l'arbitre qu'il a touché la balle avec sa tête. Il me dit qu'il est désolé mais que ça fait partie du jeu. Je lui réponds que les fautes d'arbitrages font évidemment partie du jeu lorsque l'arbitre se trompe sur une trace. Aucun problème sur ce sujet, les erreurs s'équilibrent mais là c'était différent. Pour moi, c'est l'esprit du jeu qui était en cause. Je lui dis "t'as pris la balle avec la tête, jamais j'accepterais de gagner un point comme ça." Il me répond qu'il ne peut pas me donner ce point à ce moment du match. C'était trop important. J'étais défait. Il gagne le jeu dans la foulée pour prendre le set 6-3 et dans le troisième set, je n'étais plus trop dans le match mais je m'accroche et je subis une autre faute d'arbitrage mais cette fois plus classique puisque sur un coup droit gagnant, le juge de ligne l'annonce faute alors que Pierre [son coach] qui est dans le bon axe me dit qu'elle est bonne. Je me fais breaker et je perds le match. Je me suis fait un peu carotter ce match et j'en ai toujours un peu voulu à "Benet" de ne pas m'avoir donné ce point. Mais au final, cette défaite va me permettre de me préparer au mieux pour la tournée sur terre battue et je vais faire finale à Casablanca juste après."

2010 : la plus belle défaite de sa carrière

"Cette année-là, je fais un début de saison mitigé mais je vais au 3ème tour à Melbourne en battant notamment Nieminen dans un match de dingue et surtout je fais ce très bon match à Indian Wells face à Berdych dont on a parlé la semaine dernière. J'arrive à Miami avec de la confiance et plutôt frais physiquement. Au premier tour, je joue Nicolas Massu. Il était loin de son meilleur niveau à cette époque (89ème mondial), il sortait des qualifications. Je craignais malgré tout son coup droit décalé et l'ambiance aussi des Chiliens à Miami où la communauté hispanique était présente en masse et offrait souvent des ambiances électriques en Floride. Au premier jeu du match, il obtient trois balles de break sur mon service mais ne les convertit pas et il explose sa raquette. En 2010, j'étais avec Boris Vallejo. On se regarde et on comprend tout de suite que si Massu est aussi nerveux, le match pourrait être plus facile que prévu. Le public a été calmé tout de suite et il n'aura pas le soutien auquel je m'attendais. Au final, je m'impose en deux sets (6-4/6-4). Au deuxième tour, j'affronte Montanes qui m'avait déjà battu sur dur à Indian Wells en 2009. Et le jour du match, il faisait une chaleur de plomb, suffocante. C'était vraiment un match compliqué. Je m'en sors en trois sets un peu miraculeusement avec une grosse prise de risque et beaucoup de grosses frappes en coup droit. Mais c'était très dur physiquement. Je me souviens qu'à l'époque, les Français avaient un gros fan club à Miami et le soir, c'était assez motivant de passer du temps avec eux dans notre restaurant qui faisait un peu office de QG. Mon objectif c'était d'atteindre le troisième tour et c'est toujours le problème quand on atteint un objectif, une forme de relâchement, soulagement et décompression inconsciente s'opère. Je m'étais fixé comme objectif d'atteindre le troisième tour pour affronter Roger que je n'avais encore jamais affronté dans ma carrière."

"Le jour du match contre Roger, il pleuvait des cordes. On était programmé en deuxième ou troisième rotation. Je n'avais pas réussi à m'entraîner sur le central pour prendre mes marques. Je m'échauffe donc sur un autre site à l'arrache entre deux averses. Je reviens à Key Biscayne et finalement on m'annonce que notre match est avancé et doit se jouer tout de suite. J'ai compris que c'est Roger (numéro un mondial à ce moment-là) qui avait demandé d'avancer le match pour jouer immédiatement. Ils ont déprogrammé un match WTA qu'ils ont déplacé sur un autre court et me voilà sur le central pas vraiment préparé, un peu prévenu au dernier moment. J'ai eu du mal à entrer dans le match, je me fais d'ailleurs breaker un peu tôt. A part les 5 minutes d'échauffement, je n'avais pas pu prendre mes marques sur le court. J'arrivais sans trop de sensations. Mais contrairement à Rafa qui m'a toujours fait l'effet d'un rouleau compresseur qui une fois lancé était impossible à renverser, je trouvais qu'avec Roger, il y avait des ouvertures. Son jeu me correspondait mieux avec une prise de balle tôt et à hauteur de hanche. Roger a toujours eu un jeu plus à risque que Rafa et forcément avec plus de fautes directes. Au final, on s'est breaké trois fois chacun dans ce match mais surtout j'ai pris deux fois son service quand il a servi pour le gain du premier set à 5-3 et pour le gain du match encore à 5-3 dans la deuxième manche. Et il était agacé Roger. Pour l'anecdote, j'avais deux supporters qui bossaient au restaurant dont je vous ai parlé tout à l'heure (https://twitter.com/bouchondugrove) qui étaient assis dans le box de Roger parce que j'avais réussi à avoir des places pour eux grâce au kiné du Suisse que je connaissais bien. A un moment, Roger a pris le bouillon et les a menacé de les faire évacuer du stade si jamais ils ouvraient la bouche encore une fois pour m'encourager... Il était tendu. Mais physiquement, j'étais moins à l'aise sur certains déplacements sur quelques coups de défense. Je m'incline 7-6/7-6. Il avait réussi à serrer le jeu dans les moments importants et moi un peu moins d'expérience pour gérer les moments clés. C'est vraiment un bon souvenir ce match malgré la défaite."