Cette semaine, aurait dû se tenir le tournoi de Houston. Et la présence au calendrier ATP de cette terre battue texane peut paraître pour certains une énigme. Comment et pourquoi les Etats-Unis, qui formate ses joueurs depuis plusieurs décennies aux surfaces dures rapides, tiennent-ils autant à cet "US Clay Court Championship" depuis 1969 ? Un chiffre interpelle pourtant : depuis 10 saisons, sur les 200 derniers tournois de terre battue sur le circuit, seulement 10 fois un Américain est parvenu en finale dont 8 fois à Houston. Il n'y a que Tiafoe à Estoril en 2018 et Isner à Nice en 2013 qui sont parvenus à atteindre une finale sur terre ailleurs que sur le sol américain. Bien avant de s'installer au Texas, ce tournoi a navigué sur tout le territoire des Etats-Unis d'Indianapolis à Charleston en passant par Orlando. Et bien avant les années 2010, certaines stars américaines (Lendl, Connors, Agassi) brillaient, elles, sur terre battue.

Au milieu des années 90, les Etats-Unis organisaient encore trois tournois sur terre battue durant la saison, Houston est le dernier survivant 25 ans après. Coincé entre les tournois majeurs sur dur américains (Indian Wells, Miami) et le début de saison sur terre battue en Europe, l’US Clay Court apparaît désormais comme un véritable OVNI dans le calendrier pour différentes raisons.

Houston, quatrième ville américaine la plus peuplée, accueille ce tournoi ATP 250 de 4ème catégorie depuis 2001 au magnifique River Oaks Country Club dans un nouveau complexe achevé en mars 2009. Certains joueurs ont vraiment adopté ce tournoi. C’est le cas de Sam Querrey, ancien demi-finaliste de tournoi de Grand Chelem qui ne manque pas de s’inscrire à ce tournoi dès qu’il le peut. Avec 27 matches disputés, il est le joueur encore en activité qui a joué le plus de match à Houston et devrait rapidement prendre la tête puisqu'il n'est devancé que par Andy Roddick (28 matches) et James Blake (29 matches) : « Le club ici à River Oaks est incroyable. Ils ont une grande énergie. Vous savez, nous avons un super parcours de golf ici, nous avons un beau vestiaire, une salle de sport. »

Ce tournoi s’est vraiment installé depuis de nombreuses années sur le circuit ATP. Il fait partie du circuit officiel de l'ATP depuis 1969. Manuel Orantes, Jimmy Connors, Ivan Lendl, Mats Wilander, Andre Agassi, Michael Chang, Jim Courrier, Andy Roddick, Lleyton Hewitt ou encore John Isner ont tous soulevé ce trophée. Il possède donc une véritable histoire contrairement à d’autres tournois qui ont été créés de toutes pièces et qui n’ont pas survécu aux difficultés économiques inhérentes aux tournois ATP en dehors des grands chelems (Voir à ce titre l’interview de Jean François Caujolle, directeur du tournoi de Marseille https://blog.lefigaro.fr/sport-business/2013/02/itw-jf-caujolle-le-public-recherche-lexceptionnel.html) .

La particularité de ce tournoi américain qui fait aussi son unicité est sa terre battue. Une véritable étrangeté au pays de l’Oncle Sam où les tournois sur terre battue sont vraiment très peu nombreux. Cependant, pour attirer le public qui aiment tant soutenir ses joueurs américains, l’organisation a dû s’adapter et offrir des conditions de jeu très rapides pour correspondre aux caractéristiques de la bande à John Isner. La brique pillée est vraiment différente de celle utilisée en Europe. Le grain est plus gros. La surface, par ses caractéristiques, se rapproche plus d’une surface rapide. Les grands serveurs sont donc davantage mis en avant et c'est pourquoi les cinq titres remportés sur terre par des Américains depuis 10 ans l'ont tous été à Houston : Johnson (2017 et 2018), Sock (2015), Isner (en 2013) et Sweeting (2011).

Historiquement, le tournoi de Houston a permis de faire éclore de jeunes joueurs encore inconnus du grand public. En 1985, un jeune joueur allemand aux cheveux blonds et au service puissant (il a été le premier joueur du circuit à servir à 200km/h) est éliminé en demi-finale par Ivan Lendl. Deux mois plus tard, le jeune Boris "Boum Boum" Becker remporte Wimbledon à 17 ans. En 1987, un jeune joueur de 17 ans (classé déjà dans le top 100 mondial) fait sa première apparition à Indianapolis. Il est américain et va devenir en quelques années l’un des meilleurs joueurs au monde. Il s’appelle André Agassi, futur numéro mondial et vainqueur de 8 tournois du Grand Chelem.

Certaines rencontres au River Oaks Country Club demeurent épiques. Notamment cette finale en 1974 à Indianapolis entre Jimmy Connors et Bjorn Borg. L'Américain y remportera son unique tournoi sur terre battue cette saison-là tandis que le Suédois soulèvera son premier Grand Chelem à Roland Garros quelques semaines plus tard. L’Américain Connors remportera lui Wimbledon et l’US Open cette même année. En 2004, l’Allemand Tommy Haas (ex numéro 2 mondial 2 ans auparavant) est dans les profondeurs du classement après une grave blessure à l’épaule qui l’a contraint de se faire opérer. 349ème mondial, il s’impose en finale face à l’Américain Andy Roddick.

Au final, le tournoi de Houston est un tournoi prisé par de nombreux Américains qui y sont très attachés. Ce tournoi est le dernier bastion d'un pays qui peine tant à voir ses joueurs briller sur l'ocre. D'ailleurs en 2019, Sam Querrey n'a disputé qu'un seul tournoi sur toute la saison de terre battue : à Houston.

Malgré les conditions de jeu, les spécialistes de la terre ne se privent pas pour aller titiller les Américains. Verdasco, Monaco et récemment Garin ont remporté le tournoi, globalement dominé par les meilleurs serveurs du circuit. Houston a un climat subtropical humide où les étés y sont chauds et humides. Les températures sont nettement plus clémentes en avril mais il peut arriver que la pluie perturbe les matches notamment dans les années 90 où le tournoi s'était disputé en indoor sur moquette (1991) puis avait vu la finale décalée au lundi (1992). Un vaste système de drainage a été développé autour du court en 1995.

Quelques statistiques sur ce tournoi :

  • À ce jour, les joueurs les plus titrés sont Jimmy Connors (4 titres et 2 finales en simple et 1 titre en double), Manuel Orantes (3 titres en simple et 1 titre et 1 finale en double), Andy Roddick (3 titres et 2 finales en simple et 1 titre en double)
  • Les frères jumeaux Bob et Mike Bryan ont remporté 8 fois l’épreuve. Ils sont la paire la plus titrée en double avec un total de 119 tournois gagnés sur le circuit ATP dont 16 Grands Chelems.
  • 3 Français ont atteint la finale du tournoi. Aucun n’a réussi à remporter le tournoi. Il s’agit de Georges Goven (battu par Manuel Orantes en 1973), Thierry Tulasne (battu par Andres Gomez en 1986) et Sébastien Grosjean (battu par Andy Roddick en 2005).