Élu révélation de la saison en 2019 juste devant Daniil Medvedev par les lecteurs et abonnés de Tennis Break News, Matteo Berrettini est désormais installé dans le top 10 mondial depuis octobre dernier, à peine quinze mois après son premier titre sur le circuit à Gstaad en juillet 2018. C'est désormais lui le pilier du tennis tennis italien, le colosse sur lequel repose les fondations d'une renaissance.

Sept joueurs italiens dans le top 100, deux dans le top 15, un Master 1000 remporté en 2019 (à Monte Carlo par Fabio Fognini), un nouveau patron de l'ATP de nationalité italienne (Andrea Gaudenzi) nommé pour la période 2020 à 2023 ; l'année 2019 a été particulièrement faste pour le tennis transalpin. Et c'est probablement parti pour durer... Pour rappel, à partir de 2021, Turin accueillera l'ATP Masters Final en lieu et place de Londres.

Milan accueille également le tournoi Next Gen ATP Finals et devrait voir passer quelques-uns de ses jeunes espoirs maison dans les années à venir. En jeune homme pressé, Jannick Sinner a raflé le tournoi des espoirs qui semblait promis à Alex de Minaur et pourrait compléter le contingent italien dans le top 50 dans les prochains mois (actuellement 73ème). Derrière, le jeune terrien Lorenzo Musetti (284ème mondial et n°1 mondial des moins de 18 ans) a essayé d'apprivoiser l'indoor du côté du tournoi d'Ortisei en fin d'année dernière et devrait s'installer sur le circuit challenger très rapidement.

Le tennis italien a manifestement fini de manger son pain noir, lui qui a dû se contenter pendant des années des exploits d'Andreas Seppi et de Felippo Volandri, des matchs truqués de Potito Starace et des 21 tournois challengers remportés par Paolo Lorenzi (3ème recordman en nombre de titres à ce niveau tout de même).

Mais quelles sont les raisons de ce renouveau italien ?

Soucieux de faire progresser le tennis transalpin, la Fédération italienne a mis à disposition le centre technique de Tirrenia, situé à l'intérieur du Centre d'entraînement olympique. Celui-ci a été créé en 2004 sous la direction de Renzo Furlan (ancien n°19 à l'ATP) avec l'objectif de former les nouveaux fers de lance du tennis italien. Après quelques années de tâtonnement lié à la planification d'une méthode de travail et la position isolée de la structure qui rendait complexe le recrutement de bons techniciens et formateurs, le centre est aujourd'hui une référence en matière de formation [1]. Celui-ci s'est fortement appuyé depuis 2015 sur toute une architecture de structures décentralisées, organisées par classes d'âge. Il a été en effet analysé que les enfants formés au centre risquaient de souffrir de la distance de leur famille.

« Il ne fait aucun doute que la restructuration du secteur technique à partir des centres provinciaux d'agrégation (9 à 11 ans) puis des 26 centres techniques périphériques (12 à 14 ans) au centre technique fédéral de Tirrenia a donné un énorme coup de fouet à notre formation, explique Filippo Volandri, nouveau directeur du centre. Cela nous permet de trouver des perspectives potentielles dans toutes les provinces italiennes, puis les centres périphériques. Cela permet aux enfants entre 14 et 17 ans de s'entraîner avec des adversaires du même niveau tout en restant près de chez eux, avant d'atterrir, si nécessaire, à Tirrenia, qui est devenu notre centre de haute spécialisation [2].

Autre élément déterminant dans l'émergence de la nouvelle génération italienne, un programme pour les joueurs âgés de 18 ans à 24 ans a également été mis en place. Auparavant, la prise en charge des joueurs qui avaient atteint leur majorité n’intéressait pas la fédération. Désormais, ces derniers sont aidés financièrement et reçoivent des invitations pour des tournois. De cette façon, les sportifs italiens ont la garantie d'être soutenus plus longtemps dans leur carrière [3]. Parmi eux, Lorenzo Sonego (qui a commencé le tennis tardivement à 11 ans) et Matteo Berrettini, ont été parmi les premiers bénéficiaires de ce projet. « Nous avons compris que le moment le plus délicat des joueurs était le passage de la période junior au professionnalisme, admet Umberto Rianna, responsable du projet « Over 18 ». La Fédération fournit des ressources et la possibilité de formation dans les centres techniques. Il se tient à côté des jeunes hommes et apporte un message : il faut de la qualité. Ainsi, un entraîneur sportif de haut niveau, un personnel médical, un nutritionniste, un entraîneur mental accompagnent les joueurs au quotidien... Les structures privées ont fait comprendre à la Fédération l'importance de ce saut qualitatif. [4]»

Le centre offre également aux athlètes des structures exceptionnelles avec onze courts de tennis (quatre sur terre battue et huit sur dur). Les joueurs ont ainsi la possibilité de s'exercer sur les deux surfaces, ce qui n'était pas forcément le cas de leurs aînés. «Avant, les joueurs italiens avaient un problème : nous ne jouions que sur terre battue, indique Paolo Lorenzi ». Et cette diversification semble avoir un effet bénéfique. Lorenzo Sonego, qui est un joueur affectionnant la terre battue, a ainsi pu gagner son premier titre à Antalya, sur gazon. Lorenzo Musetti, qui suit le programme de Tirrenia, s'attache aujourd'hui à s'améliorer au service sur les surfaces rapides du centre [5].

Enfin, l'Italie peut également compter sur un réseau très important de tournois en challenger et en Futures, ce qui permet aux jeunes joueurs de progresser plus facilement et de faire des économies en matière de frais de déplacement.  «Les challengers en Italie ont permis aux joueurs de rivaliser avec les professionnels et d'augmenter la concurrence entre eux à un niveau supérieur. La demi-finale de Roland Garros de Marco Cecchinato a ouvert l'espoir à tous ceux qui l'avaient battu, indique Corrado Tschabuschnig, fondateur de l'agence Top Seed, qui gère les carrières de Berrettini et Sonego. Les entraîneurs ont aussi leur part : en Italie, nous en avons beaucoup, de Santopadre à Rianna en passant par Sartori, qui sont disponibles de 8h à 23h et n'ont rien à envier aux étrangers » [6] Et comment ne pas citer Riccardo Piatti qui gère le centre d'entraînement éponyme de renommée internationale où travaille justement Massimo Sartori.

Matteo Berrettini est un symbole de cette nouvelle stratégie du tennis italien. Avec Sonego et Cecchinato, il présente le point commun d'avoir été un joueur n'ayant pas eu une grande carrière chez les juniors (il y a été un modeste 50ème mondial). « Quand il avait 16 ans,il y avait eu des tests sur les jeunes pour voir lesquels étaient les meilleurs et dans quel domaine. Le seul truc où il a été premier, c’est la taille. C’était le plus grand. Mais pour le reste, pas du tout », indique son coach Vincenzo Santopadre, qui l’entraîne depuis ses 9 ans. [7] En explosivité, vitesse, résistance, il n'était nulle part le meilleur. Mais il était très déterminé. Il avait une grande qualité d'écoute et il était très investi à l’entraînement, à fond à chaque minute. »

Matteo Berrettini ne présentait donc pas de talent naturel à exploiter. Et pour cause, à l'age de 7 ans, le jeune garçon avait choisi le judo et la natation. Il ne doit son détour vers le tennis qu'à son frère Jacopo (également joueur professionnel, aujourd'hui 491ème joueur mondial) qui n'arrêtait pas de le pousser à venir jouer avec lui. Les entraînements passés entre les deux frères ont créé une certaine forme d'émulation. « Petits, on s’entraînait ensemble tout le temps, et même pendant les vacances, on jouait tous les deux. Nous nous sommes beaucoup aidés (…) Avec mon frère, on ne se ressemble absolument pas. Je suis brun aux yeux foncés, il est blond aux yeux verts. J'ai toujours été meilleur côté coup droit et lui en revers. Pour progresser, je passais mon temps à jouer son coup droit et lui insistait sur mon revers. Je voulais le battre en diagonale de revers, alors je me suis énormément entraîné »

Si les lecteurs et abonnés de Tennis Break News l'ont élu "révélation de la saison 2019", les joueurs de l'ATP ont été encore plus généreux en octroyant à Matteo Berrettini le titre de « Most Improved player of the Year », qui récompense le joueur ayant réussi la plus forte progression sur le circuit. Mais cette progression spectaculaire en 2019 est effective depuis son adolescence en réalité et porte le sceau de son entraîneur de toujours, Vincenzo Santopadre (ancien 100ème mondial en 1999), dont le nom de famille est assez symptomatique du rapport qui l'unit au colosse romain.

Matteo Berrettini en 2014

Vincenzo Santopadre a ni plus ni moins façonné le joueur, malgré ses lacunes sur le plan technique et surtout athlétique, l'objectif avoué aux parents du jeune romain étant d'établir un travail de fond et de maturation qui ne devait pas être payant pendant sa carrière de junior mais à l'orée de ses 20 ans. « Je l'ai rencontré à l'âge de 14 ans et je passe plus de temps avec lui qu'avec ma famille », concède le joueur italien. [8]

Pendant que les jeunes espoirs s’entraînaient à plein temps et enchaînaient les tournois juniors, Berrettini prenait son mal en patience. « Je voulais jouer plus, mais je n'étais pas prêt dans ma tête et je n'étais pas prêt physiquement. J'avais confiance en Vincenzo et cela m'a beaucoup aidé. Je ne me suis pas brûlé les ailes ». Cette stratégie a amplifié le désir du joueur de devenir professionnel. « Personne ne savait si c'était la bonne décision ou non, concède Santopadre. Mais je pensais que nous devions être patients avant tout.[9] » Cette période a en tout cas permis au joueur de gagner énormément en maturité. « Personne dans l'équipe n'avait vraiment besoin de lui, avoue son manager Corrado Tschabuschnig. C'est un élément essentiel. On peut le perdre demain et cela n'affectera personne. Matteo a été traité comme un homme de 25 ans alors qu'il en avait 15. »

A l'ombre des grands espoirs mondiaux, Matteo Berrettini travaille son sens tactique et s'appuie beaucoup sur les psychologues du sport. « Il n'a pas ressenti la pression que les adultes peuvent donner aux jeunes. Vincenzo Santopadre était toujours contre cela, confesse Corrado Tschabuschnig. Il voulait créer quelqu'un pour le futur. Les parents de certains joueurs veulent parfois les faire grandir trop vite parce qu'ils veulent quelques chose d'eux. ». Au final, le joueur lui-même confirme les bienfaits de cette stratégie : « Quand nous avons commencé, c'était juste pour le plaisir, et c'est le secret, cela ne m'a jamais mis de pression avant d'atteindre la vingtaine. Il me disait que le tennis n'était pas un sprint, que c'était un marathon et cela m'a aidé à me développer musculairement et à améliorer mon entraînement athlétique. [10] 

Berrettini a 19 ans lorsqu'il gagne son premier point ATP.  Joueur ayant fait ses gammes sur terre battue, c'est également à cet âge que son coach le pousse à se perfectionner sur dur – conformément à la nouvelle doctrine de la Fédération Italienne – d'autant que son jeu lui permet d'être potentiellement performant sur cette surface. « J’avais l’habitude de jouer et m’entraîner sur terre battue et mon coach m’a dit qu’il fallait progresser sur les surfaces les plus rapides, avoue-t-il en interview pendant le dernier US Open. J’ai donc joué beaucoup de Futures en 2015, près de 70% de mes matchs sur dur. Mes armes vont bien sur dur, mais ce n’est pas aussi facile, j’aime bien jouer quand j’ai le temps. C’était mon plus gros travail ces dernières années. [11]»

Le joueur italien travaille également dur pour réduire ses faiblesses sur le plan technique. «Ses armes principales sont le service et le coup droit. Mais le coup droit est le coup qu’on a le moins travaillé, c’est le plus naturel, a détaillé son entraîneur. En revanche, on a beaucoup travaillé et changé son service et son revers. [12]»

Matteo Berrettini en 2016

Berrettini fait ses débuts sur le circuit ATP en 2017, grâce à une wildcard, au Masters 1000 de Rome (contre Fabio Fognini) avant de remporter en juillet son premier titre challenger à San Benedetto (il en remportera 3 au total). Il ne gagnera son premier match sur le circuit principal que le 1er janvier 2018 à Doha face à Viktor Troicki. A partir de là, la carrière du Romain ne sera qu'une suite d'échelons gravis à toute allure. Enchaînant quelques belles performances sur terre battue, Berrettini gagne son premier titre ATP à Gstaad en juillet 2018 contre Roberto Bautista Agut, sans avoir perdu un seul set sur le tournoi, mais surtout, fait exceptionnel sur terre battue, sans avoir concédé une seule fois son service durant toute le tournoi. Il termine alors l'année 2018 aux portes du top 50.

L'année 2019 sera définitivement celle de la révélation. Joueur un peu inconstant par le passé, il va faire preuve d'une régularité assez remarquable. Jusqu'à présent encore tâtonnant sur dur, il commence d'emblée à prendre du galon sur cette surface (quart de finale à Sofia et titre au challenger de Phoenix remporté contre un Kukushkin qui était particulièrement en verve sur le début de saison). Mais c'est la saison sur terre battue qui va lui faire passer un cap. « J'ai décidé de changer quelque chose après ma défaite au premier tour à Monte-Carlo (ndlr : face à Grigor Dimitrov), où de nombreux Italiens ont performé (Fabio Fognini titré, Lorenzo Sonego en quart de finale et Marco Cecchinato en huitième de finale) et j'ai utilisé leurs succès pour me stimuler ». Il réalise ensuite un bel enchaînement de 9 victoires en 10 matches sur les tournois de Budapest (qu'il remporte, son 2ème titre ATP) et Munich où il perd en finale contre Cristian Garin (voir son portrait du Chilien réalisé sur la rédaction de Tennis Break News) en étant émoussé physiquement après avoir joué deux matches le dimanche en raison des intempéries.

Un peu tendre sur le tournoi de Roland Garros, il se tourne alors vers la saison sur gazon sans aucune certitude. A l'instar d'autres jeunes joueurs comme Ugo Humbert ou Felix Auger Aliassime (voir leurs deux portraits ici et ici), il y montre d'étonnantes dispositions malgré un déficit d'expérience sur cette surface. « Honnêtement, je ne m'attendais pas à faire aussi bien sur herbe », concède-t-il. Bien aidé par son service de plomb qui le rend très difficile à manœuvrer sur ses mises en jeu, il remporte son 3ème titre ATP à Stuttgart. Il réalisera un joli parcours également à Wimbledon qui le verra se débarrasser d'un adversaire tenace au retour en la personne de Diego Schwartzman, et ce au prix d'une belle empoignade en 5 sets et 3 balles de matchs sauvées. Trop tendre encore une fois, il passe à côté de son 8ème de finale contre Roger Federer. Même si le Romain ne souhaite pas faire de complexe devant un joueur qu'il admire (« Quand j’ai commencé à jouer les tournois où il était présent, j’ai réalisé que je ne pouvais plus être son fan ! »), il s'avère encore une fois trop tendre et passe à côté de l'événement. Lors de sa poignée de main à la fin du match, il lâchera un « Merci pour la leçon » qui fera sourire le suisse. « Pour moi, ce moment était comme un rêve (..) Être à Wimbledon, sur le court central, contre mon idole, c'était quelque chose de plus qu'une victoire ou une défaite. J'ai dit à mon staff qu'on avait encore beaucoup de choses à améliorer parce je veux être capable de rejouer avec ce type et faire mieux ».

Il était écrit que cette quinzaine londonienne ne serait pas le Grand Chelem qui devait le révéler aux yeux du grand public.

Cela sera pour l'US Open ! Bien que n'ayant jamais remporté de matches en Grand Chelem sur dur, il réalise un superbe parcours en étant le premier Italien de l'histoire à atteindre une demi-finale à New York. Son quart de finale contre Gaël Monfils restera dans les mémoires, face à un Français se révélant hélas incapable de sortir vainqueur de ce duel face à un adversaire inexpérimenté.
« En jouant, je me disais que c’était le plus beau match que j’ai vu, alors même que je le jouais », révèle après coup l'Italien. Celui-ci en aura vu de toutes les couleurs en effet, dominé pendant plus d'un set, profitant d'un étonnant coup de pompe physique du français sous la moiteur new-yorkaise, avant de subir un inespéré réveil de son adversaire dans le quatrième set. Breakant Monfils à 4-4 dans le cinquième set à la suite d'un jeu de service très mal négocié par le Français, Berrettini est rattrapé par la pression et perd son service. Sur cette fin de match étrange, il aura ainsi 2 adversaires à négocier, lui-même et Monfils, le premier étant certainement le plus redoutable. « Au moment où j'ai fait ma double faute sur ma balle de match, j'étais vraiment moi-même, confesse-t-il. Tout le travail que j'avais accompli avec mon équipe pendant des années, pas seulement celle-ci, c'était pour arriver face à ce genre de moment. Lorsque j'ai réalisé cela, je me suis dit : « c'est normal d'être tendu, c'est normal d'être un peu effrayé. C'est ta première fois en quart de finale de l'US Open, le stade Arthur Ash est plein, qu'est-ce que tu espérais de toi ? Alors, c'est normal de montrer de l'émotion ». Et j'ai accepté cela. Donc oui, ce match m'a défini parce que j'étais moi-même à ce moment-là. » [12] Il finira par gagner son combat mental dans le jeu décisif du cinquième set.

Les Américains auront ainsi découvert pendant la quinzaine un guerrier au service foudroyant (chronométré à 228,5 km/h à New York), au coup droit surpuissant et au revers, son coup le plus faible, parfois slicé pour temporiser intelligemment. « Il est taillé comme un joueur de rugby, mais il sait ce qu'il  fait sur le terrain, s'émerveille Jim Courier. Ce n'est pas juste un taureau sur le court. Il est en train de devenir un top player [13].

Matteo Berrettini aura surtout imposé sa marque sur toutes les surfaces et c'est son plus bel accomplissement cette année. « Je disais avant l'US Open que ma surface favorite étaient la terre battue et le gazon. Avant la saison sur gazon, je disais la terre battue. Maintenant, je pourrais dire que j'aime toutes les surfaces » [14], confesse-t-il avec un sourire.

Malgré tout, l'italien confesse avoir encore des progrès à réaliser pour devenir un joueur multi-surface accompli. « Je suis grand donc je n'aurai jamais une grande mobilité, mais j'essaie de m'améliorer en revers, et mon objectif est d'aller plus souvent au filet et de bouger mieux sur les côtés. » [15]

Il devra également s'améliorer physiquement, lui qui a subi début 2020, les conséquences d'une saison 2019 qui a laissé des traces sur ce plan. « Je me suis blessé à la fin de la saison, aux abdos et à la hanche, car je n'étais pas prêt à jouer autant de matches ». Faute à une intersaison tronquée en terme de préparation, Matteo Berrettini passera totalement à côté de son Open d'Australie 2020 et devra ensuite déclarer forfait pour le Golden Swing en février (tournée sud-américaine de terre battue).

Aujourd'hui confiné avec sa compagne Alja Tomljanovic à Boca Raton en Floride, le colosse italien assure aller bien et prend son mal en patience. Chanceux, il fait partie des joueurs qui ont la possiblité de s’entraîner sur un terrain de tennis. « Mais je ne peux pas faire beaucoup plus que défendre sur ses balles » rigole sa nouvelle partenaire. Il est cependant assez compliqué de s’entraîner sans aucune visibilité sur la suite de la saison de tennis et le joueur essaye de faire preuve de philosophie. « Sans entraînement, je ressens beaucoup de douleur, donc je ne peux pas m'arrêter. On ne peut pas travailler très dur pendant deux ou trois mois parce qu'on deviendrait fou ! On doit trouver l'équilibre entre plaisir et travail. Il faut vivre ce moment comme si vous souffriez d'une grave blessure. Les joueurs expérimentés savent gérer ce genre de période, même si Federer a eu sa première blessure grave à 35 ans ! Mais c'est certain qu'un joueur expérimenté sait comment agir dans un tel moment. Il faut être calme et patient. [16]»

Malgré tout, en ayant un terrain de tennis à sa disposition, l'Italien part avec un léger avantage par rapport aux joueurs qui n'ont que la capacité de s'entretenir physiquement. Et cela n'est pas négligeable. Lorsque les choses reprendront leur cours normal, il devra en effet franchir l'écueil de la saison de confirmation, sur lequel beaucoup d'autres joueurs se sont heurtés par le passé... Cependant, malgré ce début de saison plein d'incertitudes sur tous les plans, la Fédération Italienne peut être satisfaite. Elle aura eu la chance de concrétiser d'emblée leur stratégie ancrée sur la post-formation avec Matteo Berrettini, aujourd'hui 8ème mondial au classement ATP.

A la fin du confinement, le joueur retournera au centre technique de Tirrenia et bénéficiera dans son encadrement de l'apport d'Umberto Rianna, responsable du projet « Over 18 » (celui-ci suit également Lorenzo Sonego). « Je parle à Gipo (ndlr : Arbino, l'entraîneur de Lorenzo Sonego) et Vincenzo plusieurs fois par jour, admet ce dernier. Pour moi, il est plus facile, lorsque je suis directement impliqué, de voir les choses et de donner des conseils. Si je vois quelque chose d'important à signaler d'un point de vue technique ou tactique, mon premier interlocuteur est le coach ». Il récuse cependant être l’entraîneur de Matteo Berrettini : « Je ne suis pas l'entraîneur de Berrettini et Sonego, je ne suis même pas l'entraîneur des entraîneurs", explique-t-il. "Vincenzo trace la voie, je m'implique, nous échangeons, je dis mon opinion, Vincenzo parle avec Matteo et avec moi ». Il n’empêche que l'homme est bien plus qu'un simple consultant et démontre l'implication de la Fédération, au quotidien sur ces jeunes joueurs. A titre d'exemple, lors du tournoi de Munich, les deux joueurs cités précédemment ont dû se passer de leurs deux mentors et n'ont voyagé qu'avec Rianna. On le voit également régulièrement à Turin et à Rome pour les suivre à l’entraînement et dans la préparation des tournois.

Toujours est-il que ce mode de fonctionnement intelligent, totalement accepté par les deux entraîneurs, est une recette gagnante qui a permis aux deux joueurs de signer deux belles progressions depuis un an. « Matteo est un peu plus en avance, plus mature (ndlr : que Sonego) ", explique-t-il. En septembre dernier, par exemple, il nous a tous convoqué, de Santopadre, au coach mental, jusqu'à son père. Et il dit à tout le monde ce qu'on attend de lui. C'est indicatif d'un garçon avec beaucoup de substance. » [18]

Le processus de maturation est en marche, le tennis italien attend dorénavant que les jeunes Berrettini, Sonego, Sinner, Musetti ou encore Zeppieri soit pleinement al dente !

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Classement des révélations de la saison 2019
15ème ex-aequo : Londero O'Connell (18 voix)
14ème : Humbert (21 voix)
13ème : Garin (26 voix)
12ème : Fritz (28 voix)
11ème : Albot (29 voix)
10ème : Pella (35 voix)
9ème : Hurkacz (38 voix)
8ème : Shapovalov (43 voix)
7ème : Tsitsipas (48 voix)
6ème : Rublev (57 voix)
5ème : De Minaur (72 voix)
4ème : Sinner (83 voix)
3ème : Auger-Aliassime (109 voix)
2ème : Medvedev (221 voix)
1er : Berrettini (242 voix)

Pour suivre Stephen sur twitter
https://twitter.com/SG_Lockwood


[1] https://www.spaziotennis.com/editor/reportage-tirrenia-capitolo-i-insieme-continuita-preparare-futuro/50707

[2] https://www.ubitennis.com/blog/2019/05/01/saranno-famosi-intervista-a-filippo-volandri-crivelli-berrettini-non-si-ferma-e-domani-torna-fognini-semeraro-la-schiavone-diventa-maestra-per-i-bambini-di-milano-sonzogni/

[3] https://www.letemps.ch/sport/tennis-masculin-renaissance-italienne

[4] https://www.supertennis.tv/Rubriche/Conosci-i-tuoi-campioni/190518-intervista-rianna

[5] https://iltirreno.gelocal.it/sport/2019/06/13/news/tirrenia-il-laboratorio-del-boom-italiano-1.33570010

[6] https://www.tenniscircus.com/circuito-atp/intervista-al-manager-di-berrettini-e-sonego/

[7] http://sport24.lefigaro.fr/tennis/us-open/actualites/us-open-matteo-berrettini-l-embellie-italienne-972498

[8] https://www.ubitennis.com/blog/2020/04/09/berrettini-a-chris-evert-ho-veramente-paura-che-la-stagione-possa-essere-cancellata/

[9]https://www.nytimes.com/2019/09/06/sports/tennis/us-open-matteo-berrettini.html

[10] https://www.ubitennis.com/blog/2020/04/09/berrettini-a-chris-evert-ho-veramente-paura-che-la-stagione-possa-essere-cancellata/

[11] https://www.ubitennis.com/blog/2020/04/09/berrettini-a-chris-evert-ho-veramente-paura-che-la-stagione-possa-essere-cancellata/

[12] https://www.liberation.fr/sports/2019/09/04/berrettini-du-tres-costaud-pour-monfils_1749218

[13] https://www.nytimes.com/2019/11/07/sports/tennis/matteo-berrettini-italy-atp-finals.html

[14] https://www.nytimes.com/2019/11/07/sports/tennis/matteo-berrettini-italy-atp-finals.html

[15] https://www.ubitennis.com/blog/2020/04/09/berrettini-a-chris-evert-ho-veramente-paura-che-la-stagione-possa-essere-cancellata/

[16] https://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Matteo-berrettini-on-doit-trouver-l-equilibre-entre-plaisir-et-travail/1126348

[17] https://www.supertennis.tv/Rubriche/Conosci-i-tuoi-campioni/190518-intervista-rianna

[18] https://www.supertennis.tv/Rubriche/Conosci-i-tuoi-campioni/190518-intervista-rianna