Alors que le sport commence à reprendre en Allemagne sous restrictions, Jan-Lennard Struff, 34ème joueur mondial, a reçu la semaine dernière un permis spécial pour s’entraîner pendant la crise du Coronavirus de la part du land Rhénanie-du-Nord-Westphalie d'où il est originaire. « Je peux comprendre que de telles exemptions pour les athlètes soient critiquées par le reste de la population dans la situation actuelle. Mais c'est aussi mon travail. Et nous avons des conditions strictes à respecter »[1] avait-il commenté en fin de semaine dernière.

Le joueur de 29 ans a livré une courte interview pour le journal allemand Tennis Magazin où il revient sur ses conditions d’entraînement. Entretien dont voici la retranscription.

Jan-Lennard Struff, après une pause officiellement décrétée par les autorités, vous pouvez vous entraîner à nouveau grâce à une exemption. Comment vous sentez-vous ?
C'est l'une des périodes les plus longues que j'ai eu sans raquette et c'est également étrange de rester en forme d'une manière différente que d'habitude. Quand j'ai rejoué pour la première fois, c'était assez effrayant et je ne me sentais pas très bien. Mais c'est assez facile de revenir dans le rythme. J'ai joué au tennis tellement longtemps, je ne peux pas oublier comment jouer. Mais cela prend du temps.

Comment vous travaillez dans ces conditions particulières ?
Nous avons l'autorisation de nous entraîner en salle à deux soit avec mon entraîneur soit avec mon sparring partner. Il y a des dispositifs de désinfection, nous gardons une certaine distance nécessaire. En ce moment, l'entraînement se déroule de manière à ce que nous jouions un peu, en donnant de petites impulsions. Par exemple, en faisant plus de décalages en coup droit ou en courant sur les côtés - c'est la chose la plus difficile pour le moment, l'intensité part si rapidement...

En temps normal, un joueur professionnel a toujours des tournois en prévision. Qu'est-ce que cela vous fait de vous entraîner sans véritable objectif ?
On ne sait pas comment le gérer. C'est si difficile de jouer sans objectif. Dans un autre contexte, on se dit : je dois être prêt pour le prochain tournoi dans deux semaines et je dois travailler mon service par exemple. Là, pour la première fois depuis longtemps, je me suis demandé pourquoi je faisais tout ça. Un jour après, j'ai eu à nouveau ce sentiment. C'est vraiment une situation compliquée. Quand les tournois seront à nouveau à portée de vue, il y aura certainement 4 à 6 semaines de préparation, où il sera nécessaire de se reconstruire en terme de niveau et d'intensité.

Soudainement, vous vous retrouvez à la maison pendant un temps long. Comment vous ressentez cette période ?
Je suis vraiment super heureux de passer autant de temps avec ma copine et mon fils. Il vient d'avoir un an. Récemment, je me suis un peu mis en retrait des sujets tennis parce que je voulais passer plus de temps avec ma famille. Dorénavant, je peux m'occuper de mon fils la journée et passer du temps avec ma copine le soir, ce qui était beaucoup plus difficile avant.

D'un autre côté, vous étiez au top de votre forme quand le circuit a été suspendu. Est-ce que cela vous ennuie ?
Oui, c'est vrai, j'étais dans une bonne forme. Les années sont limitées dans une carrière donc c'est regrettable quand quelque chose comme cela arrive. Mais je vois que je peux tirer le meilleur de cette période, d'un point de vue sportif et familial. Quand la compétition reprendra, je serai plus fort. On verra ceux qui se seront bien reposés et auront bien travaillé. Ce sera une situation à la fois nouvelle et brutale pour tout le monde.

Jusqu'à quel point un joueur professionnel peut-il être affecté par la crise actuelle ? Est-ce que vous ressentez des répercussions sur le plan financier de votre côté ?
Bien sûr. Certes, j'ai très bien joué ces dernières années et j'ai aujourd'hui un petit matelas d'économies mais si vous extrapolez un peu, le manque à gagner de ces dernières semaines est assez incroyable. Si vous intégrez juste le prize money d'un premier tour à Roland Garros ou Wimbledon, ça représente pas mal. Il faudra voir si tous les sponsors suivront toujours, c'est une interrogation. Nous les joueurs, on doit payer pour les entraînements, le voyage et nos coachs, ce sont des coût énormes. Mais je ne veux pas me mettre à pleurnicher maintenant, parce beaucoup de professionnels comme moi se portent bien et qu'il y a d'autres personnes en dessous du top 100 ou 150 qui ont auront des problèmes.

Pouvez-vous imaginer des plans pour aider financièrement ces joueurs-là ?
La LTA (Fédération Britannique de Tennis) au Royaume-Uni a décidé de soutenir leurs joueurs en dessous de la 101ème place mondiale mais ils ont un tournoi du Grand Chelem organisé dans leur pays, et celui-ci est le seul tournoi assuré contre la pandémie. Au niveau de la DTB [la Fédération Allemande], ça peut être plus compliqué de soutenir les joueurs. Mais je suis certain qu'ils vont faire de leur mieux. Il n'y a pas seulement les joueurs, mais aussi les clubs, les coachs et les tournois. Je pense aussi que l'ATP, la WTA et l'ITF seront impliqués.

Source : https://www.tennismagazin.de/news/jan-lennard-struff-interview-tennis-das-wird-eine-brutal-neue-situation/


[1]https://www.tennisworldusa.org/tennis/news/Tennis_Stories/86204/germany-s-janlennard-struff-receives-special-permit-to-resume-training/