Le 16 avril dernier, Jan-Lennard a été le premier invité d'un nouveau podcast allemand "Advantage". Pour le 34ème joueur mondial, il y a peu de chance de voir le circuit reprendre en 2020. Grâce à une dérogation spéciale des autorités allemandes, il fait partie des rares joueurs du circuit à pouvoir s'entraîner à sa guise. Il s'inquiète cependant pour les joueurs et joueuses mal classés et propose la mise en place de compétitions nationales. Enfin, et c'est le passage le plus croustillant de ce podcast, il pense que le dopage a sa place dans le sport... Voici la retranscription de cet entretien exclusif réalisé par le journaliste Jannik Schneider (https://twitter.com/schnejan).

Bonjour Jan-Lennard. Tu es notre premier invité pour ce nouveau podcast.
Oui, tout d’abord merci je suis très heureux d’être ici pour le premier épisode d’Advantage.

Tu es autorisé à t'entraîner. Comment se passe tes entraînements ? T'es avec ton coach ou avec un sparring ?
C’est très compliqué à organiser, surtout que la situation évolue en permanence. Même si l’épicentre se situe loin de chez moi à Hambourg [Jan-Lennard est confiné dans la petite ville de Warstein à 300km de Hambourg]. On ne sait pas comment ça sera demain. Je fais mon travail physique tous les jours, la semaine dernière j’ai pu jouer deux fois avec Mats Moraing (263e mondial) et une fois avec mon entraîneur, Carsten Arriens. Je pense qu’on va faire ça la semaine prochaine encore, et ensuite on devrait y voir plus clair, ce qui nous permettra d’intensifier notre préparation. S'entraîner à 100% pendant une si longue pause n'a aucun intérêt technique. La forme physique quotidienne est importante, mais en ce qui concerne le tennis, nous ne donnons que de petites impulsions. Je m'entraîne trois fois par semaine.

Ta dernière photo sur Instagram nous montre le premier anniversaire de ton fils. On imagine que c'est pour toi positif durant cette période délicate de pouvoir assister à l’anniversaire de ton fils.
La situation est très compliquée, mais bien sûr que j’étais heureux d’être à la maison pour cet événement. La vie sur le circuit est plus stressante. Je suis souvent en voyage, et ça faisait longtemps que je n’étais pas resté si longtemps chez moi.

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L’Espagnol Davidovich Fokina a émit l’idée selon laquelle, les top players espagnols pourraient former une ligue fermée, afin de s’entraîner et de faire des rencontres pour garder le rythme. Qu’en penses-tu ?
Oui, j’ai vu l’info. Sur le papier, c’est une très bonne idée. Je pense qu’on va se diriger vers la même chose en Allemagne. Cela permettrait de lever des fonds, pour les joueurs en difficulté en raison du Covid-19. Pour beaucoup, c’est financièrement compliqué. C’est évident que c’est une bonne idée. Surtout que la Bundesliga a aussi été annulée [compétition organisée l'été entre les 10 meilleurs clubs d'Allemagne].

Nous allons parler un peu de ta carrière. Commençons d'abord par cette saison. Avant la coupure, tu as joué à Rotterdam face à Auger-Aliassime, qui a été une énorme révélation sur le circuit. Alors, en comparant ce que tu as fait quand tu avais son âge, tu n’étais pas dans la même situation puisque tu étais 700ème au même âge.
La situation est très différente… (rires). Felix est un joueur exceptionnel et une super personne en dehors des courts. En bref, un super collègue. J’ai un immense respect pour lui, quand on voit son classement, son âge, ça force le respect… La première fois que je l’ai vu c’était à Monte Carlo, je descendais de ma chambre, et le restaurant était plein pour le petit déjeuner. Je me suis assis à coté de lui, je me suis présenté, et le courant est tout de suite passé. A son âge, j’étais encore en cours, j’ai passé mon bac à 19 ans. En même temps, je gagnais mes premiers points sur le circuit Futures. Puis je ne faisais pas partie des plus talentueux, mais des plus travailleurs. J’ai énormément travaillé pour arriver là où j’en suis aujourd’hui.

En 2014, tu sors des qualifications à Munich et tu affrontes la tête de série numéro 1 du tournoi, Fabio Fognini, peux-tu nous parler de ce tournoi ?
J’étais un joueur qui avait faim j’ai envie de te dire. J’avais envie de plus, je voulais moi aussi être sur le devant de la scène. Cette semaine-là, j’ai joué de façon très agressive, en dirigeant beaucoup mon jeu vers l’avant. J’ai eu de la réussite sur cette semaine, mais à l’époque je n'étais pas régulier. Je pouvais jouer un bon tennis comme un très médiocre. Je ne comprenais pas comment c’était possible de passer de l’un à l’autre, aussi rapidement.

Comme beaucoup, au début tu n’avais pas forcément d’entraîneur personnel, comment cela s’est passé ?
Ça a commencé avec mon physio. C’était le premier à me suivre sur le tour. Mais dès que je me suis professionnalisé, et que j’ai pris un coach, tout s’est simplifié. Alors certes, ça a un coût non négligeable. Mais je sais que cet investissement a été rentable, qu’il a valu le coup.

En 2014, tu as commencé à jouer contre des top players, comme Feliciano Lopez, Fognini mais aussi Tsonga ou encore Murray. Comment tu te sentais avant de rentrer sur le court face à de tels joueurs ?
C’est une bonne question, ça m’a beaucoup travaillé. Face à Tsonga, j’ai perdu en trois sets, mais j’étais content de la façon dont j’ai joué. Je me suis fait confiance, et ce n’est pas passé loin. Mais battre Tsonga en 2014 à Marseille, c’était très compliqué. Néanmoins j’ai battu Benneteau et Llodra. Avant ce match, je n'avais pas forcément peur, j’étais plutôt excité à l’idée de jouer contre un joueur que je voyais à la TV ! A Vienne face à Murray, c’était la même chose, j’étais très heureux de l'affronter mais j’ai vite déchanter [rires]. La salle était pleine, et Murray a mit une intensité monstre dès la première balle. Ces rencontres, quand on est un jeune joueur, sont très importantes. Il faut les voir comme des moyens de prendre confiance, et d’énormément progresser.

Peux-tu nous parler un peu de ton rapport avec la Coupe Davis sous son ancienne forme ? Je pense à la saison 2018 où vous battez l'Australie à Brisbane puis perdez à Valence contre l'Espagne avec la défaite de Kohlschreiber face à Ferrer au 5ème set du 5ème match...
Ce sont des souvenirs exceptionnels. En Australie, on remporte la rencontre 3-1, avec la victoire du double en 5 sets. Aller en Australie c’est merveilleux. Rester deux semaines là-bas, la plage c’était très beau. Malheureusement on s’incline en quarts face à l’Espagne à Valence. Il y avait une très bonne ambiance dans l’équipe, malgré la défaite. On était tous très fier de ce qu’on avait accompli.

En janvier dernier, tu as affronté Djokovic à Melbourne sur le court central. Avec le temps, comment as-tu appris à négocier ce genre de rencontres ? Il est intéressant de noter que tu es le seul avec Thiem à avoir pris un set à Nole sur la quinzaine.
C’était un match très spécial puisque je me sentais mal. C’était compliqué car je m'étais fixé comme objectif d'atteindre le troisième ou quatrième tour mais commencer le tournoi contre Djoko, c’est le pire tirage possible. J’ai vu ça comme un challenge. On a beaucoup préparé cette rencontre avec mon staff et on a voulu tout mettre en place pour mettre toutes les chances de mon coté. Je voulais remporter ce match, mais il était malheureusement trop fort.

Comment cela se passe quand on prend un set à Djoko ? Pourquoi cela ne suffit pas à revenir dans la partie ? Qu’est ce qu’il fait sur le court pour t’empêcher de revenir ?
Je pense que c’est simplement un joueur et un athlète exceptionnel. Le premier set était très accroché, le deuxième beaucoup moins, et je remporte le troisième. Je sors du court pour un Toilet Break. Je vais aux toilettes, je me change. Je reviens sur le court. Dès le premier point, j’ai compris que j’avais zéro chance contre lui. Il m’a fait clairement comprendre que la rencontre allait se finir en quatre sets. J’ai tout essayé, mais il ne faisait plus une faute. C'était incroyable.

Pendant ce match je n'étais pas loin du box de Novak. Je l'ai vu recevoir à plusieurs reprises une gourde dans laquelle il y avait une poudre. Il buvait une partie et gardait l’autre pour s’en mettre dans le nez. Lors de la finale, deux semaines plus tard, je lui ai demandé en conférence de presse ce dont il s’agissait. Il m’a répondu qu’il s’agissait d’une poudre magique préparée par son Physio. As-tu idée de ce qu’il s’agit ?
Je n’étais même pas au courant de ça. Je ne sais pas, désolé.

Maintenant je vais te donner des affirmations,et tu me dis ce que tu en penses, en argumentant un petit peu.
Ok.

En 2020, on retrouvera le Tennis professionnel.
A l’international, non. Je pense que c’est trop compliqué car on vient tous de pays différents et que ça serait très compliqué à mettre en place. Il ne sera pas possible pour tous les joueurs de se rendre aux tournois en raison des différentes restrictions de voyage.

Jan Lennard Struff va gagner un tournoi ATP et rentrer parmi le top 20 mondial.
Oui, je fais tout ce qui est possible pour y arriver.

Les différentes catégories ATP, WTA et ITF ne travaillent pas bien ensemble.
[rires] Oui on le voit avec la Coupe Davis et l’ATP Cup, chaque institution veut récupérer la plus grosse part.

Le dopage dans le tennis n’apporte rien.
Je pense le contraire. Je m’y connais pas forcément très bien mais cela permet de se régénérer plus rapidement et d'avoir plus de force. J’ai déjà pu penser que ça n’apporte rien, mais quand on voit tout l’argent qui est en jeu, je pense que le dopage a quelque chose à apporter, mais pas que dans le tennis, dans n'importe quel autre sport. Après ce n’est que mon avis.

Merci beaucoup Jan Lennard, c’était un plaisir.
Le plaisir est partagé, à bientôt !