John Millman a été malgré lui à l'origine des propos polémiques de Dominic Thiem sur le plan d'aide aux joueurs mal classés (lien de l'article). Étayant ces propos sur ce sujet sur sa page Twitter, il en a également profité pour avancer quelques propositions. « Nous devrions plutôt penser à des actions sur le long terme. Il faut trouver des solutions pour que plus de joueurs aient accès à leur part du gâteau : distribution plus large du Prize Money, naming pour les tournois Futures et Challenger à la manière de ce que fait le Korn Ferry Tour de golf (ndlr: Antichambre du PGA Tour), donner de l'argent aux joueurs pour n'importe quel match qui est disponible sur les plateformes de paris. »

Ancien n°1 mondial en double et ex-directeur de l'Open d'Australie, Paul McNamee a également appelé à une restructuration du circuit ATP (avec ou sans la WTA). S'inspirant des circuits professionnels de golf, il propose de le diviser en trois zones : Europe, Amérique et Asie/Pacifique, « avec plus d’événements et de prize money », un rassemblement de tous les joueurs uniquement lors des grands événements (Grands Chelem, Masters 1000), une base de 300 joueurs vivants correctement de leur sport au lieu de 100 et moins de frais de déplacement. Une idée chaleureusement accueillie par John Millman.

« J'aime cette idée de circuits multiples, se déroulant en même temps. J'imagine que cela serait structuré comme le golf. La fluidité, c'est la clé. Les joueurs pourraient ainsi faire la transition d'un tour à un autre (…). Cela créerait des tournois se déroulant de manière plus professionnelle et cohérente. Plus de tournois professionnels = plus d'opportunités = plus de joueurs gagnant de l'argent. »

Quid de la participation de joueurs d'une autre zone lors tournois de préparations des Grands Chelem (par exemple à Wimbledon, dont les tournois sur herbe sont organisés en Europe) ? Les frontières entre chacune des trois zones resteraient poreuses et les joueurs de chaque région pourraient y participer en fonction de leur classement... Nul doute que tout cela offre de sérieux casse-têtes en matière d'organisation mais Paul McNamee est convaincu du bien-fondé de son idée. Selon lui, le golf est l'exemple à suivre.

Qu'à cela ne tienne, Paul McNamee est convaincu du bien-fondé de cette idée et considère le golf comme l'exemple à suivre en la matière.

« La hausse de l'intérêt pour les joueurs régionaux « maisons » mène à plus d'exposition à la télévision, une augmentation de l'intérêt des médias et plus de sponsors. Par exemple, les jeux asiatiques sont sans doute plus importants que les Jeux Olympiques dans de nombreux pays asiatiques...  (…) Les 500 meilleurs golfeurs du monde arrivent à vivre décemment, en comparaison avec les 100 premiers mondiaux en tennis. Le golf arrive à mieux repartir ces revenus alors que plus d'yeux regardent le tennis. Est-ce que ce n'est pas le signe que leur modèle est meilleur ?

Si l'idée est séduisante sur bien des aspects, sa réussite dépend fortement de la volonté des sponsors à investir dans ces circuits régionaux, dont les tournois hébergeront des joueurs hypothétiquement moins bien classés qu'aujourd'hui. Et la comparaison avec l'attractivité des circuits professionnels de golf présentent des limites.

En effet, si le modèle économique du golf protège bien ces joueurs, il le doit notamment à une image de prestige et d'excellence très attractive aux yeux des sponsors (beaucoup plus que le tennis, pourrait-on ajouter). Le sport en lui-même touche moins de personnes mais les clubs de golfs attire une population plus âgée et plus riche. Cette image de marque permet aux établissements de capter la richesse de sa clientèle grâce à des prestations autour du golf en lui même (restauration, hôtellerie, spa, etc.). Le business de la formation présente également un potentiel incroyable, le degré de méticulosité de ce sport étant tel qu'apprendre à jouer au golf peut prendre toute une vie.

Pour résumer, l'ampleur des capitaux qui gravitent autour de ce sport semble incomparable avec le tennis. Et il est vrai que beaucoup de joueurs professionnels bénéficient de ce système.

Un joueur 700ème mondial, pris dans un passage à vide dans sa carrière, peut se voir offrir la possibilité d'être employé dans un club, pour assurer un rôle de formateur. De nombreux joueurs de « Challenge tour » (seconde division européenne) donnent des cours aux clients de leurs sponsors pour financer leurs frais de voyages, manière pour eux de leur rendre la pareille. Quid des joueurs de tennis plus modestes? Le sparring ou les interclubs sont des possibilités mais elles semblent bien moins rémunératrices...

Les écosystèmes de deux disciplines diffèrent donc sur de nombreux points. De fait, considérer que cet hypothétique circuit pourrait suivre la même trajectoire que le golf, comme le formule Paul McNamee apparaît aujourd'hui un pari plus qu'incertain.

Le débat a tout cas animé notre dernière émission avec Grégoire Barrère, Florent Serra, Rodolphe Gilbert et Franck Boucher.


[1]https://www.krone.at/2142873