Rome fait partie des rendez-vous importants qui préfacent la grande messe de l’ocre à Roland Garros. Le tournoi italien nous a offert quelques-uns des plus beaux duels entre spécialistes de la terre battue. Retour cette semaine sur ces quelques moments qui ont écrit l’histoire du tennis.

Notamment cette finale en 2005 entre Rafael Nadal et Guillermo Coria. Une lutte homérique de plus de cinq heures qui s'est conclu au jeu décisif du cinquième set et 190 points à 188 en faveur de Nadal. Ce 8 mai 2005, l'Espagnol remportera son premier titre à Rome. Huit autres suivront...

En 1994, Pete Sampras fut l'un des rares, voire peut-être le seul vainqueur du tournoi à ne pas être un spécialiste de la terre battue. A l'image de Kuerten et Ferrero en 2001, le tournoi romain réunit en 2005 deux autres références de cette surface en finale. Même s’ils ont eu des destinées différentes, Rafael Nadal et Guillermo Coria sont certainement ce qui s'est fait de mieux sur la terre sur les deux dernières décennies. Deux ogres de l’ocre qui vont offrir à Rome en 2005 l’une des plus belles de l’histoire de ce sport.

En 2005, Nadal et Coria sont des joueurs très attendus sur terre battue. Coria, « el Mago » a une revanche à prendre et une image à redorer après la finale de Roland Garros l’année précédente où il s’était finalement incliné en cinq sets face à Gaston Gaudio au terme d’un match aussi mythique qu’invraisemblable. L’Argentin a considérablement amélioré son jeu, notamment en puissance alors que le tennis évolue justement à vitesse grand V et que le rythme est bien plus élevé saison après saison. Nadal quant à lui n’a que 18 ans est n’est qu’à l’aube de sa légendaire carrière, à quelques semaines de remporter son premier Roland Garros. L’Espagnol a déjà fait état de sa puissance notamment avec son coup droit en lasso. Il reste sur 17 succès consécutifs après avoir remporté les tournois de Barcelone et Monte Carlo.

Rafel Nadal vs Guillermo Coria Coria, Rome 2005 - peRFect Tennis

Les amateurs de la petite balle jaune sont conscients que cette rencontre représente plus qu’une simple finale. C’est le titre informel de « Roi de la terre » qui est en jeu. Et les deux hommes en sont également conscients. Le spectacle sera tout simplement grandiose à l’image de ce premier set d’anthologie où chaque jeu, chaque point presque, sera âprement disputé. Il est impossible d’énumérer les temps forts… le set complet est un temps fort. Au début de match, c’est Guillermo Coria qui prend le dessus en breakant rapidement l’Espagnol. Il mène 3-1 puis 4-2 et manque l’opportunité de mener 5-2 avec un service à suivre. Finalement, Nadal s’accroche, virevolte dans tous les sens, décoche des coups droits déjà fabuleux et recolle à 4-4 ! Mieux, il fait une nouvelle fois le break et s’adjuge finalement le set au terme d’un dernier point totalement dingue conclu par un coup droit décroisé avec un angle impossible. Nadal s’en excuse même.
1er set : 6-4 pour Nadal

Le deuxième set est tout aussi intense. On est à mille lieues du niveau de la finale de Roland Garros 2004. Comme dans le set initial, Coria parvient à prendre le service de Nadal rapidement. L’Argentin mène 3-1 mais voit l’Espagnol recoller très vite au score. Les deux hommes se livrent une bataille physique intense et c’est Nadal qui va céder, concédant son service à deux reprises.
2ème set : 6-3 pour Coria

Mais Nadal n’est jamais aussi dangereux que lorsqu’il semble moins bien. Le taureau de Manacor le prouve en breakant d’entrée Coria dans le troisième set au terme d’un point totalement fou que Nadal remporte grâce à un geste réflexe. Il dégoûte Coria qui mettra du temps à s’en remettre… sauf que le temps, face à Nadal, est précieux. L’Espagnol ne relâche pas son étreinte et prend une deuxième fois le service de l’Argentin. Il mène 4-0. Coria revient peu à peu à lui et s’accroche. Il prend le service de Nadal qui servait pour le set à 5-2 mais cède ensuite le sien et le set par la même occasion au terme d’un incroyable jeu de près de 20 minutes !
3ème set : 6-3 pour Nadal

Les deux hommes s’affrontent depuis déjà plus de 2h40 à l’entame de cette quatrième manche. Blessé à la paume de la main gauche, Nadal qui a déjà fait appel au kiné, et produira son set le moins abouti de la rencontre. Il cédera son service d’entrée notamment en raison de fautes directes bien inhabituelles. Coria ne laisse pas passer l'occasion et confirme ensuite son break. Il parviendra à conserver cette avance tout au long du set.
4ème set : 6-4 pour Coria

Le dernier set sera tout simplement prodigieux. Coria prouve au monde entier qu’il est au sommet de son art. Il break Nadal d’entrée, confirme et break une nouvelle fois pour mener 3-0. On se dit que la messe est dite…sauf qu’en face, c’est Rafael Nadal tout simplement… L’Espagnol revient à 3-1 à la suite d’un nouveau point complètement dingue. Il efface ensuite son deuxième break de retard et recolle donc à 3-3. Les deux hommes ne lâcheront quasiment plus rien… c’est le tie-break décisif qui désignera le vainqueur. Mené 5-1, Coria sortira des coups d’extraterrestres pour recoller à 5-5. Un retour stratosphérique de Nadal d’abord annoncé faute sera corrigé par l’arbitre, offrant à l’Espagnol une première balle de match, mais Coria la sauvera… la seconde sera la bonne au terme d’un dernier point splendide, comme l’ensemble de cette finale marquant l’histoire du tournoi de Rome et du tennis en général. L’horloge indique 5h14 de match. Encore plus incroyable que la durée, c’est le niveau affiché par ces deux monstres qui classe cette finale sans contestation au Hall of Fame !

Score final : 6-4/3-6/6-3/4-6/7-66

Après la rencontre, Rafael Nadal déclarera qu'il a disputé le plus grand match de sa carrière. Il n'imaginait sûrement pas que 15 ans plus tard, il cumulerait 85 titres sur le circuit dont 19 en Grand Chelem...