Alors que la capitale italienne a encore les yeux qui brillent de cette finale époustouflante un an plus tôt entre Rafael Nadal et Guillermo Coria, c'est en 2006 que Rome va offrir peut-être la plus belle finale entre l'Espagnol et Roger Federer. Nous sommes aux prémices de leur affrontement qui dure désormais depuis 15 ans. Ce 6ème opus, le 3ème sur terre battue, entre les numéros 1 et 2 mondiaux à l'époque, va réunir tous les ingrédients d'un match historique. Au-delà des 5h05 de combat acharné, la dramaturgie sera à son paroxysme. Malgré les deux balles de match ratées par le Suisse, c'est aussi par son contexte que cette finale est restée dans les mémoires...

On est en 2006 et cette année-là, Roger Federer va réaliser sa saison la plus aboutie en carrière : 17 tournois disputés, 16 finales, 12 titres dont 3 tournois du Grand-Chelem et le Masters ATP Finals. 92 victoires pour seulement 5 défaites ! Impressionnant ! Mais cette saison aurait pu être encore bien plus incroyable. Et cela parce qu’il y a une statistique qui fait tâche d’huile dans la performance de Federer : 4 de ses 5 défaites de l’année sont l’œuvre d’un seul et même adversaire : Rafael Nadal bien sûr !

Avant cette finale, le Suisse affole les statistiques, même sur terre battue avec 41 victoires pour 5 défaites sur les trois dernières saisons... L’Espagnol est le seul à l’époque à poser durablement des problèmes au métronome suisse. Avant cette finale, le bilan est de 4 victoires à 1 en faveur de Nadal qui n’a que 19 ans mais qui est déjà confortablement installé dans le sillage de Federer, bien décidé à le garder en point de mire pour lui ravir le trône tôt ou tard. Dernier détail d’importance qui confère un statut de rencontre au sommet à cette finale : Nadal est invaincu sur terre battue depuis 57 matches !

Rafa vs. Roger, The Match That Cemented Their Rivalry | ATP Tour ...
Crédits : ATP Tour

Durant le premier set, les deux hommes affichent un énorme niveau de jeu et prennent le temps de se jauger. Très disputé, c'est logique qu'il se dispute au jeu décisif… Roger Federer va-t-il regretter ces deux balles de set à 6-5 sur le service de l'Espagnol ? Pas vraiment puisque le Suisse réalisera le tie-break parfait, ne laissant pas un seul point à son adversaire. Déjà 1h10 de pur régal.

Dans le deuxième set, les échanges s’intensifient. Le Suisse a décidé de jouer son propre jeu, très offensif, frappant chaque balle avec beaucoup de puissance en montant au filet à la moindre occasion. De son côté, Rafael Nadal chasse les balles et renverse à la force de poignet des échanges qui semblaient perdus. Le nombre de longs rallyes est inouïs, le public écarquille les yeux devant le niveau de jeu proposé par les deux protagonistes. Cette fois, c'est le Majorquin qui manque l'occasion à 5-4 sur le service du Suisse de conclure le set. De nouveau, le Suisse prend les commandes dans le jeu décisif. Il est sur le point de mener 5-2 mais un ultime coup droit de Nadal va pousser le Suisse à la faute. Le mini-break est effacé, Nadal ne lâchera plus sa proie et remporte le tie-break.

Les deux hommes sont dos à dos. Un set chacun. Et déjà 2h11 de jeu... La prise de risque est maximale des deux côtés. On comptabilise déjà 50 coups gagnants.

Il faudra attendre le troisième set pour voir le premier break de cette finale, à l’avantage de Nadal qui réussit à déborder le Suisse d'un revers à deux mains croisés d'une grande puissance pour mener 3-2. L’Espagnol exulte et hurle « Vamos », il sait qu’il vient de prendre un avantage considérable dans cette troisième manche. Et cela se confirme ! Nadal conserve son break d’avance jusqu’au bout et empoche le set sur un jeu blanc. Nadal n'a même pas 20 ans mais lorsqu'il mène 2-0 ou 2-1 dans un match en trois sets gagnants, il compte 31 victoires en 34 matches dont 17 victoires en 17 matches sur terre battue. Pourtant, le Suisse qui a notamment réussi à renverser l'Espagnol à Miami un an plus tôt ne s'avoue pas vaincu et va sortir l'un des plus beaux sets de sa carrière sur l'ocre.

Cette quatrième manche voit Federer varier davantage ses coups. En retour, bien que Nadal serve 92% de premières balles, le Suisse est très agressif et cela paye. L'Espagnol est acculé et commet beaucoup de fautes. Il est incapable de répondre au défi tactique, technique et physique du Suisse. Le score est sans appel : 6-2 pour Federer.

Cette finale de Rome, un peu comme une évidence, se disputera donc en cinq sets entre les deux meilleurs joueurs du monde. Comme l’année précédente face à Coria, Nadal se retrouve rapidement breaké et mené 3-1 puis 4-2. Au Suisse de servir. Nadal met tout de suite la pression en menant 0-30 mais la qualité de service de Federer lui permet de s'offrir une balle de 5-2 à 40-30. Au bord du précipice, Nadal ne lâche rien, il sait l'importance de remporter ce jeu pour avoir une chance de remporter cette finale et conserver son titre. Le combat est homérique. D'un coup droit surpuissant, l'Espagnol s'offre une première balle de débreak. Elle sera la bonne. Sous pression, Federer tente une amortie de revers qui restera dans le filet.

Dans le jeu suivant, le spectacle est à son apogée, on se croirait devant un match exhibition où on aurait accéléré les images, c’est juste fou ! Federer et Nadal conservent tous les deux leurs mises en jeu jusqu’au tie-break. Pourtant, à 6-5 en sa faveur, Federer mène 15-40 sur le service de Nadal et s’offre donc deux balles de match… mais, on le répète, et l’adage est toujours valable 15 ans plus tard… en face, c’est Rafael Nadal. L’Espagnol remporte les deux points suivants en profitant de deux fautes directes de Federer et remporte finalement son jeu. Comme en 2005, c'est au tie-break décisif que va se décider cette finale. Le public est en fusion, tout sourire, applaudissant sans cesse, conscient que le match auquel il assiste restera au panthéon de ce sport. Comme dans les deux premiers sets, Federer prend l'avantage en menant 3-1, 4-2 puis 5-3. Mais le Suisse manque ensuite une balle facile qui aurait pu et dû lui procurer trois balles de match. Au lieu de ça, cette occasion manquée va sortir définitivement Federer du match. Le Suisse ne marquera plus un point et enchaîne deux grosses fautes directes pour offrir la première balle de match à Nadal. Comme souvent, elle sera suffisante ! Cet ultime set dure depuis 1h20... Rafa pilonne le Suisse avec son coup droit, joue avec les lignes et pousse une dernière fois Roger à la faute (6-70/7-65/6-4/2-6/7-65).

Pour la cinquième fois en six rencontres, le Suisse s'incline face à Rafa. Quelques semaines plus tard, l'Espagnol s'offrira un nouveau succès face à Federer, cette fois en finale de Roland Garros et dans un match moins disputé (1-6/6-1/6-4/7-64). Malgré tout son talent, tout son génie, le bilan de Federer face à Nadal sur terre battue se porte à 14 défaites pour 2 victoires. Sur ces 14 défaites, 7 ont été disputées lieu en finale de Masters 1000 et 5 en finale de Roland Garros...